Les suspects du vol au Louvre brisent le silence : le commanditaire « pensait qu’on aurait pu prendre plus » que les 88 millions d’euros de joyaux de la couronne
Deux suspects inculpés dans le vol de bijoux de 88 millions d’euros au Louvre ont livré des aveux détaillés, révélant que l’organisateur non identifié pensait qu’ils « auraient pu prendre plus » et était déçu de leur butin.
Le vol d’octobre 2025
Le 19 octobre 2025, une équipe de quatre personnes s’est introduite dans la galerie d’Apollon du Louvre à Paris en utilisant un monte-meubles pour accéder à un balcon du premier étage. Ils ont brisé une vitre, utilisé des coupe-câbles pour forcer les vitrines et dérobé huit ou neuf pièces de bijoux historiques de la couronne, dont des tiares, une broche, des colliers et des boucles d’oreilles, d’une valeur estimée à 88 millions d’euros. L’ensemble de l’opération a duré environ sept minutes. Après avoir rassemblé le butin, les deux suspects ont fui à moto tandis que les autres complices attendaient dans un camion.
Aveux après des mois de silence
Abdoulaye N., un chauffeur de taxi sans permis de 40 ans et ancien cascadeur motocycliste connu sous le nom de « Doudou Cross Bitume », et Ghelamallah A., un Algérien au chômage de 36 ans, ont été arrêtés dans la semaine suivant le vol. Pendant près de neuf mois, ils sont restés largement silencieux devant les juges, mais en juin 2026, ils ont livré de longs interrogatoires totalisant 20 pages de témoignage. Des transcriptions obtenues par Le Monde montrent qu’Abdoulaye a déclaré avoir été recruté seulement deux à trois jours avant l’effraction et avoir visionné une vidéo de la galerie pour se préparer. Il a admis savoir que la cible était le Louvre, tandis que Ghelamallah a affirmé avoir cru qu’il s’agissait d’un atelier de bijouterie et qu’il n’y « aurait jamais mis les pieds » s’il avait su la vérité.
La mission était de casser les vitres et de prendre les bijoux dans les vitrines. Je savais que j’allais cambrioler le Louvre.
Les deux hommes ont déclaré qu’on leur avait promis entre 15 000 et 20 000 euros chacun, peut-être plus selon le butin, car ils étaient en grande difficulté financière. Abdoulaye a dit qu’il était « profondément dans le rouge » et que l’argent était sa motivation.
Un commanditaire insatisfait
Une révélation clé des aveux est la réaction du commanditaire non identifié, que les suspects ont décrit comme un client d’Aubervilliers, une banlieue parisienne. Après le vol, l’organisateur n’était apparemment pas satisfait du butin record de 88 millions d’euros. Abdoulaye a déclaré aux enquêteurs que le commanditaire pensait qu’ils « auraient pu prendre plus » et qu’ils avaient perdu du temps en entrant par la fenêtre. Les suspects ont refusé de nommer l’organisateur, invoquant la peur pour leurs familles. Ghelamallah a dit : « Ce ne sont pas des enfants de chœur », et Abdoulaye a ajouté que, pendant sa détention, il avait reçu des appels lui demandant de se taire. Le commanditaire aurait eu l’intention de vendre les bijoux volés, mais leur localisation reste inconnue.
Le commanditaire n’était pas content. Il pensait qu’on aurait pu prendre plus. On a perdu du temps en entrant par la fenêtre.
La fuite et la couronne endommagée
Pendant leur fuite du musée, l’un des suspects a laissé tomber une couronne incrustée de pierres précieuses ayant appartenu à l’impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III. La couronne est tombée du sac à dos d’Abdoulaye et a été gravement endommagée. Lorsque les juges lui ont montré une photo de la pièce brisée, il l’a reconnue, disant : « Oui, c’est moi, elle est tombée de mon sac. » Il a ensuite ajouté : « Ce qu’on a fait n’est pas bien, c’est très grave. » La couronne faisait partie des pièces de la collection impériale exposées, et sa perte a souligné l’imprudence du raid de sept minutes.
Ce qu’on a fait n’est pas bien, c’est très grave.
L’enquête se poursuit
Les deux suspects restent en détention provisoire pour vol en bande organisée. L’enquête judiciaire se poursuit, les autorités recherchant toujours les deux autres complices et le commanditaire. Les bijoux volés n’ont pas été retrouvés. Le vol a conduit au limogeage du directeur du Louvre, et le musée a renforcé sa sécurité après que la brèche a révélé des lacunes dans sa surveillance nocturne. Les transcriptions des interrogatoires de juin fournissent le récit le plus complet à ce jour de la planification et de l’exécution du vol, bien que Le Monde note que certaines déclarations semblent décousues ou farfelues et que toutes n’ont pas été corroborées par des preuves.
- Deux à trois jours avant le vol : Abdoulaye N. et Ghelamallah A. sont recrutés, on leur montre une vidéo de la galerie d’Apollon.
- Vol : l’équipe accède au balcon via un monte-meubles, s’introduit, dérobe 8 à 9 bijoux, laisse tomber une couronne, fuit à moto.
- Les suspects sont arrêtés environ une semaine après le vol.
- Premier des deux interrogatoires de juin : les suspects commencent à fournir des aveux détaillés.
- Deuxième interrogatoire : nouveaux témoignages sur l’insatisfaction du commanditaire et les détails de la fuite.


