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Gouvernement·-2 h

Un tribunal roumain acquitte d'anciens chefs de la gendarmerie pour la répression violente des manifestations de 2018

Le tribunal militaire de Bucarest a blanchi trois officiers supérieurs des accusations d'abus de pouvoir, invoquant le vol d'une arme et un danger imminent. Seuls quatre gendarmes de rang inférieur ont reçu des peines avec sursis, et la décision est susceptible d'appel.

La justice blanchit des officiers supérieurs d'abus de pouvoir

Le tribunal militaire de Bucarest a acquitté lundi Laurențiu Cazan, Sebastian Cucoș et Cătălin Sindile, les trois officiers supérieurs de la Gendarmerie qui ont coordonné l'opération sur la place de la Victoire le 10 août 2018. Ils étaient poursuivis pour abus de pouvoir et, dans le cas de Cazan, pour faux intellectuel. Le tribunal a jugé que leurs actions constituaient une réponse légale à une situation grave, citant le vol d'une arme à feu sur un gendarme et une attaque contre des véhicules de police comme justification. La décision n'est pas définitive et peut faire l'objet d'un appel.

Le raisonnement : une arme volée et un « danger imminent »

Dans sa motivation écrite, consultée par G4Media, le tribunal a souligné deux moments critiques : le blocage et l'attaque de quatre unités spéciales de police près du restaurant Springtime, ainsi que l'agression de deux gendarmes, Ștefania Nistor et Cristian Felegă, au cours de laquelle le pistolet de Nistor a été dérobé par un manifestant. Le juge a conclu que ce vol a transformé les soupçons en certitude et a créé un risque extrême pour la sécurité publique.

La décision d'intervenir pour disperser la foule a été prise sur la base du danger imminent généré par l'arme, et non sur la certitude de sa récupération. L'exigence légale de l'art. 19(2) de la loi 60/1991 et de l'art. 34(2) de la loi 550/2004 concerne l'existence d'indices sérieux d'un crime grave ou de violences mettant en péril l'intégrité des forces de l'ordre, conditions qui ont été pleinement remplies à 23h08 par le vol effectif de l'arme létale et les violences contre les deux soldats.

Tribunal militaire de Bucarest

Un arsenal de 489 grenades lacrymogènes et 63 grenades acoustiques

Le ministère public avait soutenu que l'intervention était « illégale et injustifiée » et que l'usage de matraques, de gaz lacrymogènes, de grenades acoustiques et d'autres moyens constituait un traitement inhumain et dégradant. Des rapports d'experts militaires, cités par Libertatea, ont détaillé que lors de la nuit de la manifestation, les gendarmes ont déployé 489 grenades à main à effet irritant lacrymogène, 63 grenades acoustiques et 316 cartouches de calibre 38 et 40 mm. Les dispositifs ont causé des brûlures et des blessures graves dues aux éclats, aux températures extrêmes et à la force d'impact. Des centaines de personnes ont eu besoin de soins médicaux.

Munitions utilisées lors de la manifestation du 10 août 2018
Grenades lacrymogènes
489
Grenades acoustiques
63
Cartouches lacrymogènes
316

Peu de condamnations, des dommages minimes

Sur les 16 accusés, seuls quatre gendarmes de rang inférieur ont été reconnus coupables de conduite abusive. Marius Daniel Mihai a reçu la peine la plus lourde (un an et trois mois), mais le tribunal a assorti l'exécution de la peine d'un sursis sous surveillance, ordonnant 120 jours de travaux d'intérêt général. Trois autres ont reçu des peines d'un an avec sursis. Le tribunal a également ordonné le versement d'un total de 52 000 lei (environ 10 400 €) de dommages moraux à quatre victimes, un nombre bien inférieur aux centaines de personnes ayant demandé réparation. La plupart des demandes civiles ont été rejetées, et la majorité des plus de 600 témoins entendus n'ont obtenu aucune réparation.

Réaction : « une nouvelle blessure pour la démocratie »

Cătălina Hopârteanu, coordinatrice de la campagne Declic qui a financé la représentation juridique des victimes, a déclaré à RFI que le verdict était « une nouvelle blessure pour la démocratie roumaine ». Elle a souligné que le pays entier a vu des manifestants pacifiques, des personnes âgées, des femmes et des enfants être battus et gazés. La communauté envisage actuellement de faire appel, notant que si le parquet fait appel, l'affaire nécessiterait une réaudition de toutes les preuves, ce qui pourrait ne pas être possible avant la prescription de l'affaire en octobre 2026.

36 ans après la minériade de juin 1990, ce verdict est une nouvelle blessure pour la démocratie roumaine. Les gendarmes violents du 10 août ont été acquittés. Le magistrat qui a pris cette décision affirme que les faits n'existent pas, alors qu'un pays entier a vu des manifestants pacifiques battus et gazés, qu'il y a eu une intervention musclée de la Gendarmerie, que des journalistes ont été frappés simplement pour avoir fait leur travail.

Une affaire qui a failli expirer avant le procès

L'affaire a été ouverte par les procureurs en 2018, puis initialement classée par la Direction d'investigation des infractions de criminalité organisée et de terrorisme (DIICOT) en 2020. Elle a été rouverte au printemps 2022 après le recours d'une victime. En août 2023, 16 officiers ont été inculpés, avec 312 personnes blessées se constituant parties civiles. La longueur de la procédure a poussé l'affaire au bord de la prescription ; le délai de prescription expire en octobre 2026, soit quatre mois après le verdict.

Bucarest

7 sources

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