
Les employeurs suisses alertent sur la baisse des compétences des apprentis alors qu'une entreprise sur cinq réduit ses recrutements
Une enquête auprès de plus de 2 900 responsables de formation en Suisse montre des lacunes généralisées en écriture et en mathématiques parmi les candidats, entraînant une réduction des effectifs d'apprentis dans 20 % des entreprises.
Lacunes généralisées en écriture et en mathématiques
Une enquête menée conjointement par Economiesuisse, la Fédération suisse des arts et métiers et l'Union suisse des employeurs auprès de plus de 2 900 responsables de formation montre une baisse des compétences de base chez les jeunes quittant l'école pour entrer en apprentissage professionnel. Les compétences en écriture ont reçu l'évaluation la plus critique, 59 % des entreprises interrogées jugeant les compétences en écriture des apprentis insuffisantes ou non satisfaites, et plus des deux tiers relevant des lacunes en orthographe et en grammaire. Les compétences en mathématiques ont également montré des lacunes généralisées, 42 % des employeurs évaluant négativement les compétences mathématiques des stagiaires contre 38 % d'évaluations positives, pointant des difficultés à manipuler les unités de mesure et à évaluer la plausibilité des calculs. Les performances en lecture ont été jugées relativement meilleures, plus de la moitié des employeurs évaluant les compétences en lecture comme bonnes ou assez bonnes, mais les stagiaires peinent à comprendre des textes longs et à en extraire les informations pertinentes. L'enquête a révélé des lacunes constantes dans toute la Suisse, avec des différences minimes entre les cantons germanophones, la Romandie francophone et le Tessin italophone.
Nous devons veiller à ce que les compétences éducatives ne baissent pas davantage.
Coûts de soutien scolaire croissants et charge de travail pour les employeurs
Les fédérations patronales ont indiqué que la baisse des compétences représente une tendance à long terme et non un problème à court terme. Environ 50 % des entreprises interrogées ont observé ce déclin au cours des cinq dernières années, 25 % supplémentaires sur une dizaine d'années, et seule une petite minorité l'a perçu comme commençant au cours des deux ou trois dernières années. Pour compenser les lacunes académiques, environ trois quarts des entreprises suisses fournissent désormais des mesures de rattrapage internes ou externes supplémentaires pour leurs apprentis. Cette formation supplémentaire crée des charges opérationnelles importantes, la majorité des entreprises consacrant jusqu'à trois heures par semaine par apprenti en difficulté.
Seules deux pour cent des entreprises interrogées ne déclarent aucun temps supplémentaire.
Deux tiers des entreprises interrogées ont déclaré avoir engagé des dépenses financières pour ces mesures de rattrapage, 19 % dépensant entre 500 et 2 000 francs suisses par apprenti chaque année. Outre les matières scolaires de base, les entreprises ont noté des lacunes dans les compétences personnelles et méthodologiques, notamment l'auto-organisation, la motivation, la persévérance, la pensée critique et la résolution de problèmes, tandis que les compétences numériques restaient nettement plus solides.
- Compétences en écriture jugées insuffisantes
- 59 %
- Compétences mathématiques jugées négativement
- 42 %
- Compétences mathématiques jugées positivement
- 38 %
- Offrent un soutien de rattrapage supplémentaire
- 75 %
- Recrutent ou prévoient de recruter moins d'apprentis
- 20 %
Pression sur le système de formation professionnelle dual
La charge de travail pédagogique accrue et la pression financière ont conduit 20 % des entreprises interrogées à déclarer qu'elles recrutent déjà moins d'apprentis ou qu'elles ont l'intention d'en embaucher moins à l'avenir. De nombreuses entreprises réagissent à l'insuffisance des candidatures en resserrant leurs critères de sélection ou en laissant des postes d'apprentissage vacants. L'association des PME de la construction mécanique et électrique Swissmechanic, dont les entreprises membres forment près de 6 000 apprentis, a indiqué que plus de la moitié de ses entreprises trouvent le recrutement plutôt difficile, et près de 20 % le trouvent très difficile, tandis que seulement 20 % le trouvent plutôt facile. Swissmechanic a identifié comme causes principales les résultats scolaires insuffisants, les profils de candidats inadaptés et l'orientation croissante des jeunes qualifiés vers des filières académiques.
Ce n'est pas le rôle des entreprises de promouvoir les compétences de base.
- Observé depuis environ 5 ans
- 50 %
- Observé depuis environ 10 ans
- 25 %
Les fédérations patronales ont averti que sans ajustements éducatifs, l'offre de places d'apprentissage disponibles diminuera, affaiblissant le système suisse de formation professionnelle duale. L'économiste en chef d'Economiesuisse, Rudolf Minsch, a noté lors d'une conférence de presse mardi que des preuves exhaustives sur les causes profondes restent rares, malgré des hypothèses pointant vers des changements de programmes scolaires ou la pandémie. Les associations ont appelé les écoles primaires et secondaires obligatoires à rétablir la lecture, l'écriture et les mathématiques comme leur axe pédagogique central.

