
Bruxelles élargit la procédure d'infraction contre l'Espagne pour le droit de veto du gouvernement dans les fusions bancaires
La Commission européenne a envoyé à l'Espagne une nouvelle lettre de mise en demeure, élargissant sa procédure d'infraction concernant les lois nationales qui ont donné au gouvernement le pouvoir de bloquer la fusion BBVA-Sabadell.
La Commission européenne a intensifié son différend d'un an avec l'Espagne jeudi, en envoyant une lettre de mise en demeure supplémentaire qui élargit la procédure d'infraction concernant l'intervention de Madrid dans l'offre publique d'achat avortée de BBVA sur Banco Sabadell. Cette décision ajoute la transposition tardive de la directive sur les exigences de fonds propres (CRD VI) à la liste des violations présumées, qui comprenait déjà le règlement sur le mécanisme de surveillance unique et les dispositions du traité sur la liberté d'établissement et la libre circulation des capitaux.
Le cœur du litige
L'affaire remonte à juillet 2025, lorsque Bruxelles a contesté pour la première fois l'utilisation par l'Espagne de sa législation nationale pour imposer des conditions supplémentaires à l'accord BBVA-Sabadell. Le gouvernement espagnol, dirigé par le ministre de l'Économie Carlos Cuerpo, a finalement opposé son veto à la fusion pour trois ans, renouvelable deux fois, après que l'autorité de la concurrence CNMC a renvoyé l'affaire au Conseil des ministres. La Commission estime que seules la Banque centrale européenne et les autorités nationales de la concurrence devraient avoir leur mot à dire dans de telles opérations.
La Commission considère que les mesures espagnoles en question sont incompatibles avec le nouveau cadre CRD VI régissant les acquisitions, fusions, scissions et autres changements structurels affectant les établissements de crédit, ce qui renforce encore les préoccupations déjà exprimées dans la lettre de mise en demeure de 2025.
La nouvelle infraction
Bruxelles note désormais que l'Espagne a manqué la date limite du 10 janvier 2026 pour transposer la CRD VI en droit national. La directive, liée à Bâle IV, renforce le rôle de la Banque d'Espagne et de la BCE dans les approbations de fusions tout en limitant le pouvoir discrétionnaire des exécutifs nationaux. L'Espagne n'a pas encore soumis de proposition pour modifier sa législation, selon des sources européennes.
- BBVA annonce une offre publique d'achat hostile sur Banco Sabadell ; un citoyen dépose une plainte auprès de la Commission deux jours plus tard.
- La BCE exprime « aucune opposition » à la fusion potentielle BBVA-Sabadell.
- La Commission envoie une première lettre de mise en demeure, ouvrant une procédure d'infraction sur les pouvoirs d'intervention de l'Espagne.
- La date limite de transposition de la CRD VI en droit national par l'Espagne expire sans conformité.
- La Commission envoie une lettre de mise en demeure supplémentaire, élargissant l'affaire pour inclure la non-transposition de la CRD VI.
La dimension politique
Des tensions au sein même de la Commission sont apparues. La commissaire à la Concurrence Teresa Ribera, une socialiste espagnole, aurait fait pression contre la poursuite de l'affaire, mais la commissaire aux Services financiers Maria Luís Albuquerque a poussé en avant. Le ministère espagnol de l'Économie déclare qu'il travaille à la transposition de la CRD VI pour supprimer le pouvoir de veto politique de la loi sur la supervision bancaire, mais insiste sur le fait que cela se fera sans préjudice du rôle de la CNMC, suggérant qu'il entend conserver un certain levier via le droit de la concurrence.
Le Gouvernement note qu'il travaille intensément à la transposition de la nouvelle directive CRD VI, afin d'adapter la législation nationale et de refléter la compétence exclusive de la BCE et de la Banque d'Espagne en matière de contrôle prudentiel des fusions bancaires.
La suite
L'Espagne dispose de deux mois pour répondre et remédier aux manquements. Si Bruxelles n'est pas satisfaite, elle peut émettre un avis motivé, la dernière étape avant de saisir la Cour de justice de l'Union européenne, qui pourrait imposer des sanctions financières. L'accord BBVA-Sabadell a finalement échoué après que les conditions imposées par Madrid ont fait que BBVA n'a obtenu qu'un peu plus de 25 % des actionnaires de la banque catalane.
Actions juridiques distinctes de l'UE
Dans un ensemble distinct de décisions le même jour, la Commission a renvoyé l'Espagne et la Pologne devant la Cour de justice de l'UE pour n'avoir pas transposé intégralement la directive sur le système d'échange de quotas d'émission avant la date limite du 31 décembre 2023. L'Espagne n'a pas communiqué la transposition de la réforme générale du marché du CO2, qui réduit les permis de pollution gratuits et inclut le transport maritime pour la première fois. Les deux pays sont également en retard sur les règles révisées concernant l'aviation. Bruxelles a également émis un avis motivé à l'Espagne pour son défaut de mise en œuvre des nouvelles règles sur les paiements instantanés, applicables dans la zone euro depuis 2025 et visant à rendre les paiements instantanés en euros abordables, sécurisés et fluides dans toute l'UE.

