
L'ancien PDG de Raiffeisen Pierin Vincenz jugé en appel à Zurich pour des millions de bénéfices cachés
Le procès en appel de l'ancien PDG de Raiffeisen Pierin Vincenz, condamné en 2022 pour escroquerie et gestion déloyale, débute lundi devant le Tribunal supérieur de Zurich. L'homme de 70 ans risque une peine réduite.
Les accusations au cœur de l'affaire
Pierin Vincenz, 70 ans, qui a dirigé Raiffeisen Suisse de 1999 à 2015 et contribué à en faire l'une des plus grandes banques du pays, sera à nouveau jugé à partir du lundi 10 août 2026 devant le Tribunal supérieur de Zurich. L'accusation lui reproche, ainsi qu'à l'ancien PDG d'Aduno Beat Stocker, 66 ans, d'avoir acquis secrètement des participations dans plusieurs sociétés du secteur financier, notamment Commtrain, Genève Credit & Leasing, Eurokaution et Investnet, puis d'avoir organisé le rachat de ces sociétés par Raiffeisen et la société de cartes de crédit Aduno (aujourd'hui Viseca). Les deux prévenus auraient réalisé des bénéfices de plusieurs dizaines de millions de francs suisses sans révéler leurs conflits d'intérêts. L'accusation accuse également Vincenz de fraude aux frais, affirmant qu'il a imputé des dépenses privées de luxe, notamment des voyages en jet privé, des dîners coûteux et des visites dans des établissements libertins, à sa carte de crédit professionnelle, pour un total de plusieurs centaines de milliers de francs.
Verdict de première instance et parcours procédural
En avril 2022, le Tribunal de district de Zurich a condamné Vincenz pour escroquerie, gestion déloyale qualifiée et corruption passive, le condamnant à 3 ans et 9 mois de prison. Stocker a écopé de 4 ans. Le tribunal a également ordonné à chacun de verser 1,3 million de francs de dommages-intérêts et a infligé à Vincenz une amende supplémentaire de 300 000 francs pour ses excès de frais. Le verdict comptait 1 200 pages. Après le jugement de 2022, le Tribunal supérieur de Zurich l'a d'abord annulé, estimant que l'acte d'accusation était trop détaillé. Le Tribunal fédéral a ensuite annulé cette décision et ordonné la tenue du procès en appel. Vincenz a été arrêté en 2018 et a passé 106 jours en détention provisoire ; il est en liberté depuis. L'accusation avait requis six ans lors du premier procès.
Arguments de la défense et preuves contestées
La défense soutient que les sociétés acquises étaient stratégiquement solides et commercialement rentables pour Raiffeisen et Aduno, ce qui signifie que les employeurs n'ont subi aucun préjudice financier. Le professeur de droit Peter V. Kunz, de l'Université de Berne, s'attend à une réduction significative de la peine, voire à une peine avec sursis, car le problème juridique central pour l'escroquerie et la gestion déloyale est de prouver un dommage concret. Kunz note que si Vincenz a profité des transactions, les prix d'achat étaient apparemment conformes au marché, et Raiffeisen n'aurait pas payé moins si Vincenz n'avait pas été impliqué.
Je ne dis pas que Vincenz s'est comporté correctement d'un point de vue juridique ou moral. Du point de vue de la gouvernance d'entreprise, certaines choses étaient scandaleuses et illicites. Mais cela ne suffit pas pour une condamnation pénale : le droit pénal, le droit civil et l'éthique sont des choses différentes.
Des messages WhatsApp récemment apparus pourraient étayer la version de Vincenz concernant la transaction Investnet, en recadrant potentiellement un paiement précédemment interprété comme une part de bénéfice cachée en un prêt, comme le rapporte la NZZ am Sonntag.
Sanctions financières et situation personnelle
En cas de condamnation définitive, Vincenz et Stocker devront payer des millions. Leurs avoirs sont gelés depuis l'ouverture de la procédure pénale en 2018, et les villas de Vincenz à Teufen AR et Morcote TI ont été vendues pour satisfaire les créanciers. Vincenz s'est retiré de la vie publique depuis le premier verdict. Par ailleurs, le Tribunal fédéral a définitivement confirmé une amende de près d'un million de francs contre Vincenz pour fraude fiscale concernant 3,4 millions de francs de revenus non déclarés. Le procès en appel est prévu pour 10 jours ouvrables, la défense réclamant l'acquittement et l'accusation six ans.
- Le procès en appel commence devant le Tribunal supérieur de Zurich
- Le Tribunal de district de Zurich condamne Vincenz (3 ans 9 mois) et Stocker (4 ans)
- Le Tribunal supérieur de Zurich annule le verdict, invoquant un acte d'accusation trop détaillé
- Le Tribunal fédéral annule l'annulation et ordonne le procès en appel
- Vincenz arrêté et détenu 106 jours en détention provisoire
Implications plus larges pour la gouvernance d'entreprise suisse
L'affaire soulève des questions centrales sur la mesure dans laquelle les hauts dirigeants peuvent utiliser des informations privilégiées et s'ils peuvent agir contre les intérêts de leurs propres employeurs. Le verdict de 2022 était nettement plus sévère que ce que de nombreux observateurs attendaient, des avocats pénalistes expérimentés n'ayant pas anticipé des peines de prison. L'affaire marque un succès pour le parquet de Zurich qui, contrairement à la procédure avortée de Swissair il y a plus de 25 ans, a pu porter des accusations pénales plus concrètes, notamment d'enrichissement personnel. Sur les sept prévenus initiaux, un a été acquitté, trois ont été condamnés comme complices, un a été jugé inapte à être jugé et est décédé plus tard, et Vincenz et Stocker restent les principaux prévenus.

