
Un tribunal équatorien condamne l'ancien président Lenín Moreno à cinq ans pour corruption liée à Sinohydro
Un tribunal équatorien a reconnu l'ancien président Lenín Moreno coupable d'avoir accepté des pots-de-vin de la part de l'entreprise chinoise Sinohydro pour le contrat du barrage de Coca Codo Sinclair.
Verdict judiciaire et peines de prison
Un tribunal équatorien a rendu son verdict vendredi, condamnant l'ancien président Lenín Moreno à cinq ans de prison pour corruption. Le collège de juges a reconnu l'ancien dirigeant de 73 ans coupable d'avoir accepté des pots-de-vin dans le cadre du processus d'attribution d'un projet hydroélectrique national. La peine de cinq ans prononcée par les juges est inférieure aux six ans et six mois requis par le parquet. Outre Moreno, le tribunal a condamné six autres co-prévenus, dont un ancien ambassadeur chinois à Quito et plusieurs dirigeants d'entreprises. L'épouse et la fille de Moreno figuraient parmi les personnes reconnues coupables de complicité dans ce système, écopant de près de trois ans de prison. Au total, les procureurs avaient engagé des poursuites contre une vingtaine de personnes, incluant des responsables publics, des dirigeants d'entreprise et des proches de l'ancien président.
Le réseau de corruption Sinohydro
L'affaire porte sur un vaste réseau de corruption qui, selon les procureurs, a fonctionné de 2009 à 2018 durant la planification et la construction de la centrale hydroélectrique de Coca Codo Sinclair. L'entreprise de construction chinoise Sinohydro, soutenue par l'État, se trouvait au centre de l'accusation, faisant face à des allégations de distribution d'environ 76 millions USD de paiements illégaux pour obtenir le contrat d'infrastructure. Selon le procureur de l'État, les actes illicites impliquant Moreno se sont produits principalement entre 2007 et 2013, période durant laquelle il était vice-président de l'Équateur. Les enquêteurs ont documenté que ces arrangements corrompus ont permis d'obtenir des conditions contractuelles publiques favorables pour l'entreprise d'ingénierie chinoise à plusieurs étapes administratives. L'installation hydroélectrique, conçue comme l'un des principaux actifs de production d'énergie du pays, est restée sous enquête pendant des années à mesure que des irrégularités financières et administratives apparaissaient.
- Lenín Moreno exerce comme vice-président sous Rafael Correa alors que les négociations contractuelles débutent
- Sinohydro opère un présumé système de corruption de 76 millions USD lié au projet Coca Codo Sinclair
- Moreno exerce comme président de l'Équateur et rompt politiquement avec Correa
- Correa est condamné par contumace à huit ans de prison avant d'obtenir l'asile en Belgique
- Un tribunal équatorien déclare Moreno coupable de corruption et le condamne à cinq ans de prison
Arguments de la défense et appel en cours
Moreno, qui se déplace en fauteuil roulant, a rejeté le verdict du tribunal et réitéré ses protestations d'innocence totale. S'adressant au tribunal peu avant que la décision de condamnation ne soit lue, il a confirmé que son équipe juridique déposera un appel formel contre la condamnation en première instance. L'ancien chef d'État a insisté après le jugement sur le fait qu'il n'avait pas reçu un seul centime de Sinohydro durant tout son mandat public. Moreno a maintenu que les poursuites étaient fabriquées dans le cadre d'une campagne de persécution politique dirigée contre lui. Il a attribué les procédures judiciaires directement à ses rivaux politiques, arguant que les accusations visaient à discréditer son administration plutôt qu'à punir une véritable mauvaise conduite financière.
Rupture avec Rafael Correa et conséquences politiques
Le jugement fait suite à des années de conflit politique entre Moreno et son prédécesseur, l'ancien président socialiste Rafael Correa. Correa a gouverné l'Équateur de 2007 à 2017 et a joué un rôle déterminant pour assurer l'élection de Moreno comme son successeur désigné. Après son investiture en 2017, Moreno a rompu avec le mouvement politique de Correa, orientant les politiques intérieures de l'Équateur vers la droite et poursuivant un rapprochement diplomatique plus étroit avec les États-Unis. Ce réalignement politique a produit un conflit ouvert entre les deux dirigeants, conduisant à des accusations mutuelles de corruption et d'abus institutionnels. Correa a déménagé en Belgique, le pays d'origine de son épouse, après avoir quitté la présidence en 2017. En 2020, un tribunal équatorien a condamné Correa par contumace à huit ans de prison pour corruption, bien que les autorités belges lui aient ensuite accordé l'asile politique, le protégeant de l'extradition.


