
Les États-Unis ordonnent à Anthropic de bloquer l'accès étranger à ses modèles d'IA les plus avancés, l'entreprise les désactive pour tout le monde
Le département du Commerce américain a ordonné à Anthropic d'interdire l'accès à ses modèles Mythos 5 et Fable 5 aux utilisateurs non américains le 12 juin 2026, invoquant la sécurité nationale. Anthropic a répondu en désactivant les modèles pour tous les utilisateurs, provoquant un tollé en Europe.
L'ordre et le black-out
Vendredi 12 juin, le secrétaire au Commerce américain Howard Lutnick a ordonné à Anthropic de suspendre l'accès à ses modèles les plus avancés, Mythos 5 et Fable 5, pour tout ressortissant étranger. La justification officielle était la sécurité nationale, bien que les détails soient rares. Au lieu de mettre en œuvre un blocage sélectif, la start-up de San Francisco a annoncé qu'elle « désactiverait immédiatement » les deux modèles pour tous les utilisateurs dans le monde, mettant ainsi son IA de pointe hors ligne.
L'Europe crie au scandale
Le porte-parole de la Commission européenne, Thomas Regnier, a averti que les restrictions d'urgence sur l'IA de pointe doivent être appliquées de manière non discriminatoire envers les alliés. Il a souligné que cet épisode « souligne encore davantage le besoin d'autonomie technologique de l'Europe » et a rappelé les outils existants au niveau du bloc (l'IA Act, le Cyber Resilience Act et la directive NIS2) conçus pour gérer précisément ce type de risque. Bruxelles examine les conséquences concrètes pour les utilisateurs européens des services d'Anthropic.
Nous pensons que les mesures d'urgence adoptées en ce sens ne devraient pas être discriminatoires envers les partenaires.
Poussée de souveraineté et course présidentielle française
La décision a injecté un angle de souveraineté aigu dans la politique française, où la prochaine élection présidentielle approche. Le leader d'extrême droite Jordan Bardella, actuel favori des sondages, a déclaré que cet épisode « nous rappelle que l'intelligence artificielle est déjà un enjeu majeur de souveraineté nationale » et a appelé à accélérer le soutien à Mistral AI, le champion français. La figure d'extrême gauche Jean-Luc Mélenchon a tenu un discours similaire : « La décision de Trump concernant Anthropic prouve l'urgence d'être indépendant et souverain. »
Les nations qui ne développent pas rapidement leurs propres modèles dépendront toujours de plus en plus des choix des autres puissances.
Au Parlement européen, la députée finlandaise conservatrice Aura Salla a déclaré que l'Europe « ne peut pas continuer à construire sa pile technologique sur un accès qui peut être coupé du jour au lendemain par un gouvernement étranger », tandis que la députée bulgare Eva Maydell a insisté sur le fait que le bloc doit identifier les capacités à construire de toute urgence. Une grande partie des réactions s'est concentrée sur Mistral, qui serait en négociations pour lever 3 milliards d'euros pour une valorisation de 20 milliards d'euros.
Historique tumultueux
La relation d'Anthropic avec l'administration Trump était déjà tendue. En février 2026, la Maison-Blanche a ordonné à toutes les agences fédérales de cesser immédiatement d'utiliser la technologie d'Anthropic ; cette directive a ensuite été suspendue par un juge fédéral. Le PDG de l'entreprise, Dario Amodei, a maintenant contesté cet ordre de contrôle des exportations devant les tribunaux. Par ailleurs, les contours du modèle Mythos ont été exposés fin mars après qu'une erreur humaine a placé des données internes sur un serveur accessible au public. Le modèle était déjà connu pour ses solides capacités en cybersécurité, rendant la fuite et le black-out ultérieur particulièrement sensibles.
- Trump ordonne à toutes les agences fédérales de cesser d'utiliser les technologies d'Anthropic (suspendu plus tard par un juge fédéral).
- Des détails du modèle Mythos fuient après qu'un employé a placé des données sur un serveur public.
- Le secrétaire au Commerce Lutnick ordonne à Anthropic de refuser l'accès étranger à Mythos 5 et Fable 5 ; Anthropic désactive les deux modèles pour tous les utilisateurs.
- La Commission européenne déclare que les restrictions ne devraient pas discriminer les partenaires et souligne l'urgence de la souveraineté technologique européenne.
L'Europe ne peut pas continuer à construire sa pile technologique sur un accès qui peut être coupé du jour au lendemain par un gouvernement étranger.
