La Roumanie dévoile son projet de loi sur les salaires publics : le président touchera 32 800 lei d'ici 2031, les enseignants protestent
Le projet de loi, publié le 17 juillet, introduit des augmentations progressives basées sur des coefficients pour tous les agents publics, le salaire mensuel brut du président passant de 26 527 lei à 32 800 lei d'ici 2031, tandis que les syndicats d'enseignants qualifient la grille des enseignants d'« injustice grave ».
Publication du projet de loi
Le ministère du Travail a publié la version révisée du projet de loi salariale unitaire le 17 juillet 2026, à la suite de négociations politiques menées au palais de Cotroceni. Le projet introduit une grille salariale unique pour tous les employés du secteur public, basée sur une valeur de référence de 4 100 lei pour décembre 2026 et pour l'ensemble de l'année 2027. Chaque salaire est calculé en multipliant cette valeur de référence par un coefficient propre à chaque fonction. Les coefficients augmentent par paliers annuels jusqu'à atteindre leurs niveaux finaux en 2031, remplaçant un précédent projet de mai qui aurait appliqué les coefficients complets immédiatement.
Évolution des salaires des hauts responsables
Le président de la Roumanie bénéficie du coefficient le plus élevé du système. Il commence à 6,47 en 2026/2027, donnant une indemnité mensuelle brute de 26 527 lei, et grimpe à 8,00 en 2031, produisant 32 800 lei. L'indemnité nette actuelle d'environ 15 500 lei passerait ainsi à environ 20 000 lei net d'ici la fin de la transition. Les présidents du Sénat et de la Chambre des députés suivent une trajectoire similaire : leur coefficient passe de 6,17 (25 297 lei) à 7,50 (30 750 lei). Les sénateurs et députés ordinaires voient leur coefficient passer de 4,85 (19 885 lei) à 6,00 (24 600 lei). Le salaire du Premier ministre augmenterait de 1 360 lei dans un premier temps et atteindrait au moins 30 750 lei d'ici 2031, tandis que les ministres gagneraient 950 lei initialement et dépasseraient 26 000 lei par la suite. Le maire général de Bucarest bénéficierait d'une augmentation initiale de 1 600 lei et dépasserait 26 000 lei d'ici 2031.
Maires et élus locaux
Les maires des petites communes, celles comptant jusqu'à 10 000 habitants, connaissent les plus fortes hausses relatives. Leur coefficient commence à 3,30 et atteint 4,35 en 2031, portant leur salaire mensuel d'environ 9 200 lei à au moins 17 800 lei, soit presque un doublement. Les maires des chefs-lieux de département bénéficieraient d'une augmentation initiale d'environ 1 600 lei et se retrouveraient près de 4 000 lei au-dessus des niveaux actuels d'ici 2031. Le projet de loi interdit explicitement toute prime ou complément de salaire supplémentaire pour les fonctions de dignité publique, visant à éliminer les situations où des directeurs ou des maires gagnaient plus que le président grâce à des cumuls d'indemnités.
Grille salariale des enseignants
Pour le personnel de l'enseignement pré-universitaire, les coefficients sont bien inférieurs. Un enseignant titulaire d'un diplôme de l'enseignement supérieur long, grade I, et de plus de 25 ans d'ancienneté gagnerait entre 8 077 lei (coefficient 1,97) et 9 758 lei (coefficient 2,38). Un débutant ayant le même niveau d'études commence à 7 790 lei (coefficient 1,90). Les professeurs principaux reçoivent un supplément de 10 % de la valeur de référence, soit environ 240 lei net. Une indemnité d'isolement pour les enseignants des zones reculées est plafonnée à 15 % du salaire de base, contre 20 % actuellement. L'ensemble de la grille des enseignants se situe en dessous du coefficient 3 sur une échelle allant de 1 à 8.
- Président
- 32800 lei
- Président du Sénat
- 30750 lei
- Député
- 24600 lei
- Maire (commune <10 000)
- 17800 lei
- Enseignant (grade I max)
- 9758 lei
Réaction des syndicats
La Fédération des syndicats libres de l'enseignement (FSLI) et la Fédération syndicale de l'enseignement Spiru Haret ont publié une déclaration commune condamnant le projet comme une « trahison de l'éducation ». Elles estiment qu'il ignore l'ordonnance d'urgence 57/2023, adoptée après la grève générale de 2023, qui exigeait que le salaire de l'enseignant débutant soit indexé sur le salaire brut moyen et que l'ensemble de la grille soit construite pour stimuler la progression de carrière avec un rapport d'au moins 1,47:1 entre le niveau le plus élevé et le niveau d'entrée.
Au lieu d'éliminer les inégalités et de redonner à la profession enseignante le statut qu'elle mérite, le projet approfondit la discrimination salariale, accentue le manque d'attractivité de la carrière enseignante et condamne le système éducatif à un déclin encore plus marqué.
Les syndicats rappellent également un accord de 2024 avec la Banque mondiale et le ministère du Travail selon lequel le salaire maximum d'un enseignant pré-universitaire de grade I et de pleine ancienneté devrait être égal à celui d'un médecin spécialiste. Ils affirment que le projet actuel laisse un écart d'environ 4 000 lei en faveur du médecin.
Il est inadmissible que le salaire maximum d'un enseignant pré-universitaire n'atteigne même pas le coefficient 3 sur une échelle construite de 1 à 8. Cette hiérarchie envoie un message clair sur la manière dont le gouvernement valorise le travail de ceux qui éduquent les générations futures.
Les syndicats demandent au Parlement de corriger ce qu'ils appellent une « injustice grave » avant l'adoption de la loi.


