
La loi chinoise sur l'unité ethnique entre en vigueur alors que les critiques dénoncent une assimilation forcée
La loi sur la promotion de l'unité ethnique et du progrès, adoptée en mars, est entrée en vigueur mercredi, intensifiant une poussée de plusieurs décennies visant à standardiser la langue et l'identité à travers le pays, en particulier pour les Ouïghours, les Tibétains et les Mongols.
La loi et ses dispositions
La loi sur la promotion de l'unité ethnique et du progrès, entrée en vigueur le 1er juillet, impose le mandarin comme seule langue d'enseignement pour les enfants dès l'âge de trois ans et exige un alignement politique sur le Parti communiste. Elle interdit les activités qui « compromettent l'unité ethnique ou créent des divisions ethniques », une formulation que les critiques jugent suffisamment vague pour cibler toute expression culturelle minoritaire. La législation a été adoptée à une écrasante majorité par l'Assemblée populaire nationale en mars et est désormais appliquée, les responsables la présentant comme un outil d'harmonie sociale et d'identité nationale partagée.
- Han
- 1275 millions de personnes
- Minorités ethniques
- 125 millions de personnes
Impact sur les minorités ethniques
Les communautés minoritaires, qui représentent environ 125 millions de personnes, sont confrontées à de nouvelles restrictions concernant l'enseignement et l'utilisation de langues telles que l'ouïghour, le tibétain et le mongol. Les parents qui enfreignent les règles linguistiques peuvent recevoir des visites des autorités, et des rapports anecdotiques mentionnent des voisins se dénonçant mutuellement pour avoir parlé une autre langue que le mandarin, selon Yalkun Uluyol, chercheur à Human Rights Watch.
Les autorités chinoises ont des obligations en matière de droits humains qui les obligent à protéger les communautés minoritaires et leurs cultures, mais cette loi fait le contraire.
Le sociologue tibétain Gyal Lo, qui a étudié le système scolaire pendant 40 ans, a déclaré que jusqu'à 80 % des enfants tibétains sont désormais dans des internats où le tibétain n'est qu'une matière de seconde langue et où le mandarin domine.
La Chine utilise le système scolaire comme une arme pour achever la colonisation du Tibet.
Contexte historique
La loi formalise des politiques qui se sont développées depuis des décennies. L'annexion du Tibet en 1950 a été suivie de vagues de migration han vers les régions frontalières. Sous Xi Jinping, le rythme s'est accéléré : en 2017, on a appris que plus d'un million d'Ouïghours étaient détenus dans des camps de rééducation ; en Mongolie intérieure, la langue mongole a été interdite dans les écoles ; les pratiques religieuses et culturelles ont été sévèrement restreintes. La nouvelle loi, note Uluyol, rend ces mesures permanentes.
Ces mesures ne sont pas nouvelles, mais la loi les rend permanentes.
- Fondation de la République populaire ; premières formes d'autonomie ethnique régionale
- La Chine annexe le Tibet
- Des rapports font état de plus d'un million d'Ouïghours dans des camps de rééducation
- Loi sur l'unité ethnique adoptée par l'Assemblée populaire nationale
- La loi entre en vigueur
Réactions internationales
Le Premier ministre taïwanais Cho Jung‑tai a déclaré que la loi cible les 23,5 millions d'habitants de l'île et vise à annexer Taïwan. Un article de la loi mentionne spécifiquement les compatriotes taïwanais, et le ministère des Affaires étrangères de Taipei a averti que toute personne dont les paroles ou les actions déplaisent à Pékin pourrait être poursuivie.
Les 23,5 millions de Taïwanais ne sont pas d'accord.
Neuf législateurs américains, dont les principaux membres de la commission des relations étrangères du Sénat, ont condamné la loi. L'Allemagne l'a également critiquée, et le chef des droits de l'homme de l'ONU, Volker Türk, a déclaré que le texte risquait d'aggraver les restrictions sur la langue, l'éducation, la pratique religieuse et la réunion. Le vice-ministre chinois de la Justice, Hu Weilie, a défendu la loi comme légitime et conforme à la pratique internationale.
Portée extraterritoriale
L'article 63 étend la responsabilité aux personnes et organisations situées en dehors de la Chine pour des actes jugés nuisibles à l'unité ethnique, ce qui alarme les dissidents à l'étranger. Amnesty International a averti que cette disposition donne à Pékin une couverture légale pour poursuivre les militants exilés, dont beaucoup ont encore de la famille en Chine. Les groupes de défense des droits y voient une nouvelle étape vers la répression transnationale.


