
L'Italie décrète la suspension de Schengen avec l'Espagne après l'entrée de 60 000 migrants à Ceuta
Rome instaure des contrôles aux frontières pour les arrivées aériennes et maritimes en provenance d'Espagne après qu'environ 60 000 migrants sont entrés dans l'enclave nord-africaine ces derniers jours, la France, le Danemark et la Finlande soutenant des mesures plus strictes.
L'afflux à Ceuta
Une vague soudaine de migrants a submergé l'enclave espagnole de Ceuta jeudi et vendredi, avec des estimations atteignant 60 000 personnes entrées dans ce petit territoire sur la côte marocaine, selon les autorités espagnoles. La plupart ont nagé autour du brise-lames de Tarajal ou ont forcé les passages terrestres, environ 48 300 d'entre eux étant retournés au Maroc vendredi après-midi. Rien que jeudi, entre 2 000 et 3 000 personnes sont entrées, a rapporté TVE. L'afflux a poussé les centres d'accueil au-delà de leur capacité, et Madrid a déployé des unités de l'armée pour soutenir la Garde civile et la Police nationale dans la logistique et la sécurité.
Neuf corps ont été retrouvés près de Ceuta jeudi, portant le bilan des migrants morts en tentant d'atteindre le sol espagnol à 60 ces derniers mois, selon l'Association marocaine des droits de l'homme. Les scènes ont ravivé les souvenirs de la crise du printemps 2021, lorsque environ 8 000 personnes étaient entrées à Ceuta en quelques jours.
Les images qui viennent de Ceuta sont frappantes et démontrent, une fois de plus, que l'immigration illégale non contrôlée constitue une menace concrète pour la sécurité des frontières de l'Europe.
La suspension partielle de l'Italie
L'Italie a agi plus vite que tout autre État membre de l'Union européenne. Le ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani a appelé à la fermeture de l'espace Schengen avec l'Espagne sur X, citant la décision du gouvernement madrilène d'accorder un statut légal à plus de 500 000 migrants irréguliers comme une politique qui encourage le trafic d'êtres humains. La Première ministre Giorgia Meloni a suivi avec un message disant que l'Italie était prête à adopter des « mesures extraordinaires », y compris la suspension de l'espace Schengen avec l'Espagne, et qu'elle ne « céderait pas d'un pouce » sur l'immigration illégale.
Vendredi, le ministre de l'Intérieur Matteo Piantedosi a annoncé la suspension temporaire des règles de Schengen pour les passagers arrivant d'Espagne par avion ou par mer, obligeant les voyageurs à présenter des documents d'identité. Il s'est également coordonné avec le ministre français de l'Intérieur Laurent Nuñez pour renforcer les contrôles à la frontière terrestre franco-italienne afin d'empêcher les mouvements secondaires de migrants venant d'Espagne.
L'immigration irrégulière et non contrôlée constitue un danger pour la sécurité nationale. Les images qui viennent de Ceuta montrent à quel point la décision du gouvernement madrilène d'accorder la citoyenneté espagnole, et donc européenne, à plus de 500 000 immigrés irréguliers est profondément erronée et encourage le trafic d'êtres humains.
L'Europe renforce ses frontières
La France a activé sa force d'intervention rapide aux frontières pour des contrôles approfondis à la frontière franco-espagnole, Nuñez notant que les contrôles existants avaient déjà été renforcés. « Nous avons une unité mobile en service 24 heures sur 24 », a-t-il déclaré à RTL. La Première ministre danoise Mette Frederiksen a exhorté Bruxelles à « envisager toutes les options », y compris la suspension de l'Espagne de Schengen, pour éviter une répétition de la crise migratoire de 2015. La ministre finlandaise de l'Intérieur Mari Rantanen a déclaré que l'Espagne avait « complètement échoué » à protéger la frontière extérieure de Schengen et a soutenu la proposition de suspension de l'Italie. Le Premier ministre tchèque Andrej Babiš a blâmé le programme de régularisation espagnol pour avoir encouragé le flux.
- 2 000 à 3 000 migrants entrent à Ceuta en nageant ou en escaladant les clôtures ; l'Espagne déploie des unités de l'armée.
- Le ministre des Affaires étrangères Tajani et la Première ministre Meloni exigent la fermeture de Schengen avec l'Espagne, critiquant la régularisation par Madrid de plus de 500 000 migrants.
- Le ministre de l'Intérieur Piantedosi annonce des contrôles temporaires aux frontières pour les arrivées aériennes et maritimes en provenance d'Espagne.
- Le ministre de l'Intérieur Nuñez active la force d'intervention rapide à la frontière franco-espagnole.
- Le ministre des Affaires étrangères Albares juge les propos de Tajani « inconvenants » et convoque l'ambassadeur italien.
- Les autorités estiment que jusqu'à 60 000 migrants sont entrés à Ceuta ces derniers jours ; 48 300 sont retournés au Maroc.
Madrid riposte
Le ministre espagnol des Affaires étrangères José Luis Albares a qualifié les propos de Tajani d'« inconvenants de la part du ministre des Affaires étrangères d'un pays partenaire et ami » et a convoqué l'ambassadeur italien à Madrid. L'Espagne avait déjà dépêché 200 policiers spécialisés et 60 militaires à Ceuta depuis le continent. Le ministère espagnol de l'Intérieur a accusé les réseaux de trafic d'exploiter le programme de régularisation pour augmenter les flux migratoires.
Réactions de l'UE et des États-Unis
La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a qualifié les images de Ceuta d'inacceptables et a exigé des retours vers le Maroc. Pourtant, des responsables à Bruxelles ont souligné qu'aucun mécanisme juridique n'existe pour expulser ou suspendre un pays de Schengen ; seuls des contrôles temporaires aux frontières peuvent être rétablis. La Commission a noté que la crise restait confinée à Ceuta, sans mouvements secondaires enregistrés. À Washington, le président Donald Trump a décrit les événements comme une « catastrophe » et a déclaré aux membres du cabinet que « ils arrivent par dizaines de milliers, ils envahissent simplement le pays », blâmant les lois faibles et une législation très libérale pour le désordre.

