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Migration·-3 h

L'Allemagne expulse 32 criminels afghans vers Kaboul, relançant le débat sur la coopération directe avec les talibans

Le ministre de l'Intérieur Alexander Dobrindt a défendu le vol charter de nuit, qui a ramené à Kaboul des hommes condamnés pour viol, meurtre et violence sur enfants, dans le cadre d'un accord direct avec les talibans.

L'expulsion nocturne

Dans la nuit de lundi à mardi, un avion charter a décollé de l'aéroport de Leipzig/Halle à destination de Kaboul, transportant 32 hommes afghans dans le cadre d'une ordonnance d'expulsion collective. Selon le ministère fédéral de l'Intérieur, tous les passagers étaient des criminels condamnés ayant purgé des peines de prison pour des infractions telles que le viol, l'homicide, les violences sexuelles sur enfants, le trafic de stupéfiants et le vol avec extorsion. Les expulsés ont été transférés depuis la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, le Schleswig-Holstein, la Bavière, la Basse-Saxe et le Bade-Wurtemberg, ainsi que depuis la juridiction de la police fédérale. Le Bade-Wurtemberg a fourni à lui seul douze des hommes ; la Bavière en a apporté quatorze, a confirmé son ministre de l'Intérieur Joachim Herrmann.

Environ 35 opposants à l'expulsion se sont rassemblés dans le terminal de Leipzig pour une veillée silencieuse. L'action fait suite à un arrangement direct entre Berlin et les autorités talibanes à Kaboul qui permet des expulsions collectives et individuelles régulières sans États intermédiaires.

Défense politique et condamnation

Le ministre de l'Intérieur Alexander Dobrindt (CSU) a rejeté les critiques lors d'un événement du groupe parlementaire CDU à l'hôtel de ville de Hambourg.

Quiconque a commis des crimes graves ici n'a pas le droit de revenir dans notre société.

Il a contrasté l'approche du gouvernement actuel avec celle de ses prédécesseurs, arguant que l'immigration avait été remise « dans des canaux ordonnés » en un peu plus d'un an.

Ces dernières années, il n'y a pas eu de manque d'humanité, mais il y a eu un manque d'ordre. Notre pays a été plongé dans le désordre par endroits.

Le ministre de la Justice du Bade-Wurtemberg, Moritz Oppelt (CDU), a qualifié cette expulsion de « gain de sécurité énorme pour notre pays » et s'est engagé à continuer de faire respecter les obligations de quitter le territoire.

Les voix de l'opposition ont été cinglantes. Clara Bünger, porte-parole de Die Linke pour les questions intérieures, a déclaré que les gouvernements fédéral et des Länder avaient « complètement jeté les préoccupations relatives aux droits de l'homme par-dessus bord » et a mis en garde contre une normalisation rampante du régime taliban. Le député vert Marcel Emmerich a qualifié Dobrindt et son ministère de « ouvreurs de portes pour les talibans », les accusant de revaloriser « un régime de terroristes islamistes ».

L'accord avec les talibans et son prix

Les rapatriements reposent sur un accord bilatéral avec les talibans, qui gouvernent l'Afghanistan depuis 2021. Berlin ne reconnaît pas officiellement le régime, invoquant des violations systématiques des droits de l'homme, en particulier contre les femmes. Mais en pratique, il a fait des concessions pour maintenir la voie de l'expulsion ouverte ; notamment, il a permis aux talibans d'envoyer des diplomates dans les représentations afghanes en Allemagne, postes auparavant occupés exclusivement par des envoyés de l'ancien gouvernement.

Filiz Polat, experte en migration des Verts, s'est interrogée sur les autres demandes auxquelles le gouvernement fédéral a pu accéder pour faire décoller le vol.

L'annulation initiale de ce vol d'expulsion a montré à quel point l'Allemagne était devenue vulnérable au chantage par la coopération de Dobrindt avec les talibans. Maintenant que le vol a finalement eu lieu, la question est : à quelles exigences des talibans le gouvernement fédéral s'est-il plié ? Le ministre de l'Intérieur nous doit une réponse.

Un chemin semé d'embûches vers des expulsions régulières

Chronologie des expulsions Allemagne–Afghanistan
  1. Première expulsion collective post-talibans : 28 condamnés transportés à Kaboul via le Qatar.
  2. Expulsion collective prévue annulée après le refus des talibans de coopérer.
  3. 32 criminels condamnés expulsés de Leipzig/Halle à Kaboul dans le cadre d'un accord direct.
La première expulsion collective après 2021 a eu lieu en août 2024, lorsque 28 hommes condamnés ont été transportés de Leipzig à Kaboul via le Qatar. Depuis, l'Allemagne a établi ses propres canaux directs, effectuant des expulsions individuelles sur des vols réguliers et des opérations charter dédiées. Le rythme n'a pas été régulier. Une expulsion collective prévue pour fin mai 2026 a été annulée après que les talibans ont signalé leur mécontentement face à ce qu'ils considéraient comme un engagement diplomatique insuffisant du ministère des Affaires étrangères. Le vol de mardi marque donc à la fois une reprise et une démonstration que le mécanisme bilatéral, bien que fragile, reste opérationnel.
Leipzig · Kaboul

8 sources

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