Lors d'un discours à l'Assemblée nationale de Yaoundé le mercredi 15 avril 2026, le souverain pontife a appelé les dirigeants camerounais à un examen de conscience face aux inégalités. Arrivé d'Algérie pour une visite de dix jours sur le continent, Léon XIV a critiqué la gestion des richesses nationales devant le président Paul Biya.
Appel contre la corruption
Le pape Léon XIV a demandé aux autorités camerounaises de mettre fin au détournement des ressources nationales.
Conflit anglophone
Le souverain pontife appelle à un dialogue inconditionnel pour résoudre la crise sécuritaire dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest.
Critiques américaines
Donald Trump a publiquement critiqué la diplomatie papale alors que Léon XIV s'oppose à la guerre en Iran.
Le pape Léon XIV a prononcé un discours direct à l'adresse des autorités camerounaises le mercredi 15 avril 2026, exhortant les dirigeants du pays à « briser les chaînes de la corruption » et à se soumettre à un « examen de conscience ». Cette intervention a été qualifiée par les observateurs de particulièrement frontale pour une visite papale à l'étranger. Devant le président Paul Biya et ses ministres, le pontife de 70 ans a affirmé que « les ressources de cette terre appartiennent à tous ses enfants, et non à une minorité privilégiée qui troque l'avenir de la nation pour un profit personnel ». Initialement prévue au palais présidentiel, l'allocution de 25 minutes a finalement eu lieu à l'Assemblée nationale. Léon XIV est arrivé à Yaoundé en provenance d'Algérie, marquant la deuxième étape d'une tournée de dix jours dans quatre pays africains. Des milliers de fidèles ont accueilli le souverain pontife le long des 25 kilomètres séparant l'aéroport du palais présidentiel. Plusieurs centaines de personnes s'étaient déjà rassemblées à l'aéroport avant que l'Airbus A330 bleu ne se pose, avec vingt minutes d'avance sur l'horaire prévu.
La corruption et la pauvreté érigées en crise morale Le Pape s'est appuyé sur des données précises pour étayer son propos. Il a rappelé que le Cameroun occupe la 142 (e rang sur 180) — place du classement de l'indice de perception de la corruption et a souligné que 37,5 % de la population vit sous le seuil de pauvreté malgré les vastes ressources naturelles du pays. Il a qualifié cette situation de « crise morale plutôt que d'échec purement économique », ajoutant que « la transparence dans la gestion des ressources publiques et le respect de l'État de droit sont essentiels pour restaurer la confiance ». Le discours a été suivi sans réaction apparente par le président Paul Biya, 93 ans, au pouvoir depuis 1982 et reconduit pour un huitième mandat après les élections d'octobre 2025. Si le gouvernement conteste les accusations de corruption et d'atteintes aux droits de l'homme, le président a salué le « message de paix, de justice, de tolérance, de pardon et d'amour » porté par Léon XIV. Pourtant, plusieurs hauts responsables du régime ont été incarcérés pour corruption ces dernières années et des organisations de la société civile dénoncent une répression sans précédent depuis le scrutin de 2025, marquée par des arrestations massives et le recours aux tribunaux militaires pour juger des civils. Léon XIV a également plaidé pour une meilleure inclusion de la société civile — associations, organisations de jeunesse et syndicats — dans la gouvernance du pays.
„La loi est un rempart sûr contre les caprices des riches.” — Pope Leo XIV via Le Monde
Ancien territoire colonial allemand, le Cameroun a été partagé entre la Grande-Bretagne et la France après la Première Guerre mondiale. Les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest sont le théâtre d'un conflit depuis 2017, année où des militants indépendantistes proclamant la « République d'Ambazonie » ont pris les armes contre le gouvernement de Yaoundé, dominé par les francophones. Selon les Nations Unies, au moins 6 000 civils ont perdu la vie depuis 2016. Paul Biya, souvent qualifié de dictateur, est le plus vieux chef d'État en exercice au monde et a déjà reçu trois papes : Jean-Paul II, Benoît XVI et François.
Le conflit anglophone en toile de fond de la visite de jeudi à Bamenda Léon XIV a directement évoqué les violences dans les régions anglophones, appelant à un « dialogue immédiat et inconditionnel » et prévenant que « la paix n'est pas l'absence de guerre, mais la présence de la justice ». Il a également fait référence aux attaques des groupes militants basés au Nigéria, tels que Boko Haram dans l'Extrême-Nord. Le Pape a regretté que les combats privent la jeunesse d'éducation et d'espoir : « Des gens ont perdu la vie, des familles ont perdu leur foyer, des enfants ne peuvent pas aller à l'école, des jeunes ne voient aucun avenir pour eux-mêmes ». Une alliance séparatiste a décrété une trêve de trois jours pour permettre la libre circulation durant la visite papale. Ce jeudi, Léon XIV doit se rendre à Bamenda, dans le Nord-Ouest, pour une conférence de paix, avant de rejoindre Douala, la capitale économique. Alors que la moitié de la population a moins de 18 ans, les appels répétés du Pape à la jeunesse ont été perçus par certains observateurs comme un reproche implicite envers un gouvernement gérontocratique dont les plus hautes fonctions sont occupées par des octogénaires et des nonagénaires.
L'ombre des critiques de Donald Trump et la messe au stade Amadou Ahidjo Cette tournée africaine se déroule alors que le président américain Donald Trump a critiqué Léon XIV sur les réseaux sociaux, l'accusant d'être « médiocre en politique étrangère », selon des informations de la RTS. Le Pape, qui s'est exprimé avec fermeté sur la guerre en Iran ces dernières semaines, a déclaré lundi à Reuters qu'il continuerait de critiquer le conflit malgré les propos de Donald Trump. Il n'a toutefois pas mentionné le président américain lors de son vol vers le Cameroun. Selon The Irish Times, les critiques de M. Trump ont provoqué de vives réactions chez les chrétiens américains de tous bords politiques. Plus tôt dans la journée, Léon XIV a visité l'orphelinat catholique Ngul Zamba à Yaoundé, déclarant aux enfants : « Vous êtes appelés à un avenir plus grand que vos blessures ». Une messe est prévue au stade Amadou Ahidjo, où les organisateurs attendent une foule nombreuse. Environ 37 % des 30 millions d'habitants du Cameroun sont catholiques, et l'Église y gère un réseau dense d'hôpitaux, d'écoles et d'œuvres de bienfaisance.
Mentioned People
- Leo XIV — Głowa Kościoła katolickiego i suweren Państwa Watykańskiego
- Paul Biya — Kameruński polityk, pełniący funkcję drugiego prezydenta Kamerunu od 1982 roku
- Donald Trump — 47. prezydent Stanów Zjednoczonych
- Joseph Dion Ngute — Premier Kamerunu
Sources: 24 articles
- Léon XIV en messager de paix dans le nord-ouest anglophone du Cameroun (Courrier international)
- What to know about Cameroon's separatist violence that the pope seeks to end (The Independent)
- Cameroun anglophone : dans le nord-ouest " ensanglanté ", le pape fustige " une spirale de déstabilisation et de mort " (Mediapart)
- Papst schimpft über "Tyrannen" (Süddeutsche Zeitung)
- Visite du Pape en Afrique : au Cameroun anglophone, Léon XIV fustige "une spirale de déstabilisation et de mort" (Le Figaro.fr)
- Pope urges Cameroon's leaders to examine 'conscience', tackle corruption (France 24)
- البابا ليون يلقي خطابا حازما أمام رئيس الكاميرون لاحترام سيادة القانون وكسر قيود الفساد (France 24)
- Vidéo. " La loi est un rempart sûr contre les caprices des riches " : le discours du pape Léon XIV au Cameroun (Le Monde.fr)
- Pope Leo brings message of unity to Cameroon's divided Anglophone regions (RFI)
- Pope Leo to hold peace meeting in Cameroon amid Trump attacks (Reuters)