
Nicușor Dan affirme que « l’on ne peut pas lutter contre le système quand on en est la tête », appelle à une réforme sans anarchie et à une formation rapide du gouvernement
Lors d’une visite officielle à Gdańsk, le président Nicușor Dan a déclaré que diriger le système change les termes de la réforme, exhortant les partis à dégager une majorité parlementaire après deux mois de tentatives infructueuses de désignation d’un gouvernement.
Un combat différent
Le président roumain Nicușor Dan, s’exprimant lors d’une visite à Gdańsk jeudi, a reconnu la contradiction apparente au cœur de sa présidence : après deux décennies de lutte contre l’establishment politique, il le dirige désormais. « 20 ans à combattre le système, je pense que c’est une certitude. On ne peut pas combattre le système quand on est la tête du système », a-t-il déclaré. Cette déclaration était une réponse directe aux partisans et aux critiques qui l’ont accusé de faire désormais partie des structures qu’il combattait autrefois.
On ne peut pas combattre le système quand on est la tête du système.
Le président a présenté le défi immédiat comme une question de méthode : comment mener une réforme institutionnelle profonde sans provoquer d’instabilité. « La question est de savoir comment réformer le système sans plonger ce pays dans l’anarchie. C’est la mission que j’ai acceptée », a ajouté Dan, signalant une préférence pour des leviers administratifs mesurés plutôt que pour la rhétorique conflictuelle des campagnes passées.
Le chien qui aboie et le chien qui mord
Pour illustrer son approche, Dan a utilisé une métaphore acérée. « Entre un chien qui aboie et un chien qui mord, je préfère un chien qui mord. Entre déclamer à quel point nous allons réformer le système (nous avons beaucoup de déclameurs) et avoir réellement les instruments pour le réformer, je souhaite toujours, comme je l’ai fait à la mairie de Bucarest, me mettre en position d’avoir ces instruments », a-t-il déclaré. Le président a ainsi tracé une ligne entre la politique performative et l’accumulation discrète d’outils exécutifs nécessaires à un changement durable.
Entre un chien qui aboie et un chien qui mord, je préfère un chien qui mord.
La référence de Dan à son mandat de maire n’était pas anodine : elle servait à crédibiliser sa capacité à naviguer dans la bureaucratie sans provoquer d’effondrement institutionnel. Le message implicite était que la réforme, selon lui, est un processus administratif lent, non un spectacle rhétorique.
En attendant une majorité
Au-delà des remarques philosophiques, Dan a abordé l’impasse politique immédiate. « Je m’attends à ce que les partis viennent à moi avec une majorité », a-t-il déclaré, faisant référence aux consultations publiques tenues deux jours plus tôt. Il a indiqué qu’au moins une solution avait émergé de ces entretiens, un gouvernement minoritaire soutenu par une majorité parlementaire, mais a souligné qu’après deux mois de tentatives infructueuses, la responsabilité incombe désormais aux chefs de parti de dégager une formule majoritaire stable.
Je m’attends à ce que les partis viennent à moi avec une majorité.
Le président a rappelé ses précédentes désignations de MM. Tomac et Veștea comme candidats au poste de Premier ministre, deux tentatives qui ont échoué après que certains dirigeants ont changé de position. « Cette attente raisonnable ne s’est pas concrétisée parce que certains dirigeants ont changé d’avis », a-t-il noté, soulignant la volatilité qui a empêché la formation d’un nouveau gouvernement depuis le début de la crise politique récente.
Une clarté pro-occidentale
Au milieu des discussions sur la réforme et les tractations de coalition, Dan a insisté sur la préservation d’une frontière idéologique claire. « Il est très important que nous maintenions, que nous tracions la ligne de démarcation entre pro-Occident et anti-Occident, et que nous ne gaspillions pas nos énergies dans des querelles internes au sein d’une vision pro-occidentale », a-t-il plaidé. Cette ligne, a-t-il rappelé à son auditoire, est celle qu’il a défendue même pendant la campagne électorale, lorsqu’il critiquait le système.
Interrogé sur la question de savoir si la tête du système pouvait offrir la « Roumanie honnête » promise aux électeurs, Dan a répondu avec un optimisme prudent : « Oui, avec le temps. Avec le temps, et sans provoquer l’anarchie. » Cette réponse résumait la tension centrale de son message : un engagement en faveur de la transformation tempéré par la crainte du chaos que des ruptures abruptes pourraient engendrer.

