
Le président de la Cour constitutionnelle roumaine rencontre Bolojan avant l'arrêt sur la loi d'intégrité, provoquant un tollé politique
La présidente de la Cour constitutionnelle roumaine, Elena-Simina Tănăsescu, a rencontré le Premier ministre par intérim Ilie Bolojan le 14 août dans le bureau du président du Sénat, trois jours avant que la Cour ne se prononce sur la contestée loi d'intégrité, suscitant des demandes de démission de la part des partis d'opposition.
La rencontre
Vendredi 14 août, la présidente de la Cour constitutionnelle (CCR), Elena-Simina Tănăsescu, a rencontré le Premier ministre par intérim et chef du PNL, Ilie Bolojan, dans le bureau sénatorial du président du Sénat, Mircea Abrudean, qui se trouvait à Cluj. La rencontre, rapportée en premier par stiripesurse.ro, un site appartenant à Iosif Buble, n'a pas été annoncée publiquement. Selon la source citée, la discussion s'est achevée vers 14h30, lorsque Tănăsescu et Bolojan ont été vus quittant le bureau d'Abrudean l'un après l'autre. La CCR a publié une déclaration samedi 15 août, suite à des demandes des médias, affirmant que Tănăsescu « rejette fermement et catégoriquement toute spéculation concernant la discussion de dossiers en instance devant la Cour en dehors du cadre juridique strict ». La Cour n'a pas nié que la rencontre ait eu lieu.
Réactions politiques
La rencontre a suscité une condamnation immédiate de la part des politiciens de l'opposition. Le chef des sénateurs PSD, Daniel Zamfir, a écrit sur Facebook que la rencontre visait à « sauver Fritz », en référence au président de l'USR et maire de Timișoara, Dominic Fritz, qui risque de perdre son mandat en vertu de la loi d'intégrité. Zamfir a également noté que Tănăsescu s'était attribué le dossier à débattre lundi. Le député PSD Mihai Fifor a exigé que la CCR explique publiquement les circonstances et les sujets abordés, écrivant que la Cour constitutionnelle « doit clarifier publiquement dans quelles circonstances cette rencontre a été organisée et, surtout, quels sujets ont été discutés ».
Pas par des « sources ». Pas par des explications glissées à la presse. Officiellement.
L'eurodéputée AUR Georgiana Teodorescu a également appelé à des clarifications urgentes, s'interrogeant sur le but et la durée de la visite et établissant un parallèle avec les consultations présumées de l'ancien président Klaus Iohannis avec un juge de la CCR.
Appels à la démission
Le groupe parlementaire PACE-Întâi România au Sénat a exigé les démissions immédiates de Tănăsescu et d'Abrudean, accusant l'exécutif d'« ingérence brutale dans la justice constitutionnelle ». Le groupe a décrit la rencontre comme une « tentative claire de trafic d'influence au plus haut niveau de l'État » et a appelé les procureurs à s'autosaisir. Le PACE a également lié la rencontre aux fonds du PNRR d'une valeur de deux milliards d'euros, affirmant que le moment choisi, trois jours avant que la CCR ne se prononce sur des lois aux enjeux financiers majeurs, « détruit toute apparence d'impartialité et d'indépendance de la Cour constitutionnelle ». Le groupe a en outre demandé une enquête parlementaire et des vérifications par la commission de constitutionnalité du Sénat.
- Tănăsescu et Bolojan vus quittant le bureau d'Abrudean au Sénat
- Zamfir (PSD), Teodorescu (AUR) et le groupe PACE exigent des explications et des démissions
- La CCR publie une déclaration rejetant les spéculations mais ne nie pas la rencontre
- La CCR doit reprendre les débats sur la loi d'intégrité
Préoccupations juridiques
L'avocat et ancien membre du CSM, Adrian Toni Neacșu, a souligné que Tănăsescu est juge rapporteur dans l'affaire de la loi d'intégrité, tandis que Bolojan est président du PNL, le parti qui a déposé le recours constitutionnel conjointement avec l'USR. Neacșu a écrit que la présidente de la CCR « a rencontré secrètement les plaignants dont elle jugera la demande lundi ». Il a soutenu que le lieu, le bureau du chef parlementaire du PNL, transforme l'événement d'une erreur de protocole en une vulnérabilité systémique.
La loi d'intégrité
La CCR doit reprendre les débats sur la loi d'intégrité lundi 17 août. La disposition la plus contestée de la loi prive les élus de leur mandat dans un délai de 30 jours s'ils font l'objet d'une décision définitive d'incompatibilité ou de conflit d'intérêts, même si cette décision est antérieure à la nouvelle loi. Cette disposition affecte directement Fritz. Une deuxième disposition, connue sous le nom d'« amendement Mirabela Grădinaru », étend les obligations de déclaration de patrimoine et d'intérêts aux personnes qui entretiennent des « relations similaires à celles entre époux » avec des dignitaires, sans définir clairement l'expression. L'amendement couvre également la partenaire du président Nicușor Dan. La loi a été contestée conjointement par 27 sénateurs PNL et USR, et séparément par le président Nicușor Dan.


