
L'ancien Premier ministre français Édouard Balladur meurt à 97 ans à Paris après cinq décennies de vie publique
Le politicien conservateur, qui a été Premier ministre sous le président François Mitterrand de 1993 à 1995 et a dirigé les privatisations d'entreprises publiques, est décédé lundi.
Cinq décennies dans la politique française
L'ancien Premier ministre français Édouard Balladur est décédé à Paris lundi à l'âge de 97 ans, a confirmé sa famille à l'AFP. Né à Izmir, en Turquie, en 1929 dans une famille arménienne, Balladur a déménagé en France en 1935, a terminé ses études à Marseille et est diplômé de l'École nationale d'administration. Il est entré dans la haute fonction publique à 35 ans en rejoignant le cabinet de Georges Pompidou, alors Premier ministre sous Charles de Gaulle. Pendant les troubles de mai 1968, Balladur a participé aux côtés de Jacques Chirac à la négociation des accords de Grenelle entre les syndicats et le gouvernement, avant de servir comme secrétaire général adjoint puis secrétaire général de la présidence de l'Élysée sous Pompidou entre 1969 et 1974.
Privatisation et cohabitation
Après la mort de Pompidou, Balladur a travaillé dans le secteur privé sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing, dirigeant plusieurs entreprises dont la société d'exploitation du tunnel du Mont-Blanc. Il est revenu à la vie politique dans les années 1980 aux côtés de Chirac au sein du Rassemblement pour la République. Lorsque Chirac est devenu Premier ministre en 1986 lors de la première cohabitation avec le président socialiste François Mitterrand, Balladur a pris la tête du ministère de l'Économie. À ce poste, il a inversé les nationalisations précédentes en gérant la privatisation d'entreprises publiques, notamment Pechiney, Saint-Gobain et la Société Générale.
- Né à Izmir, en Turquie, avant d'émigrer en France en 1935
- Participe à la négociation des accords de Grenelle pendant la crise de mai 1968
- Sert comme secrétaire général adjoint puis secrétaire général sous le président Georges Pompidou
- Nommé ministre de l'Économie sous le Premier ministre Jacques Chirac
- Nommé Premier ministre lors de la deuxième cohabitation sous François Mitterrand
- Lance sa campagne présidentielle et est éliminé au premier tour
- Acquitté par la Cour de justice de la République des charges de financement de campagne
- Décède à Paris à l'âge de 97 ans
Après la victoire conservatrice aux élections législatives de 1993, Mitterrand a nommé Balladur Premier ministre pour la deuxième cohabitation de la Cinquième République. Balladur a dirigé le gouvernement depuis Matignon de 1993 à 1995, poursuivant les politiques de déréglementation et de nouvelles initiatives de privatisation dans l'industrie française.
Rivalité présidentielle avec Chirac
Bien que Balladur et Chirac aient maintenu une alliance politique de 30 ans, leur partenariat s'est brisé avant l'élection présidentielle de 1995. Selon un accord initial, Balladur devait diriger le gouvernement tandis que Chirac briguerait la présidence. Cependant, Balladur a officiellement annoncé sa propre candidature présidentielle depuis son bureau de Matignon le 18 janvier 1995. Alors que les premiers sondages plaçaient Balladur en tête, la dynamique s'est déplacée vers Chirac pendant la campagne. Chirac a devancé Balladur au premier tour avant de battre le candidat socialiste Lionel Jospin au second tour. Le soir de son élimination au premier tour, Balladur s'est adressé à des partisans qui conspuaient Chirac, demandant à la foule de cesser.
Acquittement judiciaire et hommages
Après avoir quitté ses fonctions exécutives, Balladur a fait l'objet d'une enquête sur des allégations selon lesquelles des commissions occultes provenant de contrats de défense avec le Pakistan auraient financé sa campagne présidentielle de 1995. La Cour de justice de la République l'a acquitté de toutes les charges en 2021. Les dirigeants politiques français de tout l'échiquier politique ont salué lundi la mort de Balladur en rendant hommage à sa carrière. Le Premier ministre actuel, Sébastien Lecornu, a souligné son long service sur cinq décennies de la Cinquième République.
Édouard Balladur était un homme d'État à l'esprit réformateur et restera un modèle pour de nombreux hommes et femmes de sa famille politique.
Le président Emmanuel Macron a décrit Balladur comme un serviteur dévoué de la France qui avait le pays à cœur, tandis que le président du Sénat, Gérard Larcher, a salué son engagement en faveur de l'autorité de l'État et de la rigueur budgétaire.


