
L'Église roumaine et des ministres s'opposent à un projet de loi imposant le baiser du drapeau et des quotas de diffusion
L'Église orthodoxe roumaine, des responsables gouvernementaux et des députés de l'opposition ont rejeté un projet de loi qui infligerait des amendes allant jusqu'à 10 000 lei aux personnalités publiques refusant d'embrasser le drapeau national.
Proposition de loi et sanctions prévues
Un projet de loi encadrant les célébrations de la Journée du drapeau national de la Roumanie a été inscrit à l'ordre du jour de la Chambre des députés sans rapport préalable des commissions parlementaires spécialisées. L'initiative a été rédigée par le député de l'Alliance pour l'unité des Roumains (AUR) Mircia Chelaru et avait été adoptée par le Sénat en 2023 avec les signatures supplémentaires de députés du Parti social-démocrate (PSD), du Parti national libéral (PNL) et des minorités nationales. La proposition vise à étendre les cérémonies commémoratives organisées chaque année le 26 juin à toutes les unités administratives locales du pays.
Selon le texte soumis au Parlement, les agents publics qui refusent d'embrasser le tricolore national lors des cérémonies de la Journée du drapeau s'exposent à des amendes pouvant atteindre 10 000 lei, tandis que la non-participation des autorités désignées est qualifiée d'abus de fonction. Les administrations locales sont tenues de créer un lieu public nommé « Piața Tricolorului » dans les 45 jours suivant l'entrée en vigueur de la loi, sous peine d'amendes allant jusqu'à 30 000 lei. Les radiodiffuseurs commerciaux et publics qui ne consacreraient pas au moins 30 minutes d'antenne au drapeau national le 26 juin seraient passibles d'une amende de 20 000 lei.
- Agent refusant d'embrasser le drapeau
- 10000 lei
- Média ne diffusant pas 30 minutes
- 20000 lei
- Commune ne désignant pas de place
- 30000 lei
Le Patriarcat rejette les dispositions liturgiques
Le Patriarcat roumain a publiquement désapprouvé le projet de loi, déclarant que les promoteurs parlementaires avaient rédigé des procédures religieuses sans consulter l'Église orthodoxe roumaine. Le porte-parole du Patriarcat, Adrian Agachi, a indiqué que le projet introduisait un texte de prière non autorisé et contenait des mécanismes canoniquement infondés, s'opposant notamment à une clause autorisant les professeurs de religion ou les laïcs à bénir le drapeau en l'absence de prêtre.
Ce dernier fait dénote une méconnaissance du rôle et de l'importance du ministère clérical et de la vie liturgique de l'Église.
Agachi a annoncé que le Patriarcat soumettrait des amendements formels au Parlement pour garantir que les bénédictions soient conformes aux règles liturgiques orthodoxes et restent strictement réservées au clergé ordonné.
Opposition exécutive et politique
Le Premier ministre par intérim, Ilie Bolojan, a critiqué l'initiative lors d'un entretien avec la chaîne B1TV, opposant les démonstrations publiques à l'intégrité administrative et aux devoirs pratiques.
Un patriote n'est pas celui qui parade, mais la personne qui soutient sa famille, qui va travailler dur, le fonctionnaire qui ne participera peut-être jamais à un défilé, mais qui fait son devoir là, au bureau.
Le député de l'opposition Union sauvez la Roumanie (USR), Bogdan Rodeanu, a condamné cette mesure comme un « rituel de soumission » imposant des scripts cérémoniels rigides à l'armée roumaine et aux communautés religieuses. Le politologue Cristian Pîrvulescu a déclaré à Radio France Internationale que cette législation viole les protections constitutionnelles relatives à la liberté de conscience et à l'indépendance éditoriale de la presse, soulignant l'atteinte aux minorités religieuses de Roumanie, notamment les communautés musulmanes turques et tatares.
Réponse du promoteur et prochaines étapes
Le député AUR Mircia Chelaru, général à la retraite et ancien chef d'état-major général, a déclaré avoir été surpris de voir le projet de loi inscrit à l'ordre du jour sans notification préalable de la direction parlementaire. Chelaru a affirmé que la prière de bénédiction incluse dans le texte avait été approuvée par l'Église orthodoxe roumaine sous le mandat du défunt patriarche Teoctist. Chelaru a également indiqué qu'il était prêt à supprimer les sanctions financières du projet de loi à condition que les administrations locales restent légalement tenues d'organiser des cérémonies officielles le 26 juin.


