
Le Maroc teste à nouveau l'Espagne : 50 000 personnes entrent à Ceuta, au moins 57 noyés alors que le roi célèbre la Fête du Trône
Le 30 juillet 2026, alors que le roi Mohammed VI célébrait ses 27 ans de règne, environ 50 000 Marocains sont entrés dans l'enclave espagnole de Ceuta en une seule journée, submergeant la ville de 83 000 habitants. Au moins 57 personnes se sont noyées lors de la traversée, que l'Espagne qualifie d'attaque contre sa souveraineté.
La vague humaine
Le matin du 30 juillet, coïncidant avec les célébrations de la Fête du Trône au Maroc, des milliers de ressortissants marocains ont commencé à se diriger vers Ceuta. En soirée, environ 50 000 personnes avaient traversé (dont environ 7 000 mineurs) dans l'enclave espagnole de 18,5 km². La majorité a nagé ou pataugé le long du littoral, tandis que d'autres ont coupé les clôtures frontalières, dans ce que les habitants et les autorités espagnoles décrivent comme une brèche orchestrée. Au moins 57 personnes sont mortes, pour la plupart de jeunes hommes noyés en Méditerranée.
L'échiquier politique
Les commentateurs espagnols considèrent cette vague non pas comme une fuite spontanée mais comme une manœuvre calibrée de Rabat. Aucun mouvement de masse de cette ampleur ne se produit au Maroc sans que l'État n'en ait connaissance, notent-ils ; les policiers en civil et en uniforme sont omniprésents. Le déclencheur, selon cette lecture, a été la démarche diplomatique de Sánchez. Le 20 juillet, le Premier ministre espagnol s'est rendu à Alger pour rétablir des liens refroidis par le soutien de Madrid en 2022 au plan d'autonomie marocain pour le Sahara occidental. Quelques jours plus tard, le 23 juillet, le Congrès espagnol a commencé à examiner un projet de loi du parti de gauche Sumar qui accorderait la nationalité espagnole aux Sahraouis nés avant le retrait de l'Espagne en 1975 (environ 60 000 personnes). Pour Rabat, la perspective de militants sahraouis détenant des passeports de l'UE était une ligne rouge.
C'est une attaque et une violation de notre souveraineté territoriale.
Réactions espagnoles
Sánchez s'est rendu à Ceuta le 31 juillet et a condamné l'assaut. Mais le président de Ceuta, Juan Jesús Vivas, a accusé le gouvernement central d'une réponse « tardive et insuffisante ». Les magasins sont restés fermés, les fêtes de rue ont été reportées et les habitants ont exprimé leur peur. Le ministère espagnol de l'Intérieur a accusé les forces de sécurité marocaines d'avoir levé les contrôles, un schéma répété depuis 2021, lorsque 10 000 personnes avaient traversé en représailles aux soins médicaux prodigués par Madrid au leader du Polisario, Brahim Ghali. Cette fois, cependant, Madrid n'a pas convoqué l'ambassadeur marocain, critiquant plutôt l'Italie pour avoir menacé de suspendre Schengen. Les éditorialistes d'El Mundo ont qualifié cela d'inversion des priorités (plus dur envers un partenaire européen qu'envers un « voisin qui fait du chantage »).
La réaction a été tardive et insuffisante.
Un schéma de pression
L'utilisation de la migration comme levier par le Maroc est bien documentée. La brèche de 2021 a suivi l'affaire Ghali. En 2002, les forces marocaines ont occupé l'îlot inhabité de Perejil avant de se retirer sous médiation espagnole et américaine. Les alliés du pays (les États-Unis et Israël) lui fournissent une couverture diplomatique, tandis que l'élite opaque de la cour, le Majzén, manœuvre autour d'un monarque visiblement affaibli. Les analystes de la presse espagnole soutiennent que cette crise est un test de stress délibéré, destiné à rappeler à Madrid que Ceuta et Melilla restent, selon Rabat, des territoires en attente de décolonisation.
- 10 000 migrants entrent à Ceuta après que l'Espagne a soigné le leader du Polisario Brahim Ghali.
- L'Espagne approuve le plan d'autonomie marocain pour le Sahara occidental, irritant l'Algérie.
- Le Premier ministre espagnol se rend en Algérie pour rétablir les liens ; Rabat perçoit un éloignement du Maroc.
- Le Congrès espagnol commence à examiner une loi qui pourrait accorder la citoyenneté à 60 000 Sahraouis.
- Jusqu'à 50 000 Marocains entrent à Ceuta tandis que le roi Mohammed VI célèbre son accession ; au moins 57 noyés.
La suite
Les installations d'accueil de Ceuta sont débordées. Le gouvernement espagnol n'a pas annoncé de changement dans la loi sur l'immigration, bien que certaines voix réclament une réforme urgente pour annuler une décision de la Cour suprême qui, selon elles, a alimenté un « effet d'appel » via les réseaux sociaux marocains. Les partenaires européens sont inquiets de la porosité d'une frontière Schengen. Le bilan pourrait s'alourdir. Pour l'instant, les images d'une ville espagnole assiégée le jour même de la fête du roi soulignent un fait brutal : Rabat peut utiliser les mouvements humains comme une arme, et le coût se compte en vies.
- Brèche de 2021
- 10000 personnes
- Entrée lors de la Fête du Trône 2026
- 50000 personnes


