
Une Roumaine arrêtée en Allemagne pour espionnage au profit de la Russie, visant le PDG d'un fabricant de drones
Une citoyenne roumaine de 45 ans a été arrêtée en Allemagne soupçonnée d'espionnage pour le compte des services de renseignement russes, dans le cadre d'un complot visant le directeur d'un fabricant bavarois de drones qui fournit l'Ukraine. Un Ukrainien a été arrêté en Espagne dans la même affaire.
Arrestations et inculpations
Les procureurs fédéraux allemands ont arrêté deux personnes soupçonnées d'espionnage pour le compte d'un service de renseignement russe. Alla S., une citoyenne roumaine de 45 ans, a été placée en détention dans la ville de Rheine en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, en vertu d'un mandat d'arrêt émis par la Cour fédérale de justice de Rheine. Sergey N., un citoyen ukrainien de 43 ans, a été arrêté dans la ville d'Elda, dans le sud-est de l'Espagne. L'affaire a été rendue publique en mars 2026, lorsque le Parquet fédéral allemand a annoncé les arrestations. Au 6 août, les inculpations formelles se limitent à des soupçons d'activité d'agent pour un service de renseignement étranger ; les autorités n'ont pas déposé d'accusations de tentative de meurtre ou de terrorisme.
La cible
L'opération de surveillance visait Stefan Thumann, fondateur et directeur du fabricant bavarois de drones Donaustahl, basé à Straßkirchen. L'entreprise produit des drones de reconnaissance et des drones FPV MAUS et a fourni des équipements et composants utilisés par l'Ukraine dans sa guerre contre la Russie. Après les arrestations, Thumann a annulé ses apparitions publiques et a été placé sous protection permanente par les autorités allemandes, qui ont évalué le risque pour lui comme élevé. Le ministre fédéral de l'Intérieur, Alexander Dobrindt, est tenu informé en continu de l'enquête.
Opération de surveillance
Selon les procureurs, Sergey N. a commencé à surveiller Thumann en décembre 2025, en photographiant et filmant sa résidence privée et le siège de l'entreprise, et en recueillant des informations sur lui à partir de sources ouvertes. Les enquêteurs ont également découvert de possibles tentatives d'espionnage du père de Thumann à Starnberg, en Bavière, pour déterminer l'emplacement du fils. Après que Sergey N. a fui en Espagne avec sa famille, Alla S. a pris la relève de la mission, se rendant à l'adresse de la cible et filmant les lieux avec son téléphone portable. La presse allemande rapporte que les enquêteurs ne la considèrent pas comme une agente professionnelle mais plutôt comme une personne recrutée pour des tâches spécifiques.
- Sergey N. commence à surveiller Stefan Thumann en Bavière, photographiant son domicile et le siège de Donaustahl
- Les services de renseignement allemands reçoivent un avertissement d'une agence partenaire étrangère indiquant que Thumann est en grave danger
- Des agents bavarois détiennent brièvement Sergey N., confisquent les téléphones et copient les données, mais le relâchent en raison de contraintes de temps
- Sergey N. arrêté à Elda, Espagne ; Alla S. arrêtée à Rheine, Allemagne
- Thumann placé sous protection permanente, annule toutes ses apparitions publiques
- Le MAE roumain confirme l'arrestation, indique qu'aucune assistance consulaire n'a été demandée par la détenue ou sa famille
Hypothèse d'assassinat
Les services de sécurité allemands ont reçu fin 2025 des informations d'un service de renseignement partenaire étranger indiquant que Thumann était en grave danger. Des agents bavarois ont brièvement détenu Sergey N. en décembre 2025, confisquant ses téléphones portables et copiant de grandes quantités de données, mais l'ont relâché en raison de contraintes de temps avant d'avoir analysé complètement les appareils. Une analyse ultérieure a indiqué qu'il avait probablement été en contact avec les services de renseignement russes. Selon Der Spiegel, les enquêteurs pensent que les opérations de surveillance auraient pu être une préparation à des attaques physiques, voire à une tentative d'assassinat. Les procureurs ont déclaré que les activités de surveillance étaient très probablement destinées à préparer d'autres opérations de renseignement contre la cible.
Réponse de la Roumanie
Le ministère roumain des Affaires étrangères (MAE) a confirmé dans la soirée du 6 août que les autorités allemandes avaient exécuté un mandat d'arrêt émis par la Cour fédérale de justice de Rheine contre une citoyenne roumaine. Le MAE a déclaré qu'à ce moment-là, le consulat général de Roumanie à Bonn n'avait reçu aucune demande d'assistance consulaire de la part de la citoyenne concernée ou de sa famille.
Schéma plus large des opérations russes
Les autorités allemandes ont averti que la Russie recrute activement des « agents jetables » via les réseaux sociaux, des individus sans formation de renseignement capables de commettre des actes tels que des incendies criminels, des destructions de biens ou des survols de drones de sites sensibles en échange de petites sommes d'argent. Les enquêteurs n'ont pas exclu la possibilité que la Russie ait préparé une autre attaque contre un dirigeant de l'industrie de défense en Bavière, après que des explosifs ont été découverts dans un camion se dirigeant vers la région. Deux suspects ont été arrêtés en Serbie, et des contacts avec les services de renseignement russes auraient été trouvés dans leurs téléphones. En février, un autre citoyen roumain a été arrêté en Allemagne aux côtés d'un ressortissant grec dans une affaire de sabotage distincte visant des navires de la marine allemande, avec des perquisitions menées à Hambourg, en Roumanie et en Grèce sous la coordination d'Eurojust.

