
Un rapport parlementaire suisse constate qu'aucun prix fixe n'a été convenu pour l'achat d'avions de combat F-35 américains
Un rapport de 95 pages de la Commission de gestion du Conseil national a conclu que la Suisse n'a jamais obtenu de prix fixe contraignant pour l'acquisition de ses avions de combat F-35 auprès des États-Unis, ce qui a incité les partis de gauche à exiger l'arrêt de ce contrat de plusieurs milliards de francs.
Constats sur le processus d'acquisition
Une enquête de 95 pages publiée le 8 septembre 2026 par la Commission de gestion du Conseil national (GPK-N) a conclu que la Suisse n'a jamais convenu d'un prix fixe contraignant avec les États-Unis pour l'acquisition d'avions de combat F-35A. Suite à un référendum national de 2020 approuvant le financement de nouveaux avions de combat, le Conseil fédéral a sélectionné l'avion furtif américain en juin 2021, estimant initialement les coûts d'acquisition à plus de 6 milliards de francs suisses. Les responsables de la défense ont affirmé à plusieurs reprises que les plafonds de prix protégeaient les contribuables suisses contre l'inflation. Cependant, la présidente de la commission, Priska Wismer-Felder, a indiqué que les conditions d'acquisition ne contenaient que des déclarations d'intention non contraignantes plutôt que des plafonds de prix exécutoires.
Trop peu de personnes se sont penchées de manière intensive et détaillée sur le contrat, ce qui a fait que le résultat des négociations n'a pas été remis en question de manière suffisamment critique.
Défauts du contrat et conseils juridiques
Le rapport parlementaire a identifié des négligences administratives au sein du Département de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS) sous l'ancienne ministre de la défense Viola Amherd. Une seule personne, le chef de projet, a lu l'intégralité du contrat d'achat finalisé, tandis qu'Amherd et d'autres hauts responsables n'en ont examiné que des extraits. Le 20 octobre 2021, les autorités américaines ont informé armasuisse par courriel que la loi américaine interdisait une tarification fixe garantie pour les ventes militaires à l'étranger. Deux jours plus tard, une clause mentionnant des prix fixes a été insérée, mais au moins 15 autres passages dans le texte définissaient encore les coûts comme des estimations. Les autorités suisses ont également versé près de 2,5 millions de francs au cabinet zurichois Homburger pour des conseils juridiques, bien que le cabinet ne possédait pas d'expertise en droit américain des marchés publics.
- Les électeurs suisses approuvent un crédit-cadre lors d'un référendum national pour de nouveaux avions de combat
- Le Conseil fédéral choisit le F-35 au détriment des concurrents européens
- Les autorités américaines informent les responsables suisses qu'un prix fixe garanti est juridiquement impossible
- Le Contrôle fédéral des finances émet un avertissement concernant l'absence de sécurité juridique quant au prix fixe
- Armasuisse informe la ministre de la Défense Viola Amherd qu'aucun accord sur un prix fixe n'a été conclu
- Amherd informe le Conseil fédéral des hausses de coûts attendues
- Le Conseil fédéral révèle des dépassements de coûts estimés entre 650 millions et 1,3 milliard de francs
- La Commission de gestion du Conseil national publie son rapport d'enquête de 95 pages
Retards dans l'information du Conseil fédéral
Le calendrier établi par l'enquête montre des retards prolongés dans la communication des incertitudes financières à l'ensemble du gouvernement. Armasuisse a informé Amherd en août 2024 que les négociations bilatérales n'avaient pas abouti à un accord forfaitaire et que des dépassements de coûts étaient probables. Amherd a attendu huit mois, jusqu'en mars 2025, pour informer l'ensemble du Conseil fédéral, et ce seulement après avoir annoncé sa démission de l'organe exécutif. En juin 2025, le gouvernement a reconnu que les dépenses d'acquisition supplémentaires se situeraient entre 650 millions et 1,3 milliard de francs, ce qui a incité le Conseil fédéral à réduire la commande totale de 36 à 30 appareils.
- Objectif d'achat initial
- 36 appareils
- Objectif révisé après les hausses de coûts
- 30 appareils
Réactions politiques et appels à l'annulation
La publication des conclusions a suscité des demandes de responsabilité politique et financière dans tout le Parlement. Le Parti socialiste et les Verts ont demandé la résiliation immédiate du programme d'acquisition, arguant que le Parlement et le public ont été induits en erreur pendant le processus de sélection. Le coprésident du Parti socialiste, Cédric Wermuth, a exhorté le Conseil fédéral à enquêter pour savoir si les fausses déclarations faites pendant le processus d'approbation engagent une responsabilité pénale.
Le rapport confirme ce que l'acquisition du F-35 a été et est depuis le début : un scandale absolu.
Des membres de l'Union démocratique du centre (UDC), dont le conseiller national Mauro Tuena, ont déclaré que les commissions de sécurité parlementaires se sont vu refuser l'accès au contrat et ont été induites en erreur par les assurances du département. Les parlementaires ont exigé que le nouveau ministre de la Défense, Martin Pfister, garantisse une transparence contractuelle totale avant que tout futur crédit à la défense ne reçoive une autorisation législative.


