
Des documents déclassifiés du CNI montrent que l'Espagne et le Maroc ont reçu des avertissements préalables concernant le passage frontalier de Ceuta
Des rapports de renseignement déclassifiés montrent que le CNI a alerté les services de sécurité nationaux et les services de renseignement marocains le 29 juillet, un jour avant que plus de 80 000 personnes ne traversent vers Ceuta.
Déclassification des fichiers de renseignement
Le gouvernement espagnol a déclassifié 40 documents officiels de renseignement détaillant les alertes préalables qui ont précédé le passage frontalier massif vers Ceuta entre le 30 juillet et le 31 juillet. Suite à une décision du Conseil des ministres, l'exécutif a publié les archives du Centro Nacional de Inteligencia (CNI) couvrant les communications internes et transfrontalières échangées du 1er juillet au 1er août. Les documents montrent comment les services de renseignement ont suivi les efforts de mobilisation numérique avant que plus de 80 000 personnes n'entrent dans l'enclave autonome, la majorité entrant en nageant autour des brise-lames côtiers. Les responsables exécutifs espagnols ont noté qu'aucun des 40 documents publiés ne compromettait la sécurité nationale. Ces révélations fournissent des preuves concrètes que les unités opérationnelles disposaient d'avertissements tactiques détaillés avant que les arrivées n'aient lieu.
Alertes précoces dans les agences nationales
Le CNI a rédigé sa première note stratégique le 27 juillet, la soumettant directement au bureau du Premier ministre sous Pedro Sánchez pour signaler la pression migratoire accrue à laquelle faisaient face Ceuta et Melilla. Ce rapport initial reliait les mouvements planifiés à une décision de la Cour suprême du 29 juin interdisant les refoulements sommaires pour les migrants arrivant sur le territoire espagnol par voie maritime. Le 29 juillet, l'agence de renseignement a émis une alerte tactique via un canal d'alerte précoce à trois organismes de sécurité nationaux : l'Unité centrale spéciale 3 (UCE-3) de la Garde civile, l'unité de renseignement de la Police nationale au CENIF, et la Délégation du gouvernement à Ceuta. Les officiers de renseignement à Ceuta ont également envoyé des alertes par messagerie directe aux délégués locaux et aux commandants frontaliers, identifiant les canaux en ligne coordonnant des incursions simultanées terrestres et maritimes prévues pour 20h00 le lendemain soir. Les représentants du gouvernement local à Ceuta avaient auparavant nié avoir reçu des avertissements tactiques préalables concernant l'afflux imminent.
Il y a un appel sur les réseaux sociaux pour un assaut par la clôture et par la mer demain à 20h00.
Échanges de renseignements avec les autorités marocaines
Au-delà de la distribution nationale, le CNI a envoyé un bulletin de renseignement urgent le 29 juillet directement aux services de sécurité marocains pour demander une assistance opérationnelle. Les notifications ont été remises à l'agence de renseignement extérieur et de contre-espionnage du Maroc, la DGED, ainsi qu'à l'organisme de renseignement intérieur, la DGST. Les agents espagnols ont identifié trois réseaux de médias sociaux partageant des instructions tactiques, des itinéraires pour éviter une expulsion rapide et des témoignages d'arrivants précédents, dont deux groupes Facebook totalisant 180 000 abonnés. Les archives déclassifiées montrent en outre des communications réciproques, les autorités marocaines ayant alerté le CNI d'un réseau en ligne comptant plus de 22 000 personnes se préparant à traverser pendant les célébrations de la Fête du Trône à Tétouan, à proximité. Des journaux de discussion internes cités par des responsables marocains indiquaient que les organisateurs prévoyaient d'exploiter la vigilance frontalière réduite pendant le jour férié national.
Il y a deux groupes différents avec un total de 180 000 abonnés. Cela vous donne une idée de la portée de la diffusion.
- Arrêt de la Cour suprême espagnole interdisant les refoulements maritimes sommaires
- Le CNI soumet une note d'avertissement stratégique au bureau du Premier ministre
- Le CNI transmet des alertes tactiques aux agences espagnoles et aux services de renseignement marocains
- Le passage frontalier massif vers Ceuta commence pendant la Fête du Trône du Maroc
- Le gouvernement espagnol publie 40 fichiers de renseignement déclassifiés du CNI
Protocoles bilatéraux et opérations frontalières
La coordination institutionnelle entre Madrid et Rabat est officiellement régie par l'Accord de coopération policière transfrontalière de 2012, qui maintient des centres de contact conjoints à Algésiras et Tanger. Cette architecture bilatérale a été élargie par un accord de sécurité de 2019 entré en vigueur le 30 avril 2022, facilitant les échanges directs entre les forces de police espagnoles, la Gendarmerie royale marocaine et le personnel de sécurité intérieure marocain connu familièrement sous le nom de mkhaznis. Malgré ces canaux formels et ces notifications préalables mutuelles, les forces marocaines n'ont pas renforcé les périmètres frontaliers, permettant à des milliers de personnes d'atteindre le brise-lames de Tarajal sans entrave les 30 et 31 juillet. Le ministre des Affaires étrangères José Manuel Albares avait auparavant qualifié la coopération marocaine pendant la crise d'essentielle, tandis que les fichiers publiés démontrent que les autorités des deux côtés de la frontière détenaient des renseignements préalables détaillés sur la mobilisation.


