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La Cour suprême espagnole ordonne 2,5 millions d'euros d'indemnisation à un homme injustement emprisonné 18 ans pour des viols qu'il n'a pas commis

Ahmed Tommouhi a passé près de deux décennies en prison avant que des preuves ADN ne l'excluent et n'identifient un autre homme. La Cour suprême a désormais jugé que l'erreur judiciaire était « indubitable et qualifiée » et lui ouvre droit à une indemnisation de l'État.

Le jugement

La plus haute juridiction espagnole a ordonné ce matin à l'État de verser 2,5 millions d'euros à Ahmed Tommouhi pour le préjudice causé par une erreur judiciaire qui l'a envoyé en prison pour des viols qu'il n'a pas commis. La décision de la chambre administrative de la Cour suprême annule un précédent refus de l'Audiencia Nacional et du ministère de la Justice, qui avaient soutenu qu'aucune erreur « grossière ou évidente » n'existait.

Cette erreur a été déterminante pour maintenir l'appelant privé de liberté pendant une période extraordinairement longue — environ 18 ans — en exécutant une peine qui a été annulée par la déclaration de son innocence, ce qui constitue une atteinte d'intensité maximale au droit fondamental à la liberté individuelle.

Cour suprême espagnole

Les preuves ignorées

Lors du procès initial devant le tribunal provincial de Barcelone en 1992, les juges ont admis mais n'ont pas évalué un rapport d'expertise biologique de la police scientifique. Ce rapport montrait que les taches de sperme sur les vêtements de la victime étaient du groupe sanguin B, un profil génétique incompatible avec Tommouhi. La condamnation reposait presque entièrement sur le témoignage de la victime et des analyses sanguines moins concluantes.

Il ressort directement, clairement et indubitablement l'existence d'une erreur qualifiée, caractérisée par l'omission d'un rapport d'expertise objectif, son incompatibilité avec l'hypothèse incriminante, son potentiel à déterminer le verdict, et la rupture conséquente du processus logique de formation de la conviction judiciaire.

Cour suprême espagnole

Il a été découvert plus tard que le sperme appartenait en réalité à Antonio García Carbonell, un citoyen espagnol présentant une forte ressemblance physique avec Tommouhi.

Un long parcours judiciaire

Les faits remontent à novembre 1991 dans plusieurs localités de la province de Tarragone : un viol à Olesa le 5 novembre, un autre à Cornellá le 7 novembre, et des viols à La Secuita et La Bisbal dans la nuit du 9 au 10 novembre. Tommouhi a été condamné pour les agressions d'Olesa et de Cornellá. En 1997, la Cour suprême a annulé la condamnation pour Olesa, qui avait entraîné une peine de 51 ans. Il a fallu attendre juin 2023 pour que la même cour annule la condamnation pour Cornellá, qui avait imposé 24 ans et 22 jours. Tommouhi est resté emprisonné de novembre 1991 à avril 2009, près de 18 ans, bien que certains rapports citent 15 ans en raison des annulations échelonnées.

Chronologie de l'affaire Ahmed Tommouhi
  1. Viol signalé à Olesa (Tarragone).
  2. Viol signalé à Cornellá.
  3. Viols signalés à La Secuita et La Bisbal.
  4. Tommouhi condamné par le tribunal provincial de Barcelone.
  5. La Cour suprême annule la condamnation pour Olesa (peine de 51 ans).
  6. Tommouhi libéré de prison.
  7. La Cour suprême annule la condamnation pour Cornellá, déclarant l'innocence.
  8. L'Audiencia Nacional refuse l'indemnisation pour erreur judiciaire.
  9. La Cour suprême ordonne à l'État de verser 2,5 millions d'euros d'indemnisation.

La bataille pour l'indemnisation

Suite à l'acquittement de 2023, Tommouhi a réclamé 3 645 000 euros au ministère de la Justice au titre de la responsabilité patrimoniale de l'État. Le ministère a refusé, et l'Audiencia Nacional a confirmé le refus en avril 2025, estimant qu'un arrêt de révision n'établit pas automatiquement une erreur judiciaire indemnisable. La Cour suprême a désormais rejeté ce raisonnement, estimant que l'erreur était si fondamentale que l'exigence d'une déclaration préalable formelle d'erreur judiciaire est satisfaite par le contenu même de l'arrêt de révision.

Portée plus large

Cette affaire met en lumière les conséquences financières pour l'État lorsque les tribunaux ignorent des preuves médico-légales disculpatoires. L'arrêt note que la durée de la détention de Tommouhi place à elle seule l'affaire dans un domaine de « gravité exceptionnelle ». Il réitère que le fait de ne pas avoir examiné un rapport d'expertise objectif et versé au dossier qui aurait imposé un acquittement constitue une erreur judiciaire qualifiée ouvrant droit à indemnisation.

Madrid · La Secuita

6 sources

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