
Un dossier de renseignement met en garde contre un risque concret de terrorisme islamiste à Ceuta alors que des campagnes sur les réseaux sociaux coordonnent une nouvelle vague migratoire
Un dossier de renseignement remis au bureau de la Première ministre italienne Giorgia Meloni met en garde contre un risque « concret » de terrorisme islamiste dans l'enclave espagnole de Ceuta, alors que des campagnes sur les réseaux sociaux coordonnent une nouvelle vague migratoire visant potentiellement l'enclave d'ici le 15 août.
Un dossier de renseignement arrive au Palazzo Chigi
Un dossier de renseignement est parvenu au bureau de la Première ministre italienne Giorgia Meloni au Palazzo Chigi, mettant en garde contre un risque "concret" de terrorisme islamiste dans l'enclave espagnole de Ceuta. Le rapport, décrit par Corriere della Sera et citant des informations partagées par les services de renseignement espagnols, indique que derrière la mobilisation sur les réseaux sociaux pour une nouvelle vague migratoire se trouve une campagne coordonnée. Les services italiens surveillent le bouche-à-oreille avant un possible nouvel exode qui pourrait survenir d'ici le 15 août. Des messages WhatsApp interceptés dans des groupes Facebook surveillés disent : "Colpiamoli il giorno 10 e non l'11. Ci sono manifestazioni per il giorno 9" (Frappons-les le 10 et non le 11. Il y a des manifestations le 9).
La mobilisation serait alimentée par des utilisateurs de TikTok qui partagent des liens WhatsApp vers des groupes Facebook, avec des numéros de téléphone provenant des États-Unis, d'Égypte, d'Algérie, de Tunisie, de Libye et du Sénégal. Les services de renseignement estiment qu'il existe "une coordination pour la campagne" qui ne peut pas encore être attribuée à un acteur spécifique. Les groupes sont également utilisés par des "trafiquants d'êtres humains".
Inquiétudes sur le terrorisme et la radicalisation
Le dossier signale le risque que Ceuta devienne un centre de "radicalisation et de recrutement djihadiste." Dans la ville marocaine voisine de Fnideq, la zone a souvent été le théâtre d'opérations antiterroristes conjointes entre l'Espagne et le Maroc pour démanteler les réseaux djihadistes transfrontaliers. Madrid a renforcé son dispositif de sécurité avec une barrière flottante d'environ 500 mètres, deux frégates, environ 2 000 militaires, et un déploiement accru de la Guardia Civil et de la Policía Nacional. Le gouvernement marocain a décrit la situation autour de Ceuta et Melilla comme "stable".
Dans les chats d'organisation
Il Giornale a rapporté avoir infiltré l'un des nombreux chats WhatsApp où des dizaines de personnes, un nombre décrit comme en constante augmentation, organisent l'entrée dans l'enclave espagnole. La plupart des profils portent l'indicatif marocain (+212), avec un numéro italien (+39), deux espagnols (+34) et un allemand (+44). L'administrateur du groupe, identifié comme "Whalid", a une photo de profil masquée. Le chat ne semble pas être un groupe organisé avec une direction centrale ; les participants échangent des conseils sur la façon d'atteindre Ceuta tout en évitant les contrôles marocains.
Une discussion dans le chat a mentionné Melilla comme cible alternative, un utilisateur écrivant que le rendez-vous pour Melilla était "le 10 et non le 15." Un autre utilisateur, Anas, a suggéré que ceux qui voulaient partir plus tôt essaient Melilla, où "les garçons du Rif traitent bien les gens" et les accueilleraient "avec de l'eau et des fleurs", tandis que pour Ceuta "le 15 nous serons nombreux." Le plan Melilla semble s'estomper avec le temps, car les autorités espagnoles n'ont jamais indiqué une possible attaque sur l'autre enclave. Les points de référence pour atteindre Ceuta incluent Tanger, Larache et Tétouan, un utilisateur signalant que le transport entre Tanger et Tétouan s'était arrêté et qu'il fallait faire du stop.
- Manifestations mentionnées dans les chats WhatsApp surveillés comme prévues à cette date
- Date citée dans les messages de chat pour une possible action à Ceuta ou Melilla (« Frappons-les le 10 et non le 11 »)
- Date possible pour un nouvel exode massif vers Ceuta selon la surveillance des renseignements ; un utilisateur du chat dit « le 15 nous serons nombreux à Ceuta »
Dimension politique à Rome
El Pais a rapporté que Meloni utilise la crise de Ceuta pour contrer l'érosion de son soutien politique dans son pays. Le journal espagnol a écrit qu'après avoir connu une stabilité rarement vue dans la politique italienne pendant une grande partie de son mandat, des fissures sont apparues ces derniers mois, menaçant de compliquer la phase finale de son mandat, qui se termine en 2027. Bien que Meloni conserve une avance confortable dans les sondages, les récents revers et les tensions croissantes au sein de sa coalition laissent présager un automne plus difficile.
L'ascension du général à la retraite Roberto Vannacci et de son nouveau parti, Futuro Nazionale, a été citée comme un facteur menaçant de détourner le soutien de Meloni à droite. Vannacci a attaqué Meloni sur l'immigration, la sécurité et l'identité nationale, arguant que ceux qui sont arrivés au pouvoir en promettant une ligne dure ont considérablement assoupli leurs positions. El Pais a écrit que Meloni a saisi l'opportunité de promouvoir son approche en Europe, présentant l'afflux massif de migrants du Maroc vers Ceuta comme un avertissement de ce qui pourrait arriver dans d'autres pays européens si les politiques contre l'entrée irrégulière ne sont pas renforcées.


