Claudia Sheinbaum et le roi Felipe VI d'Espagne mettent fin à huit ans de gel diplomatique lors d'une rencontre « cordiale » à Mexico
La présidente mexicaine Claudia Sheinbaum et le roi Felipe VI d'Espagne se sont rencontrés au Palais national à Mexico ce jeudi, couronnant des mois de rapprochement prudent après des années de tensions sur le passé colonial.
Une poignée de main qui referme un chapitre
La rencontre entre Claudia Sheinbaum et le roi Felipe VI, qui s'est tenue jeudi 25 juin au Palais national à Mexico, a marqué la fin d'une période de froid diplomatique amorcée en mars 2019. À l'époque, le président d'alors, Andrés Manuel López Obrador, avait envoyé une lettre exigeant des excuses de la Couronne espagnole pour les abus commis lors de la conquête des Amériques. Le gouvernement espagnol avait rejeté la demande, et les relations s'étaient dégradées au cours des années suivantes, López Obrador allant jusqu'à évoquer une « pause » dans les liens bilatéraux en 2022.
Ce fut une réunion très cordiale, c'est une personne très humble.
La question indigène au cœur des échanges
Au cours de la conversation d'une heure, Sheinbaum a placé la question des peuples indigènes au premier plan. Elle a déclaré au roi que 28 millions de Mexicains s'identifient comme indigènes et que 69 langues sont parlées dans tout le pays. Felipe VI a écouté et a noté que l'une des tables de travail du Sommet ibéro-américain, prévu les 4 et 5 novembre à Madrid, est précisément consacrée aux peuples indigènes.
Le premier sujet que j'ai abordé a été celui des peuples indigènes, des peuples autochtones. L'importance que ces peuples ont pour le Mexique.
Le chemin de la confrontation à la réconciliation
Plusieurs étapes ont pavé la voie à la rencontre de jeudi. En octobre 2025, le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a reconnu la « douleur et l'injustice » infligées aux peuples originaires d'Amérique. En mars 2026, Felipe VI lui-même a publiquement reconnu que « de nombreux abus » et « controverses éthiques » avaient eu lieu pendant la conquête, une déclaration faite lors d'une exposition sur les femmes indigènes mexicaines à Madrid. En novembre dernier, les deux gouvernements ont conjointement organisé cette même exposition, « La moitié du monde : Les femmes dans le Mexique indigène », un signal politique qui a suscité des critiques du camp conservateur espagnol.
En avril 2026, Sheinbaum s'est rendue à Barcelone pour une réunion de dirigeants de gauche et a rencontré le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez. Ces gestes accumulés ont permis la venue du roi au Mexique, ce que Sheinbaum a explicitement lié aux ouvertures du côté espagnol.
Cela n'aurait pas pu arriver sans l'approche de leur côté, y compris des déclarations pour lesquelles la droite espagnole critique le roi.
Au-delà du Palais : la Coupe du monde en toile de fond
Ce changement de page diplomatique s'est produit dans le contexte de la Coupe du monde de la FIFA 2026. Felipe VI s'est rendu au Mexique pour assister au dernier match de groupe de l'Espagne contre l'Uruguay à Guadalajara, prévu dans la nuit du vendredi 26 juin au samedi 27 juin. Le secrétaire mexicain aux Affaires étrangères, Roberto Velasco, a accueilli le roi à l'aéroport international de Mexico avant que le monarque ne se rende au Palais national. Le ministre espagnol des Affaires étrangères, Albares, a accompagné le roi et a décrit la rencontre comme renforçant les relations « fraternelles, excellentes et intenses » entre les deux pays.
Ce qui a été convenu
Les deux parties ont convenu de renforcer les relations bilatérales pour le bien de leurs nations. Les discussions ont porté sur le commerce, l'économie, la situation internationale et l'importance de la Charte des Nations Unies, ce dernier point étant soulevé par le roi lui-même. Sheinbaum a confirmé que les deux pays promouvront des expositions culturelles en Espagne. Le Sommet ibéro-américain de Madrid constitue désormais la prochaine étape concrète pour la coopération sur les questions indigènes, le roi ayant exprimé son intérêt à travailler ensemble dans ce cadre.
L'Espagne et le Mexique sont unis par des liens culturels, historiques, économiques et surtout humains profonds.
- Le président López Obrador exige des excuses de l'Espagne pour les abus coloniaux ; l'Espagne refuse.
- López Obrador propose une « pause » dans les relations ; aucune rupture formelle n'a lieu.
- Claudia Sheinbaum prend ses fonctions ; le roi Felipe VI n'est pas invité à l'investiture.
- Le ministre des Affaires étrangères Albares reconnaît publiquement la « douleur et l'injustice » infligées aux peuples indigènes.
- Madrid et Mexico organisent conjointement l'exposition « La moitié du monde » sur les femmes indigènes.
- Felipe VI déclare que la conquête a impliqué « de nombreux abus » et des « controverses éthiques » lors d'une exposition à Madrid.
- Sheinbaum se rend à Barcelone et rencontre le Premier ministre Pedro Sánchez.
- Felipe VI et Sheinbaum se rencontrent au Palais national ; les deux déclarent la rencontre « cordiale ».


