Arrivé à Yaoundé ce mercredi 15 avril, le souverain pontife a entamé la deuxième étape de sa tournée africaine de dix jours. Devant le président Paul Biya, âgé de 93 ans, le premier pape américain de l'histoire a prononcé un discours d'une fermeté inhabituelle sur la gouvernance et les droits de l'homme.
Un discours politique fort
Le pape a appelé à briser les « chaînes de la corruption » directement devant le président Paul Biya, au pouvoir depuis 43 ans.
Mission de paix en zone anglophone
Une trêve de trois jours a été décrétée par les séparatistes pour permettre au pontife de se rendre à Bamenda, au cœur du conflit qui a fait 6 000 morts.
Tensions avec Washington
La visite est marquée par un échange de critiques acerbes entre Léon XIV et Donald Trump au sujet de la guerre contre l'Iran.
Le pape Léon XIV est arrivé à Yaoundé, au Cameroun, le mercredi 15 avril. Lors d'une allocution prononcée devant le président Paul Biya au palais présidentiel d'Etoudi, il a appelé les autorités du pays à « briser les chaînes de la corruption ». Il s'agit de la deuxième étape d'une tournée de dix jours dans quatre pays africains. Le premier pontife américain, né Robert Francis Prevost à Chicago, a atterri à l'aéroport de Yaoundé-Nsimalen peu avant 14h00 GMT en provenance d'Algérie. Le début de son voyage africain y avait été partiellement éclipsé par un attentat-suicide près d'Alger et un différend public avec le président américain Donald Trump. Des milliers de fidèles ont bordé les 25 kilomètres de route séparant l'aéroport du palais présidentiel, agitant des drapeaux du Vatican et du Cameroun pour acclamer le passage du cortège papal. Léon XIV s'est entretenu en tête-à-tête avec Paul Biya avant que les deux dirigeants ne s'adressent à une audience de près de 2 000 diplomates et personnalités locales. Le message du pape aux autorités camerounaises s'est révélé direct et politique, appelant à un « examen de conscience » et exhortant à ce que la sécurité soit « toujours exercée dans le respect des droits de l'homme ».
Une mise en garde rare contre la corruption adressée au gouvernement Biya Face à Paul Biya, qui dirige le Cameroun depuis 1982, Léon XIV a prononcé ce que les observateurs qualifient de discours d'une fermeté rare pour un chef d'État en visite. „« Pour que la paix et la justice prévalent, les chaînes de la corruption — qui défigurent l'autorité et la privent de sa crédibilité — doivent être brisées »” — Pope Leo XIV via Al Jazeera Online. Le pape a également appelé les autorités à protéger les plus vulnérables, à promouvoir la justice sociale et à écouter ceux qui se trouvent en marge de la société. Paul Biya a, pour sa part, salué cette visite en termes mesurés, affirmant que « le monde a besoin du message de paix, de justice, de tolérance, de pardon et d'amour » porté par Léon XIV. Transparency International a classé le Cameroun 142 (sur 182) — rang du pays dans l'indice de perception de la corruption 2025 dans son rapport de 2025. Avant la visite, des organisations de la société civile avaient publié une déclaration dénonçant une « phase de répression sans précédent » et réclamant la libération des prisonniers politiques, dont certains seraient détenus hors de tout cadre légal. Selon la Deutsche Welle, environ 2 900 personnes restent en détention au Cameroun, la majorité sous un statut de détention provisoire.
Une trêve séparatiste offre une fenêtre fragile pour la mission de paix Cette visite revêt une importance particulière en raison du conflit persistant dans les deux régions anglophones du pays, où une insurrection séparatiste a coûté la vie à au moins 6 000 civils depuis 2016, selon les Nations Unies. Une alliance séparatiste a annoncé lundi un « couloir de circulation sécurisé » de trois jours, suspendant les hostilités pour permettre aux civils et aux visiteurs de se déplacer librement pendant le séjour du pape. Léon XIV doit se rendre jeudi à Bamenda, la plus grande ville anglophone du Cameroun, pour y célébrer une messe et une « rencontre pour la paix » dans une cathédrale. L'événement majeur de cette étape camerounaise est attendu vendredi dans la ville côtière de Douala, où le Vatican prévoit la présence de quelque 600 000 personnes pour une messe en plein air. Le conflit, né de la répression violente de manifestations pacifiques, place les civils entre les forces gouvernementales et les militants indépendantistes de la « République d'Ambazonie ». Des enlèvements contre rançon, des extorsions et des assassinats ont été recensés par les groupes de défense des droits de l'homme. Au Cameroun, environ 37 % des quelque 30 millions d'habitants sont catholiques, et l'Église gère un vaste réseau d'hôpitaux, d'écoles et d'institutions caritatives.
Les tensions avec Donald Trump assombrissent la tournée Cette tournée africaine se déroule sur fond de confrontation publique entre Léon XIV et Donald Trump. Ce dernier a qualifié le souverain pontife de « terrible » sur les réseaux sociaux dimanche, avant de réitérer ses critiques mardi soir, l'accusant d'être « médiocre en politique étrangère ». Lundi, le pape a déclaré à Reuters qu'il comptait continuer à critiquer la guerre américano-israélienne contre l'Iran, indépendamment des commentaires de Donald Trump, ayant précédemment qualifié d'« inacceptables » les menaces américaines de détruire la civilisation iranienne. Ce conflit est devenu un point de discorde majeur entre le Vatican et l'administration Trump. S'exprimant à bord de l'avion entre l'Algérie et le Cameroun, Léon XIV a affirmé que le monde doit entendre un message de paix et de coexistence, citant sa visite à la Grande Mosquée d'Alger comme preuve que des croyants de différentes confessions peuvent vivre ensemble. „« Malgré nos différences de foi, de modes de vie et de manières d'adorer Dieu, nous pouvons toujours vivre ensemble en paix »” — Pope Leo XIV via ANSA. Selon Reuters, les attaques de Donald Trump contre le pape ont suscité de vives réactions chez les chrétiens américains de tous bords politiques. À 70 ans, Léon XIV effectue un périple comprenant plus de 18 vols vers 11 villes, une tournée que Reuters décrit comme l'une des plus complexes sur le plan logistique pour un pontife depuis des décennies.
Le Cameroun était un territoire colonial allemand avant d'être partagé entre la Grande-Bretagne et la France après la Première Guerre mondiale. La crise anglophone remonte à 2017, lorsque des manifestations d'avocats et d'enseignants dénonçant leur marginalisation ont été réprimées par le gouvernement, avant de muer en insurrection. L'Église catholique joue historiquement un rôle de médiation et gère un large réseau social. Paul Biya dirige le pays depuis 1982. Le pape Léon XIV a été élu en mai 2025 après le décès de François, devenant le premier pape né aux États-Unis.
Mentioned People
- Paul Biya — Kameruński polityk, pełniący funkcję drugiego prezydenta Kamerunu nieprzerwanie od 1982 roku.
- Pope Leo XIV — Głowa Kościoła Katolickiego i suweren Państwa Watykańskiego, pierwszy papież urodzony w Stanach Zjednoczonych.
- Donald Trump — Prezydent Stanów Zjednoczonych (urzędujący od stycznia 2025 roku).
Sources: 24 articles
- Pope urges Cameroon government to resist 'whims of the rich and powerful' during visit (The Irish Times)
- Le pape Leon XIV appelle le Cameroun à lutter contre la corruption | RTS (rts.ch)
- Cameroun: arrivé à Yaoundé, le pape Léon XIV appelle à "briser les chaînes de la corruption" (RFI)
- Pope Leo visits Cameroon with message of peace amid attacks from Trump (Al Jazeera Online)
- Cameroun : l'arrivée de Léon XIV ravive l'espoir de paix (Deutsche Welle)
- " Le monde a besoin du message de paix " porté par le pape, souligne le président camerounais (Mediapart)
- Au Cameroun, le pape appelle les autorités à " un examen de conscience " (Mediapart)
- Papst ruft bei Ankunft in Kamerun zur Achtung der Menschenrechte auf (stern.de)
- " Il faut briser les chaînes de la corruption " : à son arrivée à Yaoundé, Léon XIV tance les élites camerounaises (Le Monde.fr)
- Au Cameroun, Léon XIV dénonce la "corruption" et les "abus de pouvoir" (Le Figaro.fr)