
La France réexamine 69 626 dossiers de maltraitance d'enfants, découvre 15 000 signalements inconnus après l'indignation suscitée par le meurtre de Lyhanna
Le ministre de la Justice Gérald Darmanin a présenté mercredi à l'Assemblée nationale les résultats d'un audit national de six semaines sur l'ensemble des plaintes pour abus sexuels sur mineurs, révélant que 15 000 signalements avaient été découverts par les enquêteurs, jusqu'alors inconnus des parquets.
Origines de l'audit
L'examen national a été ordonné le 8 juin après le meurtre de Lyhanna, une fillette de 11 ans retrouvée morte dans le Gers. Le principal suspect, Jérôme Barella, avait déjà fait l'objet de plusieurs plaintes pour agressions sexuelles sur mineurs sans jamais avoir été convoqué par les enquêteurs ni présenté devant un tribunal. Le garde des Sceaux Gérald Darmanin a confronté les 36 procureurs généraux, affirmant que le système n'avait manqué ni de moyens ni de lois, mais n'avait pas priorisé les viols sur mineurs.
Il n'y a eu ni manque de moyens ni manque de lois, mais un manque de priorisation des viols sur mineurs.
Les procureurs ont reçu pour instruction de réexaminer toutes les plaintes impliquant des mineurs d'ici le 14 juillet. L'effort a mobilisé des magistrats dans toute la France pendant six semaines et a produit un ensemble de données que Darmanin a présenté à l'Assemblée nationale le 15 juillet 2026.
Ce que l'audit a révélé
Les procureurs ont réexaminé 69 626 dossiers connus à l'échelle nationale. Au cours de ce processus, les enquêteurs ont découvert 15 000 signalements supplémentaires dans les services de police qui n'avaient jamais été transmis aux parquets. Le total combiné enregistré s'élève désormais à 85 047 plaintes. Parmi les dossiers examinés, 61,5 % concernent des délits et 38,5 % des crimes. Des suspects ont été identifiés dans 83,5 % des cas ; les 16,5 % restants impliquent des auteurs non identifiés. Selon le ministère de la Justice, 91,4 % des personnes mises en cause n'ont aucun antécédent judiciaire.
Le dossier était resté dans les services d'enquête et n'avait pas fait l'objet d'une attention particulière, car les services d'enquête sont débordés et parce qu'ils n'ont peut-être pas toujours mesuré la gravité de certaines affaires.
Abdelkrim Grini, procureur de la République d'Alès, a décrit avoir traité 200 dossiers lors de l'audit, certains remontant à 2023 et 2024. Parmi eux, un oncle soupçonné d'avoir violé deux neveux âgés de 5 et 7 ans au moment des faits, une affaire qui n'avait connu aucun progrès pendant trois ans après le dépôt de la plainte.
Classification et système de priorité
L'audit a identifié 970 dossiers comme étant prioritaires, soit 1,14 % du total examiné. Un dossier était classé prioritaire selon trois critères : l'auteur est identifié, a un casier judiciaire et la victime est toujours mineure. Le ministre a noté que 36 % des victimes sont encore mineures, tandis que les autres avaient atteint l'âge adulte avant de déposer leur plainte, dans de nombreux cas des décennies après les faits. Darmanin a réitéré son intention de pousser en faveur de l'imprescriptibilité des crimes sexuels commis contre les mineurs. L'âge moyen des procédures en cours auprès des parquets est de 14,2 mois, un délai que le ministère souhaite réduire.
Impact judiciaire immédiat
Depuis le 8 juin, 1 350 enquêtes judiciaires menées par des juges d'instruction ont été ouvertes pour crimes et délits sexuels contre des mineurs. Cela représente une augmentation de 309 % par rapport à la même période l'an dernier, soit environ quatre fois le taux normal. Au total, 675 personnes ont été incarcérées depuis le 8 juin pour des crimes et délits à caractère sexuel contre des mineurs, soit une hausse de 173 % par rapport à la période équivalente de l'année précédente. Le ministère de la Justice n'a pas précisé la proportion de détention provisoire après mise en examen par rapport à l'incarcération après condamnation en procès.
La suite
Le ministre de la Justice a déclaré qu'il tiendrait des réunions individuelles avec l'ensemble des 36 procureurs généraux d'ici la fin juillet pour examiner les stocks de dossiers locaux, identifier les difficultés et fixer de nouvelles priorités pour accélérer le traitement judiciaire. Dans un message sur les réseaux sociaux, Darmanin a qualifié l'audit de travail considérable accompli et a signalé que l'effort de priorisation se poursuivrait.
- Darmanin ordonne à tous les procureurs de réexaminer chaque plainte pour maltraitance d'enfants d'ici le 14 juillet, après l'indignation suscitée par le meurtre de Lyhanna.
- Date de début pour le comptage des nouvelles incarcérations et enquêtes judiciaires en vue de la comparaison avec les données de 2025.
- Date limite pour les procureurs pour achever le réexamen de tous les dossiers d'abus sexuels sur mineurs à l'échelle nationale.
- Darmanin présente les résultats de l'audit à l'Assemblée nationale : 69 626 dossiers examinés, 15 000 nouvelles plaintes découvertes.
- Darmanin prévoit d'achever les réunions individuelles avec les 36 procureurs généraux pour évaluer les stocks locaux.
- Nouvelles enquêtes judiciaires
- 309 %
- Incarcérations
- 173 %
- Délits
- 61.5 %
- Crimes
- 38.5 %


