
L'Algérie vote pour un nouveau parlement alors qu'une participation historiquement basse et l'exclusion de candidats jettent une ombre sur la légitimité
Sept ans après les manifestations du Hirak, l'Algérie organise aujourd'hui des élections législatives, mais le désengagement généralisé et l'exclusion de milliers de candidats menacent d'aggraver une crise de légitimité.
L'ombre persistante du Hirak
Les élections législatives algériennes de ce jeudi sont les deuxièmes depuis que les manifestations du Hirak de 2019 ont forcé le président Abdelaziz Bouteflika à quitter le pouvoir. Ce mouvement, qui a attiré des millions de personnes dans les rues pour exiger un renouveau démocratique, a cédé la place à la présidence d'Abdelmadjid Tebboune. Mais sept ans plus tard, le parlement est toujours largement considéré comme une chambre d'enregistrement dominée par des partis fidèles à l'exécutif.
L'assemblée sortante a été élue en 2021 avec une participation de seulement 23 %, la plus faible de toutes les élections législatives depuis l'indépendance en 1962. De nombreux Algériens considèrent la politique institutionnelle avec une profonde méfiance, et la campagne actuelle n'a guère changé la donne.
Faibles enjeux, attentes encore plus faibles
Environ 24,7 millions d'électeurs sont inscrits pour choisir les 407 membres de l'Assemblée populaire nationale pour un mandat de cinq ans. La coalition au pouvoir, dominée par le Front de libération nationale (FLN) et le Rassemblement national démocratique (RND), devrait conserver le contrôle. Plusieurs partis d'opposition participent après avoir boycotté le scrutin en 2021, notamment le Front des forces socialistes (FFS) et le Parti des travailleurs.
Il faut redonner au parlement le prestige qui lui revient en tant que deuxième pouvoir souverain de l'État algérien.
Pourtant, la campagne a été morne. Dans la capitale Alger, les banderoles de football sont plus nombreuses que les affiches électorales. Les analystes notent que le vote est en concurrence avec la Coupe du monde et le début des vacances d'été. « Les élections sont actuellement en concurrence avec d'autres sujets, notamment la Coupe du monde et le début des vacances d'été », a déclaré Robin Frisch, directeur du bureau d'Alger de la Fondation Friedrich-Ebert.
La controverse autour de l'article 200
Une source majeure de friction est la disqualification massive de candidats. Selon Karim Khalfane, président par intérim de l'autorité électorale ANIE, plus de 3 700 candidats potentiels ont été empêchés de se présenter, tandis qu'environ 10 000 ont été approuvés. La base juridique est l'article 200 de la loi électorale, modifié en avril 2026 pour empêcher « l'argent sale » d'influencer les élections.
Les figures de l'opposition estiment que cette disposition est un outil d'exclusion politique. « Élastique, trop vague, et ouvert à toutes les lectures et interprétations », a déclaré Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des travailleurs. Le Mouvement de la société pour la paix (MSP), islamiste, a qualifié son application d'« arbitraire » et dépourvue de preuves juridiques claires.
La participation comme véritable baromètre
Pour le gouvernement, la participation importe plus que le résultat. Une source proche de l'exécutif a déclaré à Courrier international qu'une participation supérieure à 35 % serait perçue comme un signe de normalisation politique, tandis que tout chiffre inférieur à 20 % serait un « échec cuisant ». La plupart des observateurs s'attendent à ce que le chiffre se rapproche davantage du second.
Le désengagement persistant, combiné à un environnement politique restrictif, maintient l'Algérie classée « non libre » par Freedom House. Le politologue Rachid Ouaissa a noté que la présence de nombreux candidats indépendants pourrait signaler un regain d'appétit pour la politique parlementaire, mais les contraintes systémiques restent sévères.
Un parlement à l'influence limitée
Alors que les bureaux de vote ouvrent, peu s'attendent à ce que l'élection modifie l'équilibre des pouvoirs. L'assemblée restera probablement fragmentée entre les forces pro-régime, les petits blocs d'opposition et les indépendants (un pluralisme contrôlé plutôt qu'une concurrence réelle). Pour de nombreux Algériens, le vote est un rituel procédural déconnecté des préoccupations quotidiennes, et la crainte d'une nouvelle participation record faible éclipse tout débat sur la direction du pays.


