
ARD et ZDF portent le conflit sur la redevance audiovisuelle devant la Cour constitutionnelle allemande
La Cour constitutionnelle allemande a entendu les arguments sur la question de savoir si les Länder ont violé la liberté de radiodiffusion en bloquant une augmentation recommandée de la redevance audiovisuelle, avec une décision attendue dans les semaines ou les mois à venir.
Contexte du conflit
Les radiodiffuseurs publics allemands ARD et ZDF ont déposé des plaintes constitutionnelles en novembre 2024 après que les 16 Länder ont refusé d'augmenter la redevance mensuelle (Rundfunkbeitrag) de 18,36 € à 18,94 €, ignorant une recommandation de la commission indépendante KEF. Les Länder ont soutenu que les radiodiffuseurs, disposant de réserves d'environ un milliard d'euros, devaient d'abord mettre en œuvre des réformes et réaliser des économies. ARD et ZDF ont rétorqué que le processus de fixation de la redevance avait été compromis, menaçant leur indépendance constitutionnellement protégée.
Le président de la Cour, Stephan Harbarth, a ouvert l'audience de mardi en déclarant que la liberté de radiodiffusion est « schlechthin konstituierend für die freiheitliche demokratische Grundordnung » (absolument constitutive pour l'ordre fondamental démocratique libre). L'affaire, a-t-il dit, tourne autour des limites du pouvoir discrétionnaire des Länder lorsqu'ils s'écartent de la recommandation de la KEF.
- ARD et ZDF déposent des plaintes constitutionnelles après que les Länder ont refusé d'augmenter la redevance à 18,94 €.
- L'augmentation recommandée de 0,58 € n'entre pas en vigueur ; la redevance reste à 18,36 €.
- La KEF publie un rapport révisé recommandant une augmentation plus faible de 0,28 € à 18,64 € à partir de 2027.
- La Cour constitutionnelle fédérale tient une audience orale à Karlsruhe ; aucun verdict n'est rendu.
- La Saxe-Anhalt confirme qu'aucune décision sur l'augmentation de 2027 ne sera prise avant les élections régionales de septembre.
Arguments à Karlsruhe
Le président de l'ARD, Florian Hager, a déclaré à la cour que les radiodiffuseurs n'ont plus de sécurité de planification. Il a prévenu que même la dernière proposition de la KEF, une augmentation de 0,28 € pour atteindre 18,64 € à partir de janvier 2027, ne sera probablement pas mise en œuvre. Le directeur du ZDF, Norbert Himmler, a souligné que sans un financement adéquat, les radiodiffuseurs ne peuvent pas contrer « le monopole croissant de la technologie et de l'opinion des entreprises mondiales » à l'ère de l'intelligence artificielle.
L'avocat des Länder, Hanno Kube, a soutenu que la liberté de radiodiffusion n'avait pas été violée car les besoins financiers des radiodiffuseurs étaient couverts même sans l'augmentation. Le ministre d'État de Saxe-Anhalt, Rainer Robra, a concédé sous interrogatoire qu'aucune décision sur l'augmentation de 2027 ne serait prise avant les élections régionales de septembre. Le syndicat des journalistes DJV a appelé Karlsruhe à mettre fin à la « confusion politique » de certains gouvernements régionaux.
Comment sommes-nous censés réagir au monopole croissant de la technologie et de l'opinion des multinationales si nous manquons de moyens ?
Déficits financiers et conséquences
Le ZDF seul fait face à un déficit de 110 millions d'euros d'ici 2028, a déclaré Himmler. Le directeur du MDR, Ralf Ludwig, a énuméré les gels budgétaires, les réductions de programmes et les investissements reportés comme conséquences directes du blocage de l'augmentation. Le radiodiffuseur a annoncé qu'il ne produira aucun nouvel épisode de Tatort ou Polizeiruf pendant les trois prochaines années.
Martin Detzel, de la KEF, a expliqué qu'une recommandation révisée au début de 2026 avait abaissé l'augmentation requise de 0,58 € à 0,28 € en raison de taux d'intérêt plus élevés et d'un plus grand nombre de ménages redevables, ce qui avait amélioré les perspectives. Les Länder ont saisi cette révision comme une justification de leur refus antérieur, mais les radiodiffuseurs ont maintenu qu'elle n'effaçait pas le sous-financement passé.
- Actuelle (depuis 2025)
- 18.36 €
- Proposition initiale de la KEF (2025)
- 18.94 €
- Proposition révisée de la KEF (à partir de 2027)
- 18.64 €
Perspectives et prochaines étapes
Aucune décision n'a été rendue mardi. La décision du Premier Sénat est attendue dans plusieurs semaines ou mois. La Cour doit clarifier la marge de manœuvre dont disposent les politiciens lors de la fixation de la redevance audiovisuelle et les garanties de financement que confère l'article 5 de la Loi fondamentale aux radiodiffuseurs publics. Harbarth a noté que les questions de diversité des programmes ne font pas partie de la procédure en cours.
Une décision obligeant les Länder à augmenter la redevance de manière rétroactive pourrait avoir des répercussions politiques immédiates, en particulier en Bavière et dans d'autres Länder qui ont mené l'opposition. Les observateurs notent que l'affaire façonnera le prochain cycle de réformes déjà demandé par les ministres-présidents des Länder.


