
Le Royaume-Uni va imposer par défaut un couvre-feu sur les réseaux sociaux à minuit pour les 16-17 ans, avec possibilité de désactivation
Le gouvernement britannique bloquera par défaut l'accès aux applications de réseaux sociaux pour les 16-17 ans entre minuit et 6 heures du matin, bien que les adolescents puissent modifier le paramètre pour lever cette restriction. Les fonctionnalités addictives comme le défilement infini seront également désactivées automatiquement, avec des règles entrant en vigueur au printemps 2027.
Le couvre-feu et ses caractéristiques
Le Royaume-Uni ajoute une nouvelle couche à ses restrictions à venir sur les réseaux sociaux pour les jeunes. Dans le cadre d'un plan plus large visant à protéger les adolescents, des applications comme Instagram, TikTok et YouTube deviendront inaccessibles par défaut pour les 16-17 ans de minuit à 6 heures du matin, a annoncé la secrétaire d'État à la Technologie, Liz Kendall, le 14 juillet. Les mesures désactiveront également automatiquement les fonctionnalités qui prolongent l'engagement, notamment les vidéos en lecture automatique, le défilement infini et les flux algorithmiques. Les restrictions par défaut peuvent être levées si l'utilisateur modifie activement les paramètres, une concession qui a suscité des critiques de la part des militants qui estiment qu'elle affaiblit le couvre-feu.
Ces mesures seront cruciales pour aider les jeunes à obtenir le sommeil dont ils ont besoin, à se concentrer sur l'école et les études, et à passer plus de temps de qualité en famille et entre amis.
Le couvre-feu s'appuie sur l'engagement antérieur du gouvernement d'interdire totalement les réseaux sociaux aux moins de 16 ans, visant à créer une transition plus douce une fois que les enfants atteignent l'âge de 16 ans plutôt qu'un passage brutal à un accès sans restriction. Les règlements seront déposés devant le Parlement d'ici la fin 2026, avec une mise en application prévue pour le printemps 2027.
Ce qui pousse au défilement compulsif
Les experts mettent en avant une base neurologique expliquant pourquoi les adolescents ont du mal à lâcher leurs appareils. Matteo Parissi, psychologue légiste, explique que le cortex préfrontal, responsable du contrôle de l'inhibition, n'atteint sa pleine maturité que vers le milieu de la vingtaine, rendant les adolescents particulièrement vulnérables aux flux de contenu infinis. La conception des réseaux sociaux, note-t-il, imite une machine à sous : chaque balayage offre la possibilité d'une récompense, et l'anticipation d'un 'like' ou d'un post engageant déclenche la dopamine, le messager chimique du cerveau pour la motivation et le plaisir.
Notre cerveau ne sait pas quand le prochain contenu gratifiant apparaîtra, donc chaque balayage pendant le défilement a la possibilité d'obtenir une récompense. D'un point de vue dopamine, l'anticipation d'obtenir un contenu gratifiant compte encore plus que le contenu gratifiant lui-même.
Sans point d'arrêt naturel, le défilement peut persister pendant des heures, détournant le système de récompense du cerveau et perturbant le sommeil et la concentration.
Preuves issues d'un pilote familial
L'orientation politique est soutenue par une étude pilote impliquant 309 familles avec des enfants âgés de 13 à 17 ans. Pendant un mois, trois types de restrictions ont été testés : un plafond quotidien de 15 minutes par application, un blocage nocturne, et la suppression complète des principales applications sociales. Le blocage nocturne de l'essai était plus strict que la proposition du gouvernement (21 heures à 7 heures du matin plutôt que minuit à 6 heures), mais les familles ont systématiquement signalé des améliorations du sommeil, de l'attention et de la vie familiale. Le couvre-feu nocturne s'est avéré la mesure la plus facile à maintenir et a apporté les bénéfices les plus constants en matière de sommeil.
Lacunes définitionnelles et de mise en application
Bien que le gouvernement ait confirmé que les grandes plateformes comme Instagram, TikTok et YouTube seront concernées par l'interdiction, une définition juridique précise de 'réseau social' reste en suspens. En vertu de l'Online Safety Act, les services de type 'user-to-user' qui permettent l'interaction sociale et utilisent des algorithmes sont la cible visée, mais cette catégorie couvre également les places de marché en ligne, les applications de rencontre et les sites collaboratifs comme Wikipédia. Le DSIT a indiqué que la définition s'inspirera de l'approche australienne, mais les exemptions supplémentaires n'ont pas été détaillées. Les avocats avertissent les opérateurs de plateformes que les limites sont encore floues, et toute liste d'exclusion devra résister à l'examen des concurrents laissés de côté.
L'expérience australienne ajoute une note de prudence : une équipe qui a conseillé sur l'interdiction des réseaux sociaux pour enfants a constaté que les plateformes trébuchaient dès la première étape de mise en œuvre des contrôles d'âge, ce qui rendait l'interdiction inefficace. Des obstacles similaires pourraient affecter la mise en œuvre au Royaume-Uni.
Désactivation et scepticisme parental
La disposition qui permet aux adolescents de désactiver le couvre-feu a suscité des réactions de la part de militants comme Ellen Roome, dont le fils de 14 ans est décédé en 2022 après un défi en ligne dangereux. Elle a remis en question l'efficacité de la mesure, la comparant à une bouteille d'alcool à portée de main d'un enfant.
Je pense que fixer une limite qui peut être supprimée n'est pas suffisant, ce serait comme laisser une bouteille d'alcool hors de portée mais facilement accessible.
Les commentaires en ligne sur Reddit ont fait écho à la frustration, certains utilisateurs qualifiant le couvre-feu d'« inefficace et inutile » et le comparant à des avertissements de limitation de vitesse facilement ignorés. D'autres ont noté que les fonctionnalités de contrôle parental existantes offrent déjà des restrictions de temps comparables.
Prochaines étapes
Le gouvernement s'attend à ce que le premier ensemble de règlements soit déposé devant le Parlement d'ici la fin 2026 et entre en vigueur au printemps 2027. Parallèlement au couvre-feu, de nouvelles garanties pour les chatbots IA utilisés par les moins de 18 ans exigeront des pauses intégrées et des filtres contre les conseils en santé mentale dangereux ou non vérifiés. Le calendrier reste conditionné à la résolution de la définition juridique des plateformes concernées et à la clarification des mécanismes de mise en œuvre.
- Le Premier ministre Keir Starmer annonce le projet d'interdire les réseaux sociaux aux moins de 16 ans
- La secrétaire d'État à la Technologie, Liz Kendall, dévoile le couvre-feu par défaut et l'interdiction des fonctionnalités addictives pour les 16-17 ans
- Premiers règlements déposés devant le Parlement
- Mesures devant entrer en vigueur


