
Le président serbe Vučić annonce sa démission dans les semaines à venir et convoque des élections anticipées dans un contexte de manifestations anticorruption
Le président serbe Aleksandar Vučić a annoncé qu'il démissionnerait dans quelques semaines et que des élections anticipées auraient lieu, mettant fin à plus d'une décennie au pouvoir. Cette décision fait suite à 18 mois de manifestations anticorruption consécutives à la catastrophe de la gare de Novi Sad.
Annonce de la démission lors d'un rassemblement à Belgrade
Le président serbe Aleksandar Vučić a déclaré samedi à des partisans lors d'un rassemblement pro-gouvernemental à Belgrade que ses jours à la tête de l'État étaient comptés. « Ce sont mes derniers jours et mes dernières semaines en tant que président de la République », a-t-il déclaré. Vučić, qui dirige le pays depuis plus de dix ans en tant que premier ministre puis président, a promis d'aider son Parti progressiste serbe (SNS) à remporter les prochaines élections présidentielle et législatives, pour lesquelles il a proposé que la liste s'intitule « Serbie unie ». Il n'a pas précisé de date exacte de démission ni le moment où il dissoudrait le Parlement, une étape légale nécessaire pour déclencher le scrutin anticipé.
Contexte des manifestations
Cette annonce fait suite à 18 mois de manifestations anticorruption menées par des étudiants, qui ont éclaté après l'effondrement d'un auvent à la gare ferroviaire de Novi Sad en novembre 2024, faisant 16 morts. Les manifestants accusent depuis le gouvernement de corruption, de mauvaise gestion des projets de construction et de violences contre les opposants politiques. Plus tôt cette semaine, des étudiants ont organisé une commémoration pour les victimes à Novi Sad, et un autre rassemblement est prévu dimanche à Kraljevo. Ces protestations sont largement considérées comme le défi le plus soutenu au régime de Vučić.
Bilan et promesses économiques
Dans son discours, Vučić a mis en avant un bilan de 651 kilomètres d'autoroutes construites en 12 ans, une baisse du chômage par rapport à un pic de 25,9 % en 2012 et une augmentation des investissements étrangers. Il a esquissé une vision d'amélioration du niveau de vie, avec des objectifs de salaire mensuel moyen de 1 400 euros et de pension de 650 euros d'ici deux ans. Vučić, qui a été vice-premier ministre, premier ministre puis président, a affirmé avoir toujours agi dans l'intérêt national.
L'opposition y voit une manœuvre forcée
Les figures de l'opposition ont qualifié cette démission de repli tactique. Savo Manojlovic, chef du mouvement Move-Change, a déclaré que Vučić tentait de précéder sa propre chute.
En démissionnant et en provoquant des élections présidentielle et législatives anticipées, Vučić tente d'anticiper son inévitable chute, provoquée par les manifestations et le mouvement étudiant, qui bénéficie d'un plus grand soutien que lui.
Les partis d'opposition et les militants étudiants ont appelé à une confrontation électorale directe avec le SNS de Vučić et se disent prêts pour le scrutin anticipé.
Enjeux internationaux
La Serbie reste un candidat officiel à l'adhésion à l'Union européenne. Bruxelles presse depuis longtemps Belgrade d'améliorer l'État de droit, de lutter contre la corruption et d'aligner sa politique étrangère sur celle du bloc, y compris en imposant des sanctions contre la Russie en raison de la guerre en Ukraine. Vučić a maintenu des liens étroits avec Moscou tout en poursuivant un rapprochement avec l'Occident. La manière dont le prochain gouvernement gérera ces questions déterminera la voie d'adhésion de la Serbie à l'UE.
- Vučić annonce sa démission lors d'un rassemblement à Belgrade
- Rassemblement de protestation étudiant à Kraljevo

