La France ordonne l'expulsion de la commentatrice russe Xenia Fedorova, invoquant une menace pour l'ordre public
Le ministère français de l'Intérieur a émis un arrêté d'expulsion le 29 juillet 2026 contre Xenia Fedorova, ancienne directrice de RT France qui apparaît désormais sur les médias appartenant au milliardaire Vincent Bolloré, à moins d'un an des élections présidentielles.
L'arrêté d'expulsion
La France a notifié à la journaliste et commentatrice russe Xenia Fedorova un arrêté d'expulsion mercredi 29 juillet, a annoncé le ministère de l'Intérieur. Âgée de 45 ans, elle est l'ancienne directrice de la branche française de la chaîne d'État russe RT, interdite en France après l'invasion à grande échelle de l'Ukraine en 2022 et fermée en 2023. Le décret ministériel, révélé par le journal Libération, indique que sa « conduite porte atteinte aux intérêts fondamentaux de l'État » et que sa présence sur le territoire français « constitue une menace particulièrement grave et actuelle pour l'ordre public ».
En diffusant ses récits, Xenia Fedorova agit comme un porte-parole des campagnes de désinformation orchestrées par les autorités russes.
Plateforme médiatique Bolloré
Après la fermeture de RT France, Fedorova a pris un rôle de premier plan dans l'empire médiatique du milliardaire conservateur Vincent Bolloré. Elle détient des contrats à durée indéterminée (CDI) avec Canal+ et Lagardère, apparaissant régulièrement comme commentatrice sur la chaîne d'information en continu CNews, la radio Europe 1, et écrivant une chronique hebdomadaire pour Le Journal du Dimanche. Son autobiographie, intitulée « Bannie », a été publiée l'année dernière par la maison d'édition Fayard de Bolloré, qui fait partie du groupe Lagardère.
Fedorova se présente comme une défenseure de la liberté d'expression, relayant souvent les arguments russes, notamment en accusant l'Europe d'avoir provoqué la guerre, en la qualifiant d'« opération spéciale » et en accusant les États baltes de glorifier le nazisme. L'arrêté indique qu'elle contribue à « la diffusion d'un discours de désinformation et de déstabilisation » visant à « manipuler l'opinion publique » et à « saper la confiance des citoyens européens, et en particulier des citoyens français, dans leurs institutions ».
- Fedorova arrive en France, devient plus tard directrice de RT France.
- RT interdite en France après l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie.
- RT France fermée. Fedorova rejoint les médias Bolloré : CNews, Europe 1, JDD.
- Obtient un titre de séjour de dix ans.
- Autobiographie « Bannie » publiée chez Fayard. Commentatrice régulière sur CNews.
- Le député socialiste Arthur Delaporte appelle à une procédure d'expulsion au Parlement.
- Le ministère de l'Intérieur émet un arrêté d'expulsion ; Fedorova en est notifiée.
Les employeurs réagissent
Canal+ et Lagardère ont publié une déclaration commune mercredi dénonçant l'arrêté d'expulsion comme risquant de constituer « une atteinte particulièrement grave à la liberté d'expression et au pluralisme des opinions ». Les groupes « apportent leur plein soutien à Xenia Fedorova face à cette décision ». Les dirigeants de Canal+, Maxime Saada et Gérald-Brice Viret, l'avaient déjà défendue dans une tribune en mai dans Le Journal du Dimanche, invoquant la liberté d'expression et le pluralisme des opinions.
Sans qu'il soit nécessaire que chacun partage toutes les analyses ou opinions exprimées par Mme Fedorova, les groupes Canal+ et Lagardère considèrent que l'empêcher de participer au débat public et d'exprimer ses opinions constitue une atteinte particulièrement grave à la liberté d'expression.
Réactions politiques
Le député socialiste Arthur Delaporte, qui avait appelé le ministre de l'Intérieur début juin à engager une procédure d'expulsion contre Fedorova, s'est félicité de la décision sur X, saluant la fin de « l'impunité des agents du Kremlin qui ont une vitrine sur CNews ». Il a déclaré à Libération que « l'État a pris la mesure de la menace que représente ce type de personne ». Le député macroniste Sacha Houlié, qui avait saisi le parquet de Paris de cette affaire, a également applaudi la mesure et appelé à ce qu'elle soit « appliquée sans délai ».
Fedorova avait obtenu un titre de séjour de dix ans en août 2024. Delaporte a noté que des « relations particulièrement complexes avec la Russie » pourraient compliquer l'exécution de la mesure. Deux options existent désormais, a-t-il dit : se rendre dans un autre État ou être placée en résidence surveillée.
Contexte électoral
La décision intervient à moins d'un an de la prochaine élection présidentielle française, pour laquelle le président centriste Emmanuel Macron ne peut pas se représenter et où la leader d'extrême droite Marine Le Pen est en tête des sondages. Les experts en désinformation ont tiré la sonnette d'alarme sur l'influence de l'ancienne journaliste de RT avant le scrutin. Le décret décrit sa présence comme « une menace particulièrement grave et actuelle pour l'ordre public » et l'accuse d'« agir comme un vecteur des campagnes de désinformation dirigées par les autorités russes ».


