Meloni juge le contrat diesel américano-russe très risqué et réclame un négociateur unique de l'UE pour l'Ukraine
La présidente du Conseil italien Giorgia Meloni a déclaré que l'accord confère une légitimité à Moscou et lui procure de nouvelles recettes, tandis que Volodymyr Zelensky y voit un investissement dans une guerre qui doit prendre fin.
L'accord et ses termes
Les États-Unis et la Russie ont convenu, dans la semaine précédant le 14 octobre, que Moscou livrerait dans un premier temps plus de 300 000 tonnes de diesel aux marchés américain et international. Selon Libertatea, Donald Trump a négocié cet arrangement avec Vladimir Poutine le 9 octobre et Washington s'apprêtait à assouplir les sanctions sur les carburants russes. Aux termes de l'accord, les exportations devaient atteindre 300 000 tonnes en octobre et jusqu'à 1 million de tonnes par mois jusqu'en avril 2027. Trump a affirmé que la Russie enverrait ensuite 500 000 tonnes en novembre, puis un million de tonnes supplémentaires. Le vice-Premier ministre russe Alexandre Novak a confirmé ces chiffres à l'agence de presse d'État TASS et indiqué que les volumes pourraient à terme atteindre trois millions de tonnes par mois.
- Trump négocie des livraisons de diesel avec Vladimir Poutine, selon Libertatea
- Meloni déclare devant le Parlement italien que l'accord est un choix très risqué
- Élections de mi-mandat aux États-Unis, qui détermineront le contrôle du Congrès
- Trump affirme que la Russie fournira 500 000 tonnes en novembre
- Le calendrier mensuel des exportations de l'accord court jusqu'en avril 2027, selon Libertatea
Les objections de Meloni et la proposition européenne
Meloni a déclaré devant le Parlement italien le mercredi 14 octobre que cet accord était un choix très risqué, à la veille du sommet européen prévu cette semaine-là. Elle a résumé son inquiétude en une phrase.
Le résultat de cette décision est incertain, tandis que les risques sont clairs.
Elle a soutenu que l'accord confère une légitimité à Moscou alors que ses bombes continuent de tomber sur les villes ukrainiennes, qu'il génère de nouvelles recettes pour financer la guerre et qu'il affaiblit l'effet des sanctions occidentales. Elle a proposé que les 27 États membres de l'UE désignent une personnalité ayant l'autorité pour négocier au nom de l'Europe sur la guerre entre la Russie et l'Ukraine. Elle n'a pas non plus exclu de confier un mandat formel au groupe E3, composé de l'Allemagne, de la France et du Royaume-Uni. Selon HotNews, les relations entre Meloni et Trump s'étaient refroidies après que Trump a reproché à Rome d'avoir refusé aux États-Unis l'usage d'une base sicilienne pour des opérations offensives contre l'Iran, et après que Trump s'en est pris au pape Léon, que Meloni a défendu.
Les positions de Zelensky et de Trump
Volodymyr Zelensky a critiqué l'accord, y voyant un investissement dans une guerre qui doit prendre fin. Dans un entretien avec NPR, il a déclaré que l'administration Trump avait averti Kyiv qu'elle pourrait suspendre l'échange de renseignements secrets si les forces ukrainiennes ne cessaient pas leurs attaques de drones à longue portée contre les raffineries de pétrole russes. Zelensky a affirmé que l'Ukraine continuerait de frapper les sites énergétiques et logistiques russes tant que la Russie ne cesserait pas de viser les installations énergétiques ukrainiennes. Il a également rejeté l'affirmation de Trump, formulée le week-end précédant le 14 octobre, selon laquelle l'Ukraine serait responsable de la hausse des prix du diesel, imputant celle-ci au blocage du détroit d'Ormuz. Zelensky a indiqué avoir appris par les réseaux sociaux la proposition de trêve énergétique de Trump. Trump, de son côté, a déclaré que l'accord contribuerait à faire baisser les prix de l'énergie aux États-Unis avant les élections de mi-mandat du 3 novembre 2026.
La capacité d'exportation russe en recul
Dans une analyse pour Meduza résumée par Libertatea, Serghei Vakulenko, chercheur principal au Centre Carnegie de Berlin, écrit que la Russie a fourni environ 3 % de la consommation mondiale de diesel et 10 % des volumes échangés sur le marché international en 2025. Cela plaçait la Russie au deuxième rang mondial, derrière les États-Unis et l'Arabie saoudite. Les attaques ukrainiennes contre les raffineries et les restrictions à l'exportation introduites en juillet 2026 ont fortement réduit le carburant disponible pour les acheteurs étrangers. Les livraisons mensuelles russes sont tombées à 300 000 à 350 000 tonnes en septembre, contre 3 millions de tonnes en avril 2026, la demande intérieure et une capacité de stockage limitée ajoutant à la pression. Vakulenko estime que l'accord est insuffisant pour produire une baisse visible des prix intérieurs américains avant les élections. Libertatea évalue la valeur théorique à 7 milliards de dollars, sur la base de la vente de 5 millions de tonnes, mais précise que le bénéfice réel pour la Russie est limité, car le diesel aurait de toute façon été exporté, à des conditions moins favorables.
- Avril 2026
- 3000000 tonnes
- Septembre 2026, bas
- 300000 tonnes
- Septembre 2026, haut
- 350000 tonnes
