
La ministre de l'Écologie Monique Barbut annule sa démission après les garanties de Macron sur la loi sur les pesticides
Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, a retiré sa démission mercredi après que le président Emmanuel Macron a refusé de l'accepter et a proposé de nouvelles garanties environnementales, à la suite d'un différend sur la réintroduction de pesticides dans la loi d'urgence agricole.
Le déclencheur : la réintroduction des pesticides
Le lundi 20 juillet, Monique Barbut, ministre française de la Transition écologique, a découvert que la version finale de la loi d'urgence agricole incluait des dispositions pour réintroduire deux pesticides interdits, l'acétamipride et le flupyradifurone, pour des secteurs en difficulté comme la noisette et la betterave sucrière. La mesure, dont on lui avait assuré qu'elle serait supprimée, devait être soumise au vote à l'Assemblée nationale ce soir-là. Lors d'une réunion au cabinet du Premier ministre, elle a déclaré à la ministre de l'Agriculture Annie Genevard et au ministre Sébastien Lecornu : « je me casse » (je m'en vais), selon un témoin. Barbut, âgée de 69 ans, ancienne directrice du WWF France entrée au gouvernement en octobre 2025, a affirmé s'être sentie « totalement bernée » par ce revirement.
48 heures de crise
Barbut a quitté l'Assemblée avant la fin du vote lundi soir, désabusée. Mardi matin, elle a rencontré à nouveau Lecornu, et ils ont reconnu leur « désaccord complet » sur le fond comme sur la forme. Mardi après-midi, alors que le Sénat avait donné son approbation définitive à la loi, elle a décidé de soumettre formellement sa démission au président Emmanuel Macron. Ce soir-là, elle a déclaré à un petit groupe de journalistes : « Aujourd'hui, dans ma tête, je suis partie demain. » Mercredi matin, elle a publié un post LinkedIn qualifiant la réintroduction des pesticides de « pas de trop sur le plan environnemental » et confirmant son intention de démissionner.
Ce revirement constitue le pas de trop sur le plan environnemental.
L'intervention et les garanties de Macron
Le mercredi 22 juillet, Barbut s'est rendue au palais de l'Élysée pour remettre sa démission. Macron a refusé de l'accepter. Après des discussions, elle a accepté de rester, son bureau indiquant qu'elle « poursuivrait sa mission ». La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a déclaré que le président et le Premier ministre s'étaient mis d'accord sur « trois piliers fondamentaux » pour son action : les forêts, l'eau et la santé environnementale. Barbut a ensuite confié aux Echos qu'elle resterait « tant que j'aurai la garantie d'agir », ajoutant qu'elle se sentait « très libre » mais « toujours loyale ». Elle a également obtenu des engagements sur un décret visant à réduire le cadmium et sur la protection des captages d'eau potable.
Je resterai tant que j'aurai la garantie d'agir.
Réactions : soulagement du gouvernement, consternation des ONG
Bregeon s'est félicitée de l'issue, déclarant que « c'est une bonne chose qu'elle reste » et insistant sur l'absence de « désaccords fondamentaux » au sein du gouvernement. Les groupes environnementaux ont cependant réagi avec incrédulité. Ils ont qualifié le revirement d'« incompréhensible » et de « signal très inquiétant », accusant Barbut d'approuver la « politique de destruction » du gouvernement. Un représentant d'une ONG a déclaré qu'elle avait « avalé des couleuvres ». La loi donne à l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) le pouvoir de réautoriser sous conditions les deux pesticides, une mesure à laquelle Barbut a dit rester « totalement opposée » mais qu'elle respecte en tant que vote démocratique.
C'est une bonne chose qu'elle reste.
L'avenir politique de Barbut
Barbut, que Macron avait persuadée d'entrer en politique « à contrecœur » à l'automne 2025, a qualifié cet épisode de « première et dernière expérience politique ». Elle est le huitième ministre à occuper le portefeuille de l'Écologie depuis l'arrivée de Macron au pouvoir en 2017. Malgré les garanties, elle a reconnu la fracture profonde provoquée par la décision sur les pesticides, déclarant être « en désaccord avec la manière dont, dans la forme comme dans le fond, la version finale du projet de loi agricole a été ficelée, en particulier sur l'acétamipride ». La crise a exposé la fragilité du portefeuille environnemental au sein du gouvernement français, mais pour l'instant, Barbut reste en poste.
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