
Le président malien Assimi Goïta gracie l'officier français de la DGSE Yann Vezilier, condamné à 20 ans pour complot
Le président de transition du Mali, Assimi Goïta, a gracié Yann Vezilier, un officier de la DGSE condamné en juin à 20 ans de prison pour complot, ordonnant son départ immédiat du pays après près d'un an de détention.
Grâce et expulsion immédiate
Le président de transition du Mali, le général Assimi Goïta, a accordé une grâce présidentielle le jeudi 13 août 2026 à Yann Vezilier, un ressortissant français condamné en juin à 20 ans de prison pour complot contre les institutions maliennes. Le gouvernement a annoncé la décision dans un communiqué publié sur Facebook, relayé par l'Agence France-Presse. La grâce est accompagnée du départ immédiat de Vezilier du territoire malien.
Le communiqué a souligné que l'acte de clémence ne remet pas en cause les faits établis par la condamnation.
Cet acte de clémence, qui ne remet pas en cause les faits établis par un jugement contradictoire rendu lors d'un procès où tous les droits de la défense ont été respectés, est accompagné du départ immédiat de l'individu du territoire national.
Arrestation et détention
Vezilier, identifié comme un officier du service de renseignement extérieur français (DGSE), a été arrêté le 13 août 2025 aux côtés de plusieurs officiers des Forces armées maliennes lors d'une opération de la Sécurité d'État (SE), le service de renseignement malien. Il était officiellement en poste comme deuxième secrétaire à l'ambassade de France à Bamako, un statut qui lui conférait en principe l'immunité diplomatique en vertu de la Convention de Vienne. Il a passé près de dix mois en détention entre son arrestation et son procès, et a été détenu jusqu'à récemment au camp 1 de la gendarmerie à Bamako.
Le Mali a accusé Vezilier d'agir pour le compte des services de renseignement français afin de déstabiliser le gouvernement d'Assimi Goïta, aux côtés de plusieurs généraux et des dizaines de soldats. Au moment des arrestations, le ministre malien de la Sécurité, le général Daoud Aly Mohammedine, a déclaré que des éléments marginaux des forces armées avaient cherché à déstabiliser les institutions de la République avec l'aide d'États étrangers.
Réaction de la France
Le ministère français des Affaires étrangères a rejeté les accusations. Paris a maintenu que Vezilier menait une mission de coopération en matière de sécurité et que la France n'avait participé, ni directement ni indirectement, à aucune déstabilisation du Mali. Après l'arrestation, la France a suspendu sa coopération antiterroriste avec le Mali et a ordonné à deux diplomates maliens de quitter le territoire français. Le ministère français des Affaires étrangères n'avait pas commenté la grâce en date de jeudi.
Médiation d'un tiers
Le communiqué du gouvernement malien a remercié un pays frère non nommé pour ses bons offices ayant contribué à la grâce. Selon une source militaire malienne citée par Le Monde, le Maroc a joué un rôle dans les négociations ayant conduit à la libération de Vezilier. L'identité du pays médiateur n'a pas été officiellement confirmée.
- Yann Vezilier arrêté à Bamako avec plusieurs officiers de l'armée malienne
- Vezilier condamné à 20 ans de prison pour complot contre les institutions maliennes
- Le président de transition Assimi Goïta accorde une grâce présidentielle, ordonnant le départ immédiat du Mali
Les co-accusés maliens toujours non jugés
Les officiers maliens arrêtés avec Vezilier ont été exclus de l'armée mais n'ont pas encore été jugés. Ils sont accusés d'avoir mis en place un réseau d'espionnage et de complot visant à déstabiliser les institutions de la transition malienne afin de mener un coup d'État.
Fracture plus large et crise sécuritaire
La grâce intervient après des années de fortes tensions entre Paris et Bamako. Depuis les coups d'État de 2020 et 2021, la junte s'est distanciée de la France, l'ancienne puissance coloniale, et s'est tournée vers la Russie pour un soutien politique et militaire. Le Mali a rompu ses liens militaires avec la France, qui a retiré ses troupes de la région.
La situation sécuritaire s'est aggravée. Depuis fin avril, une offensive du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM), affilié à al-Qaïda, et des combattants indépendantistes touaregs du Front de libération de l'Azawad a intensifié les combats dans le nord. En avril, le ministre de la Défense a été tué dans un attentat suicide au camion piégé contre sa résidence près de Bamako lors d'une vague d'attaques. Peu après, Goïta s'est proclamé ministre de la Défense.


