
Le Brent passe sous le seuil de 72,48 $ d’avant-guerre alors que le trafic pétrolier double dans le détroit d’Ormuz
Le prix du baril de Brent est passé jeudi sous son cours de clôture d’avant le conflit, à 72,48 $, sous l’effet du doublement du trafic de pétroliers dans le détroit d’Ormuz et d’une dérogation temporaire américaine aux sanctions sur le pétrole iranien.
Le pétrole tombe sous le seuil d’avant-guerre
Le Brent a glissé jusqu’à 72,24 $ le baril jeudi, passant sous le cours de clôture de 72,48 $ enregistré le 27 février, veille des frappes américaines et israéliennes sur l’Iran. Cette baisse prolonge une série de quatre séances de pertes et efface la prime de guerre qui avait porté les prix à un pic de 126 $ en mars. Le West Texas Intermediate a également reculé, s’échangeant à 69,36 $ le baril.
Le trafic pétrolier repart fort
Les données de navigation montrent un rebond rapide des transits dans le détroit d’Ormuz. Selon MarineTraffic, les mouvements de navires dans la voie navigable ont doublé au cours des dernières 24 heures pour atteindre leur plus haut niveau depuis fin février. Les données de Windward indiquent que 31 pétroliers ont quitté le Golfe mercredi, soit une hausse de près de 50 % par rapport à la veille. Le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, a déclaré qu’au moins 20 millions de barils avaient été chargés sur 72 navires la veille.
L’étau sur le détroit d’Ormuz s’est desserré, le trafic pétrolier circule plus librement et les inquiétudes sur l’approvisionnement s’estompent.
L’offre excédentaire face à une demande en berne
Outre la réouverture du détroit, une dérogation américaine de 60 jours sur le pétrole iranien déjà chargé, l’augmentation des exportations par oléoduc depuis l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, ainsi que des déstockages de réserves stratégiques de pétrole ont accru l’offre. Côté demande, le ralentissement de la croissance mondiale et la prudence persistante de la Chine, premier importateur mondial, ont créé un excédent à court terme sur le marché. Les traders sont désormais prêts à payer plus cher les livraisons à terme que les barils immédiats, une structure de contango qui signale une disponibilité abondante à court terme.
Le revirement des prix et du récit par rapport à il y a seulement deux semaines est remarquable. L’idée d’une offre plus élevée rencontrant une demande plus faible a véritablement conduit cette chute.
- 27 févr. 2026 (clôture avant-guerre)
- 72.48 $/bbl
- Mars 2026 (pic)
- 126 $/bbl
- 25 juin 2026 (aujourd’hui)
- 72.24 $/bbl
Les prix à la pompe tardent à suivre
Les prix des carburants à la pompe n’ont pas encore pleinement reflété la baisse en gros. En France, le diesel s’affichait à 1,89 € le litre et le SP-95 E10 à 1,90 € jeudi, contre 1,69 € et 1,71 € avant-guerre. Les associations d’automobilistes tablent généralement sur un décalage d’une dizaine de jours avant que les prix à la pompe ne rattrapent ceux du brut.
Les traders intègrent un retour à la normale. Ils ne prennent pas en compte les risques qui subsistent à plus long terme, et qui restent très réels.
Les analystes entrevoient une accalmie fragile
Certains analystes préviennent que la liquidation rapide pourrait être excessive. Amrita Sen d’Energy Aspects note que les stocks mondiaux restent extrêmement bas après des mois de perturbations et s’attend à ce que les prix remontent entre 80 et 90 $ le baril dans un mois. Macquarie prévoit un Brent à 67 $ en moyenne au troisième trimestre, en forte baisse par rapport à 94 $ au deuxième. Par ailleurs, la marine des Gardiens de la révolution iraniens insiste sur une coordination obligatoire pour les navires transitant par Ormuz, et les désaccords persistants sur d’éventuels péages pourraient compliquer la diplomatie. Les États-Unis et l’Iran ont signé un accord intérimaire de 60 jours la semaine dernière, un accord définitif restant à négocier.


