
La Cour suprême grecque rejette le recours de Kövesi sur le mandat de deux ans des procureurs européens, approfondissant le conflit institutionnel
La formation administrative plénière de la Cour suprême grecque a jugé, par 72 voix contre 10, que la cheffe du Parquet européen n’avait pas qualité pour contester une décision limitant à deux ans le renouvellement de trois procureurs délégués au lieu de cinq.
La décision
La Cour suprême de Grèce (l’Aréopage) a déclaré irrecevable le recours déposé par la cheffe du Parquet européen, Laura Kövesi, contre une décision du Conseil supérieur de la magistrature. Celui-ci avait renouvelé pour deux ans le mandat de trois procureurs européens délégués grecs, au lieu du renouvellement de cinq ans décidé par le Collège du Parquet européen à Luxembourg. La formation administrative plénière de la Cour a voté à 72 contre 10 pour rejeter le recours, estimant qu’en droit grec, seuls les magistrats concernés peuvent former un tel recours, et qu’ils ne le peuvent même pas lorsque la décision du conseil est unanime.
Le renouvellement pour cinq ans avait été décidé pour tous les procureurs européens par le Collège à Luxembourg, et chaque pays ne peut pas renouveler à sa discrétion, ce qui mettrait en danger l’unité du Parquet européen.
Le différend juridique
Le conflit remonte à novembre 2025, lorsque le Collège du Parquet européen a annoncé un renouvellement de cinq ans pour les trois procureurs (Popi Papandreou, Charikleia Thanou et Dionysis Mouzakis) sans consultation préalable du Conseil supérieur de la magistrature grec. Athènes a insisté sur le fait que le conseil est le seul organe compétent pour les questions de service des magistrats. Après que Kövesi a envoyé une demande présentant le renouvellement comme une étape administrative finale, le conseil a accordé à l’unanimité une prolongation de deux ans, invoquant la nécessité pour les procureurs de terminer les dossiers en cours, notamment la catastrophe ferroviaire de Tempe et le scandale des subventions de l’OPEKEPE.
Kövesi n’a pas comparu en personne ; l’avocat constitutionnaliste Spyros Vlachopoulos a plaidé en son nom, soulignant la primauté du droit de l’Union et invitant la Cour à saisir la Cour de justice de l’Union européenne d’une question préjudicielle sur le titulaire de la compétence pour renouveler les mandats. Dix juges dissidents ont soutenu cette position, tant sur la recevabilité du recours de Kövesi que sur la question de compétence au fond.
- Le Collège du Parquet européen décide un renouvellement de cinq ans pour Papandreou, Thanou et Mouzakis sans consultation préalable du conseil grec, ce qui suscite les objections d’Athènes.
- Kövesi envoie une demande aux autorités grecques présentant le renouvellement comme une étape administrative finale ; le Conseil supérieur de la magistrature accorde à l’unanimité une prolongation de deux ans à la place.
- La formation plénière de l’Aréopage entend le recours de Kövesi ; Vlachopoulos plaide pour la primauté du droit de l’UE et un renvoi préjudiciel à la CJUE.
- La Cour rejette le recours par 72 voix contre 10 comme irrecevable ; le même jour, le conseil sélectionne trois nouveaux procureurs européens pour la Grèce.
La suite
Le même jour, le Conseil supérieur de la magistrature devrait sélectionner trois nouveaux procureurs européens parmi un vivier d’environ 20 à 25 candidats, suite à la demande de Kövesi de renforcer les effectifs en raison de la charge de travail. Les favoris incluent Dimitris Zimianitis, qui a déjà servi au Parquet européen à Luxembourg, et Olympia Kleitsaki. Le rejet du recours laisse ouverte la possibilité d’un recours supplémentaire directement devant la CJUE, bien qu’aucune démarche en ce sens n’ait été confirmée.
Les procureurs et leurs affaires
Les trois procureurs au cœur du différend ont traité certaines des enquêtes les plus sensibles de Grèce. Leurs dossiers incluent des aspects de la catastrophe ferroviaire de Tempe et du scandale des paiements agricoles de l’OPEKEPE. Le renouvellement de deux ans a été explicitement présenté par le conseil comme une mesure pour leur permettre de terminer ces affaires.


