
Le créateur de la semaine compensée en rotin et du sabot Woody, le Néerlandais Jan Jansen, meurt à 85 ans
Né à Nimègue, le designer connu pour la semaine compensée en rotin et le sabot-sandale Woody a bâti un héritage mondial depuis un petit atelier amstellodamois. Sa mort le 10 juin des suites d’un cancer, à 85 ans, clôt une carrière de six décennies qui a fait de lui le créateur de chaussures le plus copié au monde.
Une vie bâtie sur la curiosité et le métier
Jan Jansen est né le 6 mai 1941 à Nimègue, premier fils après quatre filles dans une famille catholique de huit enfants. Son père était chef des ventes à l’usine de chaussures pour enfants Nimco et le jeune Jan passait les vacances scolaires dans l’entrepôt. Très tôt, les chaussures inconfortables l’intriguent : ses souliers vernis de communion sont la première provocation. Cette insatisfaction le pousse à suivre des cours du soir à l’académie des beaux-arts d’Eindhoven, l’école de la chaussure de Waalwijk, puis une période formatrice à Rome, où il perfectionne son art dans l’atelier qui fabriquait les escarpins de Sophia Loren. Il dessine sa première chaussure, baptisée « Me », à 19 ans. En 1964, il ouvre un minuscule atelier derrière la place Dam à Amsterdam, travaillant à la main pour des clientes comme les artistes Conny Stuart et Adèle Bloemendaal.
De l’art portable, du Woody au Rattan
Jansen allait dessiner plus de 4 000 modèles sous son nom et des milliers d’autres anonymement pour des tiers. Ses créations les plus célèbres s’étendent sur des décennies : le Woody (1969), un sabot à semelle de bois et empeigne de cuir, devient son best‑seller et l’un des modèles de chaussures les plus copiés au monde. Le Rattan (1971), une fine semelle compensée en bambou, lui vaut une presse internationale. La basket à talon (1977) associe sport et élégance des années avant que le monde de la mode ne s’y mette ; la version copiée par un importateur américain se vend à un million de paires. Kiss Me on The Couch (1979) arbore un motif de lèvres sur la bride, clin d’œil au canapé de Dalí. Les innovations suivantes incluent le talon compensé flottant (1989) et une escarpin baroque recourbé aux deux extrémités (1995).
Créer est ma passion et ma vie. J'ai plus d'idées dans la tête que je n'arrive à en sortir.
Le créateur de chaussures le plus copié
Les grandes maisons de mode ont régulièrement puisé ses idées. Armani a copié une chaussure en cuir monopièce de 1994 ; Jansen a gagné un procès pour en stopper la vente mais on lui a déconseillé de réclamer des dommages. Prada a lancé un modèle inspiré du Rattan en 2005, coïncidant avec le propre relancement de Jansen, mais les différences suffisaient à dissuader une action en justice. Céline a produit une botte en 2017 basée sur son modèle à fermetures éclair de 1979. Jansen estimait être peut-être le créateur de chaussures le plus copié au monde.
J'avais assez d'argent pour payer mes factures, alors je me suis toujours dit : tant pis.
Tonny, la muse qui équilibrait création et commerce
Sa femme Tonny était sa partenaire depuis l’âge de 17 ans. Là où Jansen comptait sur l’intuition — il disait un jour que ses idées « venaient du cosmos » —, elle avait l’œil commercial pour choisir les modèles à produire. Elle est restée sa collaboratrice longtemps après sa retraite officielle, travaillant à ses côtés à Amsterdam et dans leur maison en Italie. Jansen est mort chez lui, entouré de Tonny et de sa famille proche.
Reconnaissance mondiale et héritage durable
Le travail de Jansen a été récompensé par de nombreux prix : le Grand Seigneur Modeprijs (1995), la bague Max Heymans (2006), le Karel de Grote Oeuvreprijs de la ville de Nimègue (2011) et le titre de Dutch Designer of the Year (2013). Il a enseigné comme professeur au Bunka Fashion College de Tokyo et a tenu des expositions et conférences dans le monde entier. La journaliste de mode Lisa Goudsmit, qui a écrit un livre et organisé une rétrospective de son œuvre en 2021, l’a décrit comme généreux et chaleureux.
Il possédait une combinaison unique de vision artistique et de savoir‑faire. Ses chaussures étaient un art portable : sculpturales et novatrices, mais en même temps confortables et fonctionnelles.


