
Ossements de l'affaire Jubillar envoyés pour analyse ADN, mais un sol acide pourrait empêcher l'identification et retarder le procès en appel de septembre
Des ossements découverts dans un champ du Tarn sont analysés près de Paris, mais le sol acide pourrait empêcher l'identification ADN de Delphine Jubillar, disparue en décembre 2020.
Découverte dans un champ du Tarn
Deux fémurs et d'autres os du bas du corps ont été déterrés le 16 juillet 2026 dans un champ près de Mailhoc, à une dizaine de minutes de l'ancien domicile du couple à Cagnac-les-Mines. Cédric Jubillar, qui a avoué le 6 juillet avoir tué sa femme lors d'une dispute dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020, a conduit les enquêteurs sur place. Il a déclaré au président de la cour d'assises de Toulouse avoir enterré le corps dans un tas de compost qui a ensuite été épandu sur la propriété par le propriétaire, lequel a déclaré n'avoir rien vu. Les recherches, qui ont duré deux jours et ont mobilisé une centaine de gendarmes et une unité anti-drone, ont été suspendues dans la soirée du 17 juillet. Le colonel Jean-Michel Doose, commandant du groupement de gendarmerie du Tarn, a indiqué que l'opération ne devrait pas reprendre.
L'analyse ADN rencontre des obstacles
Les ossements ont été transportés par hélicoptère de la gendarmerie à l'Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale (IRCGN) à Pontoise, où une équipe de six à sept experts travaille à l'extraction de l'ADN. Le colonel Francis Hermitte, chef de la division biologie génétique criminalistique, a prévenu que les restes avaient été conservés dans un sol acide et qu'il pourrait être impossible d'obtenir suffisamment de matériel biologique pour un profil génétique.
Nous avons des os conservés dans un environnement acide : il y a toutes les chances qu'il soit impossible d'obtenir suffisamment de matériel biologique ou génétique de bonne qualité pour obtenir un profil génétique permettant l'identification des restes retrouvés.
Le lieutenant-colonel Stéphane Meyblum, commandant en second du groupement de gendarmerie du Tarn, a déclaré qu'un résultat était attendu « dans un délai relativement court », mais l'IRCGN a prévenu que les analyses techniques pourraient prendre plusieurs jours.
Le calendrier judiciaire en suspens
Cédric Jubillar a été condamné à 30 ans de réclusion en première instance. Son procès en appel doit s'ouvrir le 21 septembre 2026 devant la cour d'assises de la Haute-Garonne à Toulouse. Son avocat, Me Pierre Debuisson, a soutenu que les nouveaux éléments rendent impossible le maintien de cette date.
Compte tenu de toutes les démarches à effectuer, des procédures à mener, de l'audition de Cédric Jubillar, il n'est absolument pas envisageable de maintenir ce procès en septembre. Ce serait déraisonnable et contraire à un procès équitable.
Me Philippe Pressecq, avocat du cousin de Delphine Jubillar, a rétorqué que le dossier est désormais complet et peut être jugé en septembre. Si la cour d'appel accepte la version de Jubillar d'une mort accidentelle lors d'une dispute, la peine maximale tombe à 20 ans. Me Isabelle Steyer, avocate parisienne spécialisée dans les féminicides, a décrit les aveux comme une stratégie pour influencer les jurés, notant que l'analyse des os pourrait ne jamais révéler la cause du décès.
La famille partagée entre soulagement et colère
Les enfants du couple, Louis (12 ans) et Elyah (7 ans), ont été informés de la découverte jeudi soir par leur tante maternelle. Leur avocate, Me Malika Chmani, a indiqué que la nouvelle a provoqué choc, larmes et incompréhension.
Ils ont chacun une photo de leur mère dans leur chambre. Delphine Jubillar apparaît souriante, pleine de vie, et maintenant on parle d'ossements. C'est assez violent. « Que reste-t-il de maman ? » ont-ils demandé.
Louis, qui n'avait aucun doute sur la culpabilité de son père et l'appelle désormais par son prénom, a ressenti un soulagement à l'idée d'avoir enfin une tombe à visiter. Elyah, qui avait 18 mois au moment de la disparition, a moins de souvenirs. Une cousine, Manon Quincampoix, 26 ans, a déclaré ressentir « un mélange de soulagement et de colère » en apprenant la découverte.
- Delphine Jubillar disparaît du domicile conjugal à Cagnac-les-Mines dans la nuit du 15 au 16 décembre.
- Cédric Jubillar reconnaît pour la première fois, dans une lettre révélée par ses avocats, sa « responsabilité » dans la mort de sa femme.
- Des ossements, dont deux fémurs, sont retrouvés dans un champ près de Mailhoc à l'endroit indiqué par Cédric Jubillar.
- Les recherches sont suspendues ; les gendarmes indiquent qu'elles ne devraient pas reprendre. Les ossements sont envoyés à l'IRCGN à Pontoise pour analyse ADN.
- Le procès en appel de Cédric Jubillar doit débuter devant la cour d'assises de la Haute-Garonne à Toulouse.
La suite
Tandis que l'IRCGN poursuit son travail, les gendarmes ont levé le périmètre de sécurité autour du site de recherche le long de la RD600 entre Mailhoc et Villeneuve-sur-Vère. Cédric Jubillar, qui admet désormais un « acte abominable », a été extrait de prison le 15 juillet pour livrer sa nouvelle version au juge d'instruction. Le parquet et les parties civiles attendent de savoir si les ossements peuvent être formellement identifiés et, le cas échéant, s'ils apporteront des indices sur la cause exacte du décès. Pour la famille, la priorité est de récupérer les restes et d'entamer un processus de deuil gelé depuis plus de cinq ans.


