
Attentat à la voiture piégée : le chef du renseignement de l'Est libyen Fawzi al-Mansouri tué à Benghazi
Fawzi al-Mansouri, chef du renseignement militaire de l'Armée nationale libyenne de Khalifa Haftar, a été tué lundi soir lorsqu'un explosif fixé à sa voiture a détoné alors qu'il sortait d'une mosquée de Benghazi, portant un coup aux références sécuritaires du clan Haftar et aux efforts de réunification menés par les États-Unis.
L'assassinat
Fawzi al-Mansouri, général de brigade d'une cinquantaine d'années et directeur du renseignement militaire de l'Armée nationale libyenne (ANL), a été tué lundi soir 10 août lorsqu'un engin explosif fixé à son véhicule a détoné alors qu'il sortait de la mosquée Sayyida Aisha dans le quartier al-Hawari de Benghazi. L'ANL a annoncé sa mort dans un communiqué publié dans la nuit, dénonçant un « acte lâche et criminel ». Des photos circulant sur les réseaux sociaux montraient un véhicule en feu, avec le corps calciné d'al-Mansouri visible à côté. Aucun groupe n'a revendiqué la responsabilité de l'attaque.
Cet assassinat est l'un des premiers ciblés d'une figure aussi haut placée de l'ANL depuis environ une décennie, selon un spécialiste régional cité par l'AFP. Depuis 2014, aucun assassinat ciblé d'officier de l'ANL ou des forces de sécurité n'avait été enregistré à Benghazi, une période durant laquelle la famille Haftar a promu son bilan sécuritaire dans l'est.
Une figure clé de l'appareil Haftar
Al-Mansouri, originaire d'Ajdabiya dans le nord-est de la Libye, était chef du renseignement militaire depuis 2024. Il était l'un des commandants militaires les plus importants de l'ANL et était étroitement associé à Khalifa Haftar et à ses fils Khaled et Saddam, ce dernier étant le successeur désigné de son père octogénaire. Entre 2014 et 2017, al-Mansouri a joué un rôle crucial dans les batailles qui ont établi le contrôle de Haftar sur l'est de la Libye en repoussant les groupes djihadistes. Il a également joué un rôle déterminant dans la planification et l'exécution de l'offensive de 2019 sur Tripoli, qui s'est achevée en 2020 par le retrait des forces de Haftar vers Syrte.
Saddam Haftar a assisté aux funérailles d'al-Mansouri et a déclaré que les auteurs « n'échapperont pas au châtiment ». Khaled Haftar, un autre fils de Khalifa occupant des postes élevés au sein de l'ANL, a déclaré à l'AFP que l'attaque était de nature « terroriste » et que « les indicateurs pointent vers une tactique terroriste méprisable ». Un haut responsable militaire a déclaré à l'AFP que les autorités de l'Est soupçonnaient une attaque djihadiste, tout en attendant la fin des enquêtes. Le bureau de Khaled Haftar a ensuite annoncé l'arrestation d'une « cellule terroriste à Benghazi préparant des actes de sabotage », sans la relier directement à l'assassinat.
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Implications pour la réunification
L'assassinat intervient à un moment sensible pour la trajectoire politique de la Libye. Un plan dirigé par Washington pour réunifier les institutions divisées du pays, publiquement soutenu par l'ANL, est en cours. Massad Boulos, conseiller spécial de Donald Trump pour le monde arabe, est impliqué dans l'effort de médiation, selon La Repubblica.
L'expert de la Libye Jalel Harchaoui a déclaré que l'assassinat « perturberait, ou du moins retarderait » l'accord parrainé par les États-Unis.
L'accord repose sur deux prémisses : que la sécurité règne en maître à Benghazi, et que pour les officiers supérieurs, la loyauté envers Saddam (le fils et héritier présomptif de Haftar) garantit la protection dans le fief de Benghazi.
Hamish Kinnear, analyste chez Verisk Maplecroft basé au Royaume-Uni, a déclaré à l'AFP qu'« une attaque de cette sophistication dans un fief de l'ANL est également un coup majeur porté aux références sécuritaires du groupe » et que « rien de tout cela n'est de bon augure pour un plan américain de réunification de la Libye ».
Le renseignement nécessaire pour cibler avec succès une personnalité aussi importante témoigne de capacités significatives de la part de l'acteur responsable.
Le paysage divisé de la Libye
Depuis la chute et la mort de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye est gouvernée par deux administrations rivales : le gouvernement reconnu par l'ONU à Tripoli, dirigé par le Premier ministre Abdulhamid Dbeibah, et une autorité rivale à Benghazi soutenue par Khalifa Haftar et le Parlement. L'ANL contrôle tout l'est et une grande partie du sud, tandis que l'ouest connaît des affrontements réguliers entre groupes armés. Reuters a rapporté que l'attaque suivait un mode opératoire caractéristique des règlements de comptes visant les responsables militaires libyens, et que plusieurs chefs militaires et miliciens ont été assassinés ces derniers mois à Tripoli et dans l'ouest de la Libye, les résultats des enquêtes n'ayant jamais été rendus publics.


