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Conflits·-3 h

La France construira seule un avion de combat de nouvelle génération d'ici 2040 après l'effondrement du programme FCAS

Paris et Berlin ont mis fin au Système de combat aérien du futur, vieux de neuf ans, la France s'engageant à développer un avion de combat souverain de sixième génération d'ici 2040 en utilisant les 2,5 milliards d'euros déjà investis.

La fin d'un programme phare

Le Système de combat aérien du futur (SCAF) franco-germano-espagnol a été officiellement abandonné. Le chancelier Friedrich Merz et le président Emmanuel Macron ont décidé lundi 8 juin de mettre fin au programme après des mois d'impasse entre les deux maîtres d'œuvre, Dassault et Airbus. Lancé en 2017 par Macron et l'ancienne chancelière Angela Merkel, l'Espagne l'avait rejoint deux ans plus tard. Il devait remplacer le Rafale français et l'Eurofighter Typhoon allemand à partir des années 2040.

Huit années d'efforts, 2,5 milliards d'investissements.

La ministre française de la Défense, Catherine Vautrin, a déclaré mercredi 10 juin devant le Sénat que la quasi-totalité de cette somme permettra à la France de continuer à travailler sur un avion de combat jusqu'en 2040. Elle a décrit l'équipe industrielle française (Dassault, Safran, Thalès) comme la seule en Europe capable de produire un avion de combat de manière totalement autonome.

Pourquoi cela a échoué

L'explication officielle pointe un différend industriel insoluble. Dassault, représentant la France, exigeait la direction du développement de l'avion de combat. Airbus, parlant pour l'Allemagne et l'Espagne, voulait des droits de développement à égalité. La médiation politique n'a pas permis de combler le fossé. Au-delà de la salle du conseil, le contexte stratégique a changé. Le PDG d'Airbus, Guillaume Faury, a déclaré fin mai que la guerre en Ukraine avait rendu le projet obsolète. L'utilisation massive de drones a exposé les limites des avions pilotés, et les armées de l'air ont désormais des exigences divergentes qui rendent les compromis de conception moins acceptables.

Un compromis dans la conception est de moins en moins acceptable.

Florian Aknin, consultant chez Roland Berger, a noté que le SCAF avait été conçu à une époque où les budgets de défense stagnaient ou diminuaient et où la logique était le partage des coûts. Aujourd'hui, les budgets augmentent pour contrer la menace russe et le désengagement américain de l'OTAN, ce qui change complètement la donne.

La voie solitaire de la France

Vautrin a insisté sur le fait que les 2,5 milliards d'euros déjà engagés ne sont pas perdus. La moitié a été consacrée au développement totalement souverain et l'autre moitié au travail en partenariat. Elle a présenté le résultat comme un avantage technique pour la souveraineté française. Le PDG de Dassault, Éric Trappier, avait auparavant déclaré que son entreprise pourrait construire seule un futur avion de combat européen si nécessaire. Cependant, l'économiste Julien Malizard de l'Institut des hautes études de défense nationale a prévenu qu'un avion de combat de nouvelle génération représente un saut technologique au-delà des programmes Mirage et Rafale, et que son financement dans le cadre de la loi de programmation militaire actuelle sera difficile.

Industriellement, la France a l'expérience du Mirage et du Rafale, ce qui montre nos compétences, mais il y a un saut technologique. C'est un projet gigantesque et, avec la loi de programmation militaire actuelle, il sera compliqué à financer.

La prochaine manœuvre de l'Allemagne

Airbus devrait formaliser une alliance de huit entreprises majoritairement allemandes à Berlin jeudi 11 juin pour développer un avion de combat de sixième génération alternatif. Des sources industrielles citées par l'AFP ont décrit cette initiative comme du lobbying plutôt qu'un consortium sérieux, notant l'absence d'entreprises espagnoles et l'inclusion du fabricant de missiles MBDA, qui n'a pas de rôle direct dans le développement de la cellule. Un expert a noté qu'Airbus n'a pas la capacité interne de construire un avion de combat à partir de zéro, s'étant reposé sur BAE Systems et Leonardo pour l'Eurofighter.

Ce qui survit du SCAF

Tous les éléments du programme ne sont pas morts. Merz a indiqué qu'il souhaite poursuivre d'autres volets de travail du SCAF avec la France, en particulier le cloud de combat numérique sécurisé. Reuters a rapporté que les systèmes autour de l'avion pourraient encore être développés sous le nom de SCAF comme mesure de sauvegarde des apparences. Les ministres de la Défense des deux pays ont été chargés de définir un cadre de coopération d'ici la prochaine réunion gouvernementale franco-allemande en juillet.

Programme SCAF : étapes clés
  1. Macron et Merkel lancent le programme SCAF/FCAS
  2. L'Espagne rejoint le programme
  3. Le PDG d'Airbus Faury déclare que la guerre en Ukraine a rendu le projet obsolète
  4. Merz et Macron mettent fin officiellement au projet d'avion de combat principal
  5. Vautrin déclare au Sénat que la France construira un avion de combat en solo d'ici 2040
  6. Airbus devrait annoncer une alternative menée par l'Allemagne à Berlin
  7. Les ministres de la Défense présenteront un plan de coopération au sommet franco-allemand

La question financière

L'ensemble du programme SCAF, y compris les drones et le cloud de combat, était estimé à plus de 100 milliards d'euros. Avec le retrait de Berlin du projet d'avion de combat principal, la question du financement d'un effort solitaire français reste ouverte. Les Echos rapportent que la réponse dans les couloirs parlementaires et du ministère de la Défense est simplement "joker" (passe). La propre mise à niveau du Rafale vers le standard F5, conçue pour permettre le contrôle des drones et le combat collaboratif, est déjà confrontée à des difficultés, et les Émirats arabes unis étaient à un moment donné prêts à la cofinancer.

Paris · Berlin

8 sources

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