
Des troupes érythréennes signalées dans le Tigré, frappées par des drones près d'Adigrat
Des frappes de drones, vraisemblablement éthiopiennes, ont visé des véhicules militaires érythréens près d'Adigrat alors qu'ils se retiraient du Tigré, a indiqué jeudi un observatoire des conflits. Les deux pays ont rompu leurs relations diplomatiques la semaine dernière.
Des troupes érythréennes signalées dans le Tigré
ACLED, observatoire des conflits basé aux États-Unis, a indiqué que des soldats érythréens ont franchi la frontière éthiopienne mercredi et ont avancé de plusieurs dizaines de kilomètres dans le Tigré avant de se retirer sous de violentes frappes de drones. Des témoins ont vu des camions transportant des troupes érythréennes traverser Adigrat, une ville située à environ 25 km à l'intérieur du territoire éthiopien. Un habitant a déclaré à BBC Africa avoir vu une quarantaine de camions transportant des soldats se diriger vers le sud, et un autre habitant d'Adigrat a entendu trois explosions dans la nuit au nord de la ville. Ces observations constituent la première confirmation de la présence de forces érythréennes dans le nord de l'Éthiopie depuis le début des combats le mois dernier entre l'armée éthiopienne et une alliance rebelle. Des chercheurs du Critical Threats Project considèrent comme authentiques plusieurs images et vidéos en ligne montrant des troupes érythréennes dans le Tigré.
Frappes et retrait
Les frappes auraient été menées par l'armée éthiopienne mercredi et jeudi, visant des véhicules militaires érythréens près d'Adigrat alors qu'ils se retiraient de leurs positions. Un diplomate et un expert des conflits en contact avec les deux camps ont fait état de mouvements d'Érythréens remontant vers le nord sous de violents bombardements de drones éthiopiens. On ne savait pas si les Érythréens quittaient l'Éthiopie ou se redéployaient à l'intérieur du pays. Un haut responsable éthiopien, s'exprimant sous couvert d'anonymat, a déclaré que l'Érythrée disposait d'une division mécanisée et de trois divisions d'infanterie dans le Tigré, chacune comptant environ 1 500 soldats. Les porte-parole du gouvernement éthiopien, de l'armée et du bureau du Premier ministre n'ont pas répondu aux demandes de commentaire.
Conséquences diplomatiques
Le ministre érythréen de l'Information, Yemane Gebremeskel, a qualifié les informations faisant état d'une incursion de volet d'un plan éthiopien visant à justifier une guerre d'agression contre son voisin plus petit, et il n'a pas répondu immédiatement à une demande de commentaire jeudi. Jeudi, le ministre éthiopien des Affaires étrangères, Gedion Timothewos, a rencontré la vice-secrétaire générale de l'ONU, Amina J. Mohammed. Selon une publication du ministère des Affaires étrangères sur X, l'Éthiopie a exigé le retrait immédiat des forces érythréennes de son territoire et a réaffirmé son droit de défendre sa souveraineté et son intégrité territoriale conformément au droit international. Les deux pays ont rompu leurs relations diplomatiques la semaine dernière après les accusations d'Addis-Abeba selon lesquelles Asmara soutiendrait les rebelles. L'Érythrée a démenti à plusieurs reprises cette accusation.
Combats dans le Tigré depuis septembre
Courrier International rapporte que le 20 septembre, un groupe de mouvements rebelles éthiopiens, dont le TPLF et le Mouvement national amhara Fano (AFNM), a annoncé une alliance anti-gouvernementale. Les hostilités ont commencé le 23 septembre par un assaut conjoint des forces du TPLF et de l'AFNM le long de la frontière du Tigré avec l'Érythrée. Après près de deux semaines de combats acharnés, les forces fédérales sont entrées dans la capitale tigréenne Mekele alors que les forces rebelles se retiraient, selon Al Jazeera, qui affirme que les combats ont de facto mis fin au cessez-le-feu de Pretoria de 2022. La Libre situe la reprise de Mekele par les forces fédérales au 2 octobre. Le chef rebelle Debretsion Gebremichael a promis de poursuivre le combat.
Nous affronterons l'ennemi selon nos conditions et là où nous le choisirons.
- Des groupes rebelles, dont le TPLF, annoncent une alliance anti-gouvernementale
- Début de l'assaut conjoint du TPLF et de l'AFNM le long de la frontière entre le Tigré et l'Érythrée
- Les forces fédérales reprennent Mekele, selon La Libre
- Des troupes érythréennes franchissent la frontière du Tigré et traversent Adigrat
- Des frappes de drones visent des véhicules militaires érythréens près d'Adigrat pendant leur retrait
Accès à la mer Rouge et enjeux régionaux
Le correspondant de la SRF Fabian Urech écrit que le Premier ministre Abiy Ahmed réclame à nouveau son propre accès à la mer Rouge, une exigence qui a accru les tensions avec l'Érythrée. L'Éthiopie est enclavée depuis l'indépendance de l'Érythrée. L'Égypte, selon Hossamaldeen Ibrahim, analyste africain au Bloomsbury Intelligence and Security Institute, considère le Grand barrage de la Renaissance éthiopienne et toute avancée éthiopienne vers la mer Rouge comme une menace stratégique. L'Éthiopie accuse l'Égypte et le Soudan de soutenir le TPLF, ce que les deux pays démentent, et le Guardian rapporte que les Émirats arabes unis ont accru leur soutien à l'Éthiopie.
L'Éthiopie cherche un débouché maritime ; l'Érythrée y voit une menace existentielle.
La guerre de 2020 à 2022, durant laquelle l'Éthiopie et l'Érythrée ont combattu ensemble contre le TPLF, a tué plusieurs centaines de milliers de personnes, le Guardian citant des estimations allant jusqu'à 600 000 morts.


