
Les troupes taïwanaises répètent le verrouillage du pont Danjiang lors des exercices Han Kuang face à un scénario d'invasion chinoise
Des soldats taïwanais se sont entraînés à verrouiller le pont Danjiang près de Taipei pendant la nuit, alors que les exercices annuels Han Kuang, d'une durée de dix jours, entamaient leur deuxième journée, testant la capacité de l'île à repousser une invasion chinoise.
Lancement des exercices Han Kuang
Taïwan a lancé ses exercices militaires annuels Han Kuang mercredi 5 août 2026, une tradition maintenue chaque été depuis 1984. Ces manœuvres, qui durent dix jours, testent la capacité de commandement de l'île à répondre à un conflit de grande ampleur, en particulier une attaque chinoise. Le président Lai Ching-te a été évacué, portant un casque et un gilet pare-balles, dans le cadre des scénarios d'ouverture. Des chars ont défilé dans les rues de Taichung, des navires militaires ont quitté les ports et des hélicoptères de combat ont survolé la côte ouest. Des réservistes se sont positionnés sur les plages le long du détroit de Taïwan, et des sirènes d'alerte aérienne ont retenti. Les exercices ont impliqué soldats, réservistes et autorités civiles simulant des attaques de missiles, des cyberattaques et la défense des ports.
Exercice de défense du pont Danjiang
Le deuxième jour, les troupes se sont entraînées à défendre le pont Danjiang, ouvert plus tôt cette année et qui enjambe l'entrée de la rivière Tamsui menant à Taipei. Ce pont, situé à New Taipei, est le plus long pont à haubans asymétrique à pylône unique au monde et s'étend sur près d'un kilomètre. Pendant l'exercice nocturne, des soldats du génie ont utilisé des grues et des camions pour déployer des barrières en béton et en acier, du fil barbelé et des positions de sacs de sable le long de la travée. Ils ont également placé des filets dans l'eau, des plates-formes flottantes et des barils pouvant être remplis d'explosifs pour empêcher les navires chinois d'accéder à la rivière. L'objectif était de ralentir les troupes ennemies qui avancent et de les canaliser vers des zones où les forces taïwanaises auraient une puissance de feu supérieure. Des cyclistes et des piétons ont continué à traverser la partie non bloquée du pont pendant que les troupes travaillaient, et des badauds se sont rassemblés sur les bords dans l'air humide du soir pour observer les manœuvres.
- Début des exercices militaires annuels Han Kuang dans tout Taïwan, avec des chars à Taichung et des réservistes sur les plages
- Les troupes s'entraînent à verrouiller le pont Danjiang près de Taipei avec des barrières, du fil barbelé et des obstacles fluviaux
- Les exercices Han Kuang se poursuivent ; les manœuvres durent dix jours à partir de mercredi
Importance stratégique
Chieh Chung, chercheur à l'Institut taïwanais de recherche sur la défense et la sécurité nationale et expert en politique de défense à l'Université Tamkang, a observé les exercices et expliqué le rôle crucial du pont. Si une force d'invasion s'emparait du pont Danjiang et le maintenait ouvert, elle pourrait rapidement déplacer des troupes et du matériel de l'autre côté de la rivière, pénétrant dans la périphérie de Taipei depuis les têtes de pont le long de la côte nord de Taïwan, qui sont les plus propices à un débarquement amphibie à grande échelle.
Si le pont Danjiang reste ouvert, ses forces principales pourraient rapidement le traverser pour atteindre la rive nord de la rivière Tamsui, puis pénétrer dans Taipei même.
L'objectif est simplement d'empêcher les forces de l'APL de prendre le contrôle de ce secteur de la rivière, car si elles contrôlaient cette zone, les deux points de débarquement seraient reliés, formant une seule entité.
L'exercice n'a pas simulé une fermeture complète du pont, mais a permis à l'armée de recueillir des données sur la rapidité avec laquelle les ingénieurs peuvent déployer des obstacles et sur les ressources nécessaires pour verrouiller le passage en temps de guerre. L'exercice sur le pont devait se terminer vendredi matin.
Évolution de la menace
La Chine considère Taïwan comme son territoire et a juré de le placer sous son contrôle par la force si nécessaire. L'île de 23 millions d'habitants échappe au contrôle de Pékin depuis 1949. Au-delà d'une invasion amphibie directe, la Chine dispose désormais d'une gamme d'options, notamment des blocus navals, des frappes de missiles sur les infrastructures portuaires, des cyberattaques et des sanctions économiques. Les avions chinois pénètrent régulièrement dans la zone de défense aérienne de Taïwan, et des navires de guerre patrouillent près de l'île. Taïwan a adopté une « stratégie du porc-épic », reconnaissant qu'elle ne peut pas gagner une course aux armements contre un adversaire bien plus grand. Bloomberg rapporte que Pékin cible également la résilience politique de l'île pour convaincre les citoyens que la résistance à la réunification est vaine, bien avant qu'un missile ne soit tiré. Par ailleurs, Taïwan a réprimé les entreprises chinoises tentant de recruter ses talents technologiques, selon Le Monde.


