Une étude publiée le 9 avril 2026 dans la revue Science documente la première scission permanente observée chez une communauté de chimpanzés sauvages, suivie de violences intergroupes meurtrières en Ouganda. Après près de trente ans d'observations dans le parc national de Kibale, les chercheurs ont retracé l'effondrement de la communauté de Ngogo, la plus grande jamais répertoriée.

Une scission violente sans précédent

La plus grande communauté de chimpanzés sauvages connue s'est scindée en deux factions hostiles après 30 ans de cohabitation pacifique.

Bilan de la guerre interne

Les affrontements entre le groupe Ouest et le groupe Central ont causé au moins 28 morts confirmées, principalement des mâles adultes et des petits.

Dépassement du seuil social

La population de Ngogo atteignait 200 individus, soit quatre fois la taille normale, une densité insoutenable pour la structure sociale de l'espèce.

Rareté du phénomène

L'analyse génétique suggère que des scissions aussi radicales ne se produisent naturellement qu'une fois tous les 500 ans en moyenne.

Une étude publiée le 9 avril 2026 dans la revue Science documente la première scission permanente et documentée d'une communauté de chimpanzés sauvages accompagnée de violences intergroupes meurtrières, après près de trois décennies d'observations de terrain au parc national de Kibale en Ouganda. La communauté de chimpanzés de Ngogo, le plus grand groupe de chimpanzés sauvages connu au monde, a atteint un sommet d'environ 200 membres, soit quatre fois la taille habituelle d'un groupe, qui se situe autour de 50 individus. Les chercheurs, dirigés par le primatologue Aaron Sandel de l'Université du Texas à Austin, avec l'auteur principal John Mitani, professeur émérite à l'Université du Michigan, ont documenté comment la communauté s'est fracturée en deux factions, les groupes Ouest et Central, et comment le groupe Ouest a ensuite lancé des attaques mortelles coordonnées contre le groupe Central entre 2018 et 2024. Les violences ont fait 28 morts au total, dont sept mâles adultes et 17 petits, avec des décès supplémentaires enregistrés en 2025 et au début de l'année 2026. L'étude s'appuie sur des observations réalisées depuis 1995, ce qui en fait l'une des chroniques continues les plus longues jamais compilées sur le comportement des chimpanzés sauvages.

Un incident unique en 2015 a déclenché des années de fracture Les chercheurs ont identifié le premier signe visible de la rupture le 24 juin 2015, lorsque deux sous-groupes se sont rencontrés au centre du territoire partagé et que les chimpanzés de l'Ouest ont pris la fuite, déclenchant ce que l'équipe a décrit comme une phase d'évitement de six semaines d'une durée inédite. Jusque-là, la communauté fonctionnait selon une dynamique de fission-fusion, avec des sous-groupes flexibles coexistant pacifiquement au sein d'une seule communauté cohésive. La fracture a coïncidé avec un changement dans la hiérarchie des mâles alpha vers 2015, lorsqu'un chimpanzé nommé Jackson a détrôné un autre mâle, et a suivi la mort en 2014 de six chimpanzés adultes qui auraient servi de ponts sociaux entre les sous-groupes. À partir de 2016, les mâles du groupe Ouest ont commencé à effectuer des patrouilles le long de la frontière émergente ; en 2017, le groupe Central a répondu par ses propres patrouilles et les premiers affrontements directs ont eu lieu. Une épidémie début 2017 a tué 25 chimpanzés, dont 14 adultes, et l'un des derniers mâles de l'Ouest qui maintenait encore des contacts avec le groupe Central est mort durant cette épidémie, ce qui pourrait avoir accéléré la rupture. Fin 2017, deux groupes distincts s'étaient formés, et la scission a été actée en 2018, le groupe Ouest comprenant 10 mâles et 22 femelles âgés de 12 ans et plus, et le groupe Central comprenant 30 mâles et 39 femelles.

Fracture de la communauté de Ngogo : événements clés: — ; — ; — ; — ; — ; —

Le groupe Ouest, plus restreint, à l'origine de toutes les attaques Bien qu'étant la faction numériquement la plus faible, le groupe Ouest a été responsable de toutes les attaques observées contre le groupe Central, un schéma que les chercheurs ont qualifié de frappant. La violence prenait la forme de morsures, de coups portés avec les mains, de traînages au sol et de coups de pied, ciblant principalement les mâles adultes et les petits.

„"Ils mordent, frappent la victime avec leurs mains, la traînent, lui donnent des coups de pied — ce sont principalement des mâles adultes, mais parfois des femelles adultes participent aux attaques"” — Aaron Sandel via Reuters

Ce qui a rendu ce conflit scientifiquement significatif n'est pas la violence en soi — les chimpanzés sont connus pour attaquer et tuer des membres de groupes rivaux voisins — mais le fait que les agresseurs et les victimes avaient grandi ensemble, coopéré et maintenu des liens sociaux pendant des années avant la scission.

„"Il m'est difficile d'assimiler le fait que l'ami d'hier soit devenu l'ennemi d'aujourd'hui. Les mâles des deux groupes ont grandi ensemble, se sont connus toute leur vie et ont coopéré, en en tirant profit"” — John Mitani via Reuters

À partir de 2021, la violence s'est intensifiée pour inclure de jeunes chimpanzés comme cibles, et 14 membres supplémentaires du groupe Central ont disparu sans laisser de trace jusqu'en 2024. L'étude note que les attaques se sont poursuivies au-delà de la fenêtre d'observation formelle, avec un mâle adulte, un mâle adolescent et deux petits tués en 2025 et début 2026.

500 (ans) — intervalle génétique estimé entre les scissions de groupes de chimpanzés

Le précédent de Gombe revisité — et pourquoi Ngogo est plus significatif Le seul événement comparable connu auparavant était la guerre des chimpanzés de Gombe, documentée dans les années 1970 par la regrettée primatologue Jane Goodall, décédée le 1er octobre 2025 en Tanzanie. Dans ce cas, une communauté du parc national de Gombe s'était scindée et le groupe du Nord avait systématiquement tué tous les membres du groupe du Sud sur une période de quatre ans. Ce cas a longtemps été considéré comme une possible anomalie, en raison notamment du fait que les chimpanzés concernés avaient été partiellement nourris par des chercheurs. Une étude distincte publiée dans la revue Proceedings of the Royal Society B, dirigée par Joseph Feldblum de l'Université Duke, a reconstitué la dynamique sociale de la communauté de Gombe à l'aide de données allant de 1967 à 1975, constatant qu'une polarisation et un évitement avaient précédé la violence de plusieurs années, dès 1970.

Le cas de Ngogo revêt un poids scientifique supérieur au précédent de Gombe car les animaux n'ont jamais été nourris artificiellement et l'enregistrement des observations s'étend sur près de 30 ans, éliminant une source majeure de doute qui entourait les conclusions antérieures. Les chercheurs et les observateurs extérieurs ont désigné la taille exceptionnelle du groupe comme la cause profonde la plus probable : avec près de 200 individus dont plus de 30 mâles adultes, la communauté de Ngogo avait grandi au-delà de ce que les structures sociales de Pan troglodytes peuvent supporter. Roman Wittig de l'organisme de recherche CNRS à Lyon, qui n'a pas participé à l'étude, a noté que le groupe de Ngogo était devenu si important en partie parce qu'entre 1999 et 2010, il avait presque anéanti un groupe voisin et intégré les femelles survivantes. Des preuves génétiques citées dans l'étude suggèrent que des scissions permanentes de ce type ne se produisent qu'environ une fois tous les 500 ans dans les populations de chimpanzés, ce qui fait du cas de Ngogo un événement naturel exceptionnellement rare. Aaron Sandel a mis en garde contre l'établissement d'équivalences directes avec les conflits humains, tout en reconnaissant les implications plus larges.

„"Ces changements d'identités et ces dynamiques de groupe observés dans les guerres civiles humaines ont rarement un parallèle chez d'autres animaux, mais il en existe un chez les chimpanzés"” — Aaron Sandel via Le Soir

L'étude prévient également que toute activité humaine perturbant la cohésion sociale des chimpanzés — notamment la déforestation, le dérèglement climatique ou les épidémies — pourrait rendre ces conflits plus fréquents que ne le suggère la base génétique.

Mentioned People

  • Aaron Sandel — Prymatolog na University of Texas w Austin i główny autor badania
  • John Mitani — Starszy autor i badacz na University of Michigan
  • Jane Goodall — Angielska prymatolog i antropolog (3 kwietnia 1934 – 1 października 2025)
  • Joseph Feldblum — Badacz z Duke University, który analizował dane z Parku Narodowego Gombe

Sources: 18 articles