
La Banque du Japon relève son taux directeur à 1 %, son plus haut niveau depuis 1995, alors que le choc pétrolier dû à la guerre en Iran alimente l'inflation
La Banque du Japon a relevé mardi son taux directeur à court terme d'un quart de point, à 1 %, son plus haut niveau depuis 1995, en raison de la hausse des coûts du pétrole liée au conflit iranien qui accentue les tensions sur les prix.
Décision sur les taux
La Banque du Japon a voté mardi par 7 voix contre 1 en faveur d'une hausse de 25 points de base de son taux directeur à court terme, à 1 %, son plus haut niveau depuis 1995. Cette augmentation, la première depuis décembre, éloigne encore davantage les coûts d'emprunt des politiques ultra-accommodantes auxquelles la banque centrale a eu recours pendant des décennies pour lutter contre la déflation. Le gouverneur Kazuo Ueda, hospitalisé pour un kyste infecté au foie, n'a pas pris part au vote ; c'est le vice-gouverneur Shinichi Uchida qui a assuré le point presse suivant la réunion. La BoJ a déclaré que l'environnement monétaire resterait accommodant malgré cette hausse.
Inflation et guerre en Iran
La banque centrale a justifié cette décision en évoquant la transmission de la flambée des coûts du pétrole due au conflit au Moyen-Orient. L'inflation des prix de gros a atteint 6,3 % en mai, son plus haut niveau en trois ans, les entreprises répercutant la hausse des prix de l'énergie dans les transactions interentreprises. La BoJ a averti que « les anticipations d'inflation à moyen et long terme ont également continué d'augmenter » et qu'il existe « un risque que l'inflation sous-jacente s'écarte à la hausse de notre objectif de prix ». Malgré une inflation annuelle sous-jacente à la consommation de seulement 1,4 % en avril, due en partie aux subventions gouvernementales sur les carburants, la banque estime qu'il existe un risque que les tensions sur les prix s'élargissent et fassent passer ce chiffre au-dessus de son objectif de 2 % plus tard dans l'année.
Le Japon importait environ 95 % de son pétrole brut du Moyen-Orient avant la guerre, ce qui rendait son économie particulièrement vulnérable aux perturbations de l'approvisionnement. Le récent mémorandum entre les États-Unis et l'Iran a apaisé certaines craintes, mais Uchida a mis en garde en soulignant que le rythme d'amélioration de la distribution pétrolière reste incertain. Il a indiqué que la BoJ estimait que le risque d'un ralentissement économique brutal avait diminué, grâce notamment aux progrès réalisés dans l'approvisionnement en matières premières en dehors du Moyen-Orient.
Par rapport à la réunion précédente, le risque d'une forte détérioration de l'économie a diminué. En revanche, les hausses de prix se généralisent, et il existe un risque que l'inflation sous-jacente s'écarte de notre objectif.
- La BoJ relève son taux à 9 % pour combattre l'inflation due à l'embargo pétrolier de l'OPEP
- La BoJ adopte une politique de taux d'intérêt négatifs de -0,1 % pour lutter contre la déflation
- La BoJ met fin aux taux négatifs avec une première hausse en 17 ans, abandonnant les -0,1 %
- La précédente hausse de taux porte le taux directeur à 0,75 %
- La BoJ relève son taux à court terme à 1 %, son plus haut niveau depuis 1995
Dynamique politique et absence du gouverneur
La Première ministre Sanae Takaichi avait publiquement appelé à la prudence concernant les hausses de taux, mais les pressions internationales ont peut-être fait évoluer la donne. Le secrétaire au Trésor américain Scott Bessent s'est rendu à Tokyo en mai et aurait conseillé à Takaichi de ne pas bloquer la hausse. Une rencontre entre Ueda et Takaichi plus tard dans le mois a donné lieu à ce que le gouverneur a appelé « un échange d'opinions significatif », bien qu'une source proche des discussions ait indiqué qu'ils n'étaient pas parvenus à combler le fossé. Le vote a également eu lieu dans des circonstances inhabituelles : Ueda avait été hospitalisé le 9 juin, et Uchida lui-même n'était revenu au travail que fin avril après un traitement contre une leucémie.
Réaction du marché et perspectives
L'indice Nikkei 225 de Tokyo a franchi pour la première fois en séance le seuil des 70 000 points avant de clôturer à un niveau record de 69 404,50 points, en hausse de 0,12 %. Ce rebond de soulagement a été provoqué par l'absence d'une hausse plus importante, de 50 points de base, que certains investisseurs redoutaient. Cependant, la tendance générale du marché était faible : environ 70 % des actions de la section Premier ont baissé ce jour-là.
Cette décision était largement attendue, mais elle représente un changement d'étape dans la politique monétaire du Japon, puisqu'elle porte les coûts d'emprunt à des niveaux inédits depuis 1995. Il y a eu un certain soulagement qu'elle n'ait pas été plus agressive, une hausse de 50 points de base ayant même été évoquée.
Pour l'avenir, Uchida a signalé que la BoJ continuerait de relever ses taux progressivement si les perspectives économiques et d'inflation se confirment. Les marchés anticipent une nouvelle hausse d'un quart de point, à 1,25 %, au quatrième trimestre, selon un sondage Reuters. La banque centrale a souligné qu'elle « gérerait la politique monétaire de manière appropriée pour éviter de prendre du retard ».


