
La Cour de révision annule la condamnation à perpétuité de Dany Leprince pour le quadruple meurtre de 1994 et ordonne un nouveau procès
La Cour de révision de Paris a annulé la condamnation à perpétuité de Dany Leprince jeudi, invoquant de nouveaux doutes sur le témoignage qui l'a condamné pour le meurtre de son frère, de sa belle-sœur et de ses deux nièces à Thorigné-sur-Dué en 1994. Un nouveau procès se tiendra dans le Maine-et-Loire.
La décision de la cour
La Cour de révision, siégeant au sein de la Cour de cassation à Paris, a annulé la peine de réclusion criminelle à perpétuité de Dany Leprince le jeudi 2 juillet 2026. Cette décision n'est que la 13e fois qu'une condamnation pénale est annulée par cette instance depuis 1945. Leprince, aujourd'hui âgé de 69 ans, avait été condamné en 1997 pour le quadruple meurtre de son frère Christian, de sa belle-sœur Brigitte et de ses nièces Sandra (10 ans) et Audrey (6 ans) dans le village sarthois de Thorigné-sur-Dué dans la nuit du 4 septembre 1994.
La cour a estimé que deux éléments clés de l'accusation initiale avaient été « affaiblis par des éléments inconnus de la juridiction » à l'époque, selon son président, Nicolas Bonnal. Leprince, qui a passé 18 ans derrière les barreaux avant sa libération conditionnelle, est désormais présumé innocent et sera jugé à nouveau devant la cour d'assises du Maine-et-Loire, probablement à Angers.
- Quatre membres de la famille Leprince sont tués à Thorigné-sur-Dué, dans la Sarthe.
- Dany Leprince est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité avec une période de sûreté de 22 ans.
- Solène Leprince témoigne devant la Cour de révision, exprimant des doutes sur la condamnation initiale.
- La Cour de révision annule la condamnation et ordonne un nouveau procès dans le Maine-et-Loire.
Le contexte de l'affaire
Connu dans la presse sous le nom de « le boucher de la Sarthe » (un surnom qu'il déteste, car son métier consistait à emballer des steaks hachés, non à abattre), Leprince a été mis en cause par sa femme de l'époque, Martine Compain, et sa fille Célia. Il a avoué après 46 heures de garde à vue, mais s'est rapidement rétracté, affirmant que cet aveu avait été extorqué. Au cours des décennies suivantes, ses avocats ont mis au jour des incohérences dans les témoignages, des inquiétudes concernant l'influence de l'épouse d'un gendarme qui servait de nounou à l'enfant survivant, ainsi que des preuves contradictoires concernant les chaussures et l'ADN.
Le château de cartes qu'était l'accusation contre Dany Leprince s'effondre totalement.
Morice, aux côtés de sa co-avocate Missiva Chermak-Felonneau, représente Leprince depuis 2018. Il a qualifié la décision de jeudi de « marquante ».
Les doutes d'une enfant survivante
Au cœur de la révision se trouvait le témoignage de Solène Leprince, la seule survivante de l'attaque, qui n'avait que deux ans à l'époque. Considérée autrefois comme un témoin à charge, Solène estime aujourd'hui avoir été influencée par les conversations d'adultes dans sa petite enfance. S'exprimant devant la Cour de révision le 7 mai 2026, elle a déclaré :
Je suis dévastée d'avoir perdu mes parents et mes sœurs, mais aussi en colère qu'il y ait encore des zones d'ombre aujourd'hui.
La cour a également noté que les prétendues pertes de mémoire de Martine Compain, qui décrivait la séquence exacte des événements de la soirée fatidique, pourraient être une « simulation », une évaluation ultérieure par un expert n'ayant révélé aucun déficit de mémoire sous-jacent. Compain bénéficie du statut de témoin assisté depuis 2024 dans le cadre d'une enquête judiciaire distincte ouverte à la suite d'une plainte du père des fils de Leprince.
Nous n'avons aucune raison de craindre qu'elle soit impliquée dans cette affaire. La Cour de révision ne dit pas que Dany Leprince est innocent, mais qu'un doute existe. Le nouveau procès remettra les choses à leur place ; cela ne signifie pas que Martine Compain est coupable.
Leprince s'exprime
Apparaissant sur BFMTV quelques heures après la décision, un Leprince visiblement épuisé a déclaré ne ressentir aucune colère, seulement de la détermination. « Je suis un peu fatigué, je suis ému. Je ne réalise pas encore, c'est une grande étape », a-t-il dit, ajoutant :
Je ne passe pas mon temps à être en colère contre des gens qui n'ont pas fait leur travail. Il ne faut pas penser à ces années, c'est inutile.
Il a souligné qu'il avait toujours cru en la justice et qu'il poursuivrait son combat pour savoir qui a vraiment tué son frère. « Je n'abandonnerai pas, et d'ailleurs, je n'ai jamais abandonné en 30 ans », a-t-il déclaré, notant qu'il avait depuis longtemps une idée de l'identité du meurtrier sans le nommer.


