
Des dizaines de milliers de personnes manifestent en Espagne après le rejet par le Parlement des décrets d'urgence sur le logement
Des manifestants se sont rassemblés samedi dans une cinquantaine de villes espagnoles après le rejet par le Parlement de deux décrets gouvernementaux destinés à freiner la hausse des loyers et à mettre fin aux expulsions.
Défaite parlementaire et conséquences politiques
Vendredi, le Congrès des députés espagnol a rejeté deux décrets d'urgence visant à réguler le marché locatif, affaiblissant la coalition minoritaire du Premier ministre Pedro Sánchez. Le premier décret prévoyait un moratoire sur l'expulsion des locataires vulnérables jusqu'en 2030, une prolongation de deux ans des baux arrivant à échéance avant 2028, une hausse de la fiscalité sur les appartements touristiques et des restrictions sur les achats des fonds d'investissement. Les députés ont rejeté cette mesure par 178 voix contre 172. Un second décret instaurant le renouvellement automatique obligatoire des baux a échoué par 184 voix contre 166. Les députés du Parti populaire (PP), conservateur, et de Vox, à l'extrême droite, ont voté contre les deux textes, aux côtés d'Ensemble pour la Catalogne (JxCat), formation indépendantiste dont les sept députés ont refusé leur soutien. La ministre du Logement, Isabel Rodríguez, a appelé le Parlement à se ranger du côté des citoyens plutôt que des fonds d'investissement spéculatifs, tandis que le chef du PP, Alberto Núñez Feijóo, a demandé à Pedro Sánchez de convoquer des élections générales anticipées avant la date prévue en 2027.
- Décret 1 (contre)
- 178 voix
- Décret 1 (pour)
- 172 voix
- Décret 2 (contre)
- 184 voix
- Décret 2 (pour)
- 166 voix
Manifestations et affrontements dans les villes
Au lendemain du vote, des dizaines de milliers de manifestants ont participé samedi 3 octobre 2026 à une cinquantaine de rassemblements à travers l'Espagne. À Madrid, quatre cortèges ont convergé vers la Plaza de Cibeles, tandis que des manifestants occupaient depuis huit jours un campement à la Puerta del Sol. Les organisateurs du Syndicat des locataires de Madrid ont estimé la participation à 500 000 personnes, la délégation du gouvernement central l'évaluant à 70 000. Dans la capitale, la police a arrêté trois membres du groupe d'extrême droite Núcleo Nacional après que des contre-manifestants masqués ont tenté d'entrer sur la Puerta del Sol et de provoquer des troubles. À Valence, des rassemblements près du Palau de les Arts Reina Sofía, qui accueillait un sommet de l'immobilier, ont dégénéré en affrontements. Les manifestants ont retiré des barrières et lancé des projectiles, poussant la police à tirer des balles en caoutchouc. Les autorités locales ont fait état de neuf policiers blessés et de cinq arrestations. Le mauvais temps a par ailleurs contraint les organisateurs à annuler une marche prévue à Barcelone.
- Estimation de la délégation du gouvernement
- 70000 participants
- Estimation du Syndicat des locataires de Madrid
- 500000 participants
Pression croissante du marché et expulsion déclencheur
La colère a redoublé après l'expulsion, le 23 septembre 2026, de Maricarmen Abascal, 87 ans, évacuée sur une civière d'un appartement madrilène où elle vivait depuis sept décennies, la hausse des loyers étant devenue insoutenable. Bien que le propriétaire, Urbagestión, ait accepté, après le tollé, de la laisser revenir avec un loyer réduit, les mobilisations se sont étendues. Les données de l'Institut national de la statistique (INE) montrent que les prix du logement ont augmenté de 12,2 % au deuxième trimestre 2026 sur un an. Le portail immobilier Idealista a fait état d'une hausse nationale de 8,5 % des loyers en 2025, due à la pénurie d'offre, Madrid enregistrant un bond de 9,7 %. La Banque d'Espagne évalue le déficit global de logements à 700 000 unités dans le pays.
Ce que dégagent les rues, c'est une énergie nouvelle, une énergie qui montre que huit jours de pouvoir populaire peuvent accomplir bien plus que huit années de gouvernement progressiste.
Mobilisation syndicale et exigences de régulation des loyers
Les syndicats de locataires espagnols ont désormais appelé à une grève générale sur la crise du logement, exigeant un encadrement strict des loyers et une interdiction pure et simple des achats de logements par les entreprises. Les manifestants brandissaient des pancartes réclamant la fin des profits des bailleurs, agitaient des trousseaux de clés et scandaient qu'ils détiennent les clés de la ville. Ils ont souligné l'écart grandissant entre les salaires et les loyers dans les centres urbains. Marcos Sainz, bibliothécaire de 26 ans qui a emménagé dans un appartement à 1 000 euros par mois, a déclaré aux journalistes qu'il continuerait à manifester jusqu'à ce que les autorités régulent l'ensemble du marché. Le Syndicat des locataires a confirmé qu'il coordonnerait de nouvelles actions collectives dans les grandes villes des régions au cours des prochaines semaines.

