Au moins 67 morts alors que 50 000 migrants retournent de Ceuta au Maroc après une traversée massive
Entre 50 000 et 60 000 personnes ont traversé vers l'enclave espagnole jeudi, mais la plupart sont maintenant reparties, invoquant la faim, la fermeture des magasins et des menaces. Au moins 67 personnes sont mortes en tentant d'atteindre Ceuta, beaucoup se noyant et d'autres étant tuées dans la bousculade à la digue de Tarajal, selon le ministre de l'Intérieur espagnol.
La traversée
Le jeudi 30 juillet, on estime que 50 000 à 60 000 migrants, pour la plupart de jeunes Marocains, ont traversé la frontière de Castillejos à Ceuta, une enclave espagnole de 84 000 habitants sur la côte nord-africaine. Le président du gouvernement local, Juan Jesús Vivas, a estimé le nombre à environ 60 000, tandis que le ministère espagnol de l'Intérieur en a compté 50 000. L'afflux soudain a submergé la ville, les migrants dormant dans les parcs et les rues, et le centre d'accueil temporaire pour immigrants (CETI) a rapidement atteint sa capacité.
- On estime que 50 000 à 60 000 migrants traversent du Maroc vers Ceuta.
- Les magasins ferment ; les migrants signalent qu'ils n'ont pas mangé depuis deux jours. Les premiers groupes commencent à retourner au Maroc.
- Le gouvernement espagnol déclare que « pratiquement tous » les migrants sont revenus. Le bilan des morts s'élève à au moins 67.
- Certains migrants tentent encore d'atteindre Ceuta à la nage ; quelques-uns sont secourus.
Le retour
D'ici samedi 1er août, le gouvernement espagnol a déclaré que « pratiquement tous » les migrants étaient retournés au Maroc. Beaucoup sont rentrés à pied par petits groupes, escortés par des soldats espagnols et des agents de la Guardia Civil. Abdel Latif, 23 ans, a dit qu'il partait parce qu'il n'y avait pas de nourriture.
Je pensais trouver un bon accueil, mais non.
D'autres ont rapporté que les magasins avaient fermé et qu'ils étaient restés sans nourriture pendant deux ou trois jours. Certains migrants ont dit avoir été menacés avec des armes et traités durement par la police et les civils du côté espagnol.
Les morts en mer
Au moins 67 personnes sont mortes en tentant d'atteindre Ceuta, a déclaré samedi le ministre de l'Intérieur Fernando Grande-Marlaska, qualifiant les événements de « dramatiques ». Beaucoup se sont noyés en nageant autour des digues de Tarajal et Benzú, tandis que d'autres ont été tués dans la bousculade pour traverser la barrière de la digue à la plage de Tarajal. Un décompte antérieur faisait état de 57 morts. Mohamed, qui a voyagé depuis Fès, a regardé son ami Yasir mourir dans l'eau.
Il se noyait et je n'ai pas pu l'aider. J'ai perdu mon téléphone, mon argent, mes affaires en essayant. Mais je n'ai rien pu faire. Beaucoup de gens sont morts.
Les secouristes de la Croix-Rouge ont soigné des survivants épuisés sur la plage, les enveloppant dans des couvertures malgré la chaleur.
Pourquoi ils sont venus
Les migrants ont décrit s'être organisés via WhatsApp et Instagram, où des posts affirmaient que la frontière était facile à traverser. Youssef, 21 ans, de Chauen, a dit qu'il gagne 3 000 dirhams (environ 280 €) par mois et qu'il n'y a pas de travail au Maroc.
Nous avons vu sur Instagram que c'était facile.
Mohamed, 15 ans, de Fès, a dit que lui et ses amis ont « des rêves à réaliser et beaucoup de talent » mais que le Maroc ne les veut pas. Beaucoup espéraient atteindre l'Europe continentale pour trouver du travail et envoyer de l'argent chez eux.
Impact local et suite
Les habitants de Ceuta ont constaté une nette amélioration samedi, avec moins de migrants dans les rues, mais craignent des retombées économiques, y compris l'annulation possible de la foire annuelle qui soutient les commerces locaux. Certains migrants revenus ont dit qu'ils prévoyaient de manger, se reposer et essayer de traverser à nouveau, estimant que la présence policière était faible. Pendant ce temps, quelques migrants ont continué à arriver par mer samedi, et la querelle diplomatique sur la politique migratoire au sein de l'UE couvait en arrière-plan.


