
L'Italie suspend Schengen avec l'Espagne en raison de l'afflux de migrants à Ceuta, la France renforce les contrôles aux frontières
L'Italie a temporairement suspendu l'accord de libre circulation Schengen avec l'Espagne et rétabli les contrôles aux arrivées aériennes et maritimes après qu'environ 50 000 à 60 000 migrants ont traversé du Maroc vers l'enclave espagnole de Ceuta depuis jeudi.
Le déclencheur à Ceuta
Entre jeudi et vendredi, environ 50 000 à 60 000 personnes ont traversé du Maroc vers l'enclave espagnole de Ceuta, en Afrique du Nord, le nombre le plus élevé depuis 2021. Le président de Ceuta, Juan Jesús Vivas, a décrit la situation comme "une urgence humanitaire et sociale totale" jeudi. Vendredi soir, le ministère espagnol de l'Intérieur a indiqué qu'environ 40 000 personnes étaient déjà retournées au Maroc, tandis que le rapport Focus notait que 37 500 avaient quitté le petit territoire. Le bilan est monté à 57 morts, dont la plupart se sont noyés en tentant de nager depuis le Maroc, a rapporté la chaîne publique RTVE citant un porte-parole du ministère.
Nous sommes dans une situation d'urgence humanitaire et sociale totale.
La réponse italienne
Le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a confirmé vendredi la suspension de l'accord de Schengen avec l'Espagne, la qualifiant de décision nécessaire "pour assurer la sécurité de nos citoyens et protéger les frontières européennes." Le ministère italien de l'Intérieur a ordonné la fermeture des frontières maritimes et aériennes avec l'Espagne, à compter de samedi pour une durée d'un mois. Les deux pays ne partageant pas de frontière terrestre, la mesure concerne les voyageurs arrivant par avion ou par bateau, qui devront désormais se soumettre à des contrôles de passeports. La Première ministre Giorgia Meloni avait menacé de prendre cette mesure jeudi soir, écrivant sur X que "l'Italie ne restera pas les bras croisés" et que les images de Ceuta montraient que "l'immigration illégale incontrôlée est une menace concrète pour la sécurité des frontières européennes."
L'Italie ne restera pas les bras croisés. Nous sommes prêts à agir, y compris par des mesures extraordinaires, comme la suspension de l'accord de Schengen avec l'Espagne.
Réactions de Paris, Helsinki et Copenhague
La France a annoncé un renforcement immédiat des contrôles à sa frontière avec l'Espagne. Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a déclaré avoir donné instruction de "renforcer immédiatement les contrôles à la frontière espagnole" et a indiqué à RTL qu'il s'entretiendrait à nouveau avec son homologue espagnol dans la journée. La ministre finlandaise de l'Intérieur, Mari Rantanen, a déclaré que l'Espagne avait "totalement échoué à protéger la frontière extérieure de l'espace Schengen contre les intrusions" et a soutenu que les pays incapables de remplir leurs obligations "ne peuvent pas faire partie de Schengen." La Première ministre danoise, Mette Frederiksen, a exhorté l'UE à envisager de suspendre la coopération Schengen avec l'Espagne, déclarant à l'AFP que "l'immigration incontrôlée représente une menace pour l'Europe et pour le Danemark."
Les pays qui ne remplissent pas leurs obligations de protéger les frontières extérieures ne peuvent pas faire partie de Schengen.
La dimension juridique et symbolique
Les critiques ont qualifié la décision italienne de politique symbolique motivée par des considérations intérieures. Les migrants à Ceuta ne se trouvent ni sur le sol de l'UE ni à l'intérieur de la zone Schengen, et rien n'indique qu'ils aient l'intention de se rendre en Italie ; toute traversée de la Méditerranée les amènerait d'abord à une frontière extérieure de l'UE. L'article de RP Online a noté que le gouvernement Meloni est sous pression du parti de droite nouvellement fondé "Futuro Nazionale", dirigé par l'ancien général d'armée Roberto Vannacci, dont le discours anti-migration trouve un écho auprès d'une partie substantielle de l'électorat de la coalition au pouvoir. L'ancien chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a écrit sur X que "selon le droit de l'UE, aucun État membre ne peut suspendre unilatéralement la participation d'un autre État membre à l'espace Schengen."
- Entre 50 000 et 60 000 migrants commencent à traverser du Maroc vers Ceuta ; l'Espagne déclare l'état de crise.
- La Première ministre Meloni menace sur X de suspendre Schengen avec l'Espagne.
- Le ministère italien de l'Intérieur ordonne la fermeture des frontières maritimes et aériennes avec l'Espagne.
- Le ministre français de l'Intérieur ordonne le renforcement immédiat des contrôles à la frontière espagnole.
- La Finlande et le Danemark appellent publiquement à la suspension de l'Espagne de l'espace Schengen.
- Le commissaire européen à la Migration Brunner offre un soutien via Frontex ; von der Leyen exige une répression.
- Les contrôles aux frontières italiens entrent en vigueur pour une durée d'un mois.
Réaction de l'UE et de la communauté internationale
Le commissaire européen à la Migration, Magnus Brunner, a exprimé la volonté de l'UE de soutenir l'Espagne, notamment via Frontex. La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a qualifié les images de Ceuta d'"inacceptables" et a exigé la fin des traversées dangereuses et le démantèlement des réseaux de passeurs. Le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, a décrit la situation comme une "attaque" et une "violation de l'intégrité territoriale de l'Espagne", promettant des barrières physiques et des retours immédiats. Le chancelier allemand, Friedrich Merz, a appelé Madrid à reprendre rapidement le contrôle et a déclaré s'attendre à ce que le Maroc reprenne les migrants illégaux sans délai. Le président français, Emmanuel Macron, a offert à l'Espagne toute l'assistance nécessaire via Frontex. Le président américain, Donald Trump, interrogé par Fox News, a qualifié les scènes de "terribles" et a averti qu'un scénario similaire pourrait se produire aux États-Unis.

