Le président américain Donald Trump a affirmé mercredi qu'il envisageait sérieusement de retirer les États-Unis de l'Alliance atlantique. Cette déclaration fait suite au refus des alliés européens de déployer des navires de guerre dans le détroit d'Ormuz, zone de tension majeure face à l'Iran.
Menace de retrait
Donald Trump envisage sérieusement de quitter l'OTAN suite au refus européen d'intervenir militairement dans le détroit d'Ormuz.
Levier ukrainien
La Maison-Blanche aurait menacé de suspendre l'aide militaire à l'Ukraine pour contraindre ses alliés à soutenir l'opération navale contre l'Iran.
Obstacles juridiques
Une loi américaine de 2023 exige l'accord des deux tiers du Sénat pour un retrait de l'OTAN, bien que sa constitutionnalité puisse être contestée.
Réponses européennes
La France et le Royaume-Uni soulignent que le mandat de l'OTAN est limité à la zone euro-atlantique et privilégient une autonomie stratégique accrue.
Le président américain Donald Trump a menacé mercredi de retirer les États-Unis de l'OTAN, déclarant à Reuters qu'il envisagerait « absolument » de quitter cette alliance vieille de 77 ans. Cette prise de position intervient après que les membres européens ont refusé d'envoyer des navires de guerre pour aider à débloquer le détroit d'Ormuz, dont le passage est gelé depuis la fin du mois de février 2026 à la suite de frappes américano-israéliennes sur l'Iran. M. Trump a précisé à Reuters son intention d'annoncer cette réflexion lors d'une allocution télévisée en soirée. Il a par ailleurs confié au quotidien britannique Daily Telegraph qu'il avait dépassé le stade de la simple « reconsidération » concernant l'adhésion américaine, qualifiant l'alliance de « tigre de papier ». Ces remarques ont été formulées quelques heures après que le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a décliné de réaffirmer l'engagement des États-Unis envers la défense collective de l'OTAN, principe fondateur de l'organisation. Les capitales européennes ont largement refusé de s'associer aux opérations militaires dans le détroit d'Ormuz, plusieurs gouvernements affirmant que ce conflit n'est « pas leur guerre » et rappelant que le traité de l'Atlantique Nord de 1949 ne couvre que les crises en Europe et en Amérique du Nord.
„« Je vais exprimer mon dégoût pour l'OTAN. Oh, absolument, sans aucun doute. Ne feriez-vous pas la même chose à ma place ? »” — Donald Trump via Reuters
L'OTAN a été établie en 1949 par un noyau initial de 12 membres, dont les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, le Canada et le Danemark, comme instrument de défense collective face à l'expansionnisme soviétique. L'alliance compte aujourd'hui 32 nations. La clause de défense collective de son Article 5 n'a été activée qu'une seule fois — à la suite des attentats du 11 septembre 2001 contre les États-Unis, déclenchant le déploiement d'avions de détection pour patrouiller dans l'espace aérien américain. Donald Trump avait déjà menacé de quitter l'OTAN en 2019 lors de son premier mandat. L'ancien secrétaire général de l'organisation, Jens Stoltenberg, a relaté dans ses mémoires comment une intervention sur Fox News, où il créditait M. Trump d'avoir poussé les alliés à augmenter leurs dépenses militaires, avait dissuadé le président de prononcer un discours de retrait déjà rédigé.
Les livraisons d'armes à l'Ukraine utilisées comme moyen de pression Avant ses déclarations publiques de mercredi, M. Trump avait déjà utilisé la menace d'une suspension de l'aide militaire à l'Ukraine pour faire pression sur ses alliés, selon le Financial Times. Trois responsables proches des dossiers ont indiqué au journal que M. Trump a menacé d'interrompre l'approvisionnement du PURL, le dispositif de l'OTAN pour l'armement de l'Ukraine, afin de contraindre les gouvernements européens à rejoindre une « coalition de volontaires » pour rouvrir le détroit d'Ormuz. Le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, a réagi en négociant une déclaration commune publiée le 19 mars 2026, par laquelle la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni se sont dits prêts à contribuer aux efforts visant à sécuriser le passage dans le détroit. Un diplomate informé des échanges a rapporté au Financial Times que M. Rutte aurait décrit Donald Trump comme « plutôt hystérique » face au refus des Européens de protéger cette voie maritime. M. Rutte a participé à plusieurs appels avec Donald Trump et le secrétaire d'État Marco Rubio durant les deux jours précédant la déclaration. Un porte-parole de l'OTAN s'est refusé à tout commentaire sur la teneur des échanges entre M. Rutte et les dirigeants.
„« C'est M. Rutte qui a insisté pour cette déclaration commune, car Donald Trump avait menacé de se retirer du PURL et de l'aide à l'Ukraine de manière générale. »” — unnamed official via Financial Times
Une loi de 2023 pourrait bloquer tout retrait unilatéral Des experts juridiques et des élus soulignent l'existence d'un obstacle législatif majeur à un retrait unilatéral décidé par l'exécutif. En 2023, le Congrès a adopté, et le président Joe Biden a signé, une loi interdisant à tout président américain de suspendre, de dénoncer ou de retirer les États-Unis du Traité de l'Atlantique Nord sans un vote à la majorité des deux tiers au Sénat (soit 67 voix sur 100). Cet amendement a été intégré à la NDAA pour l'exercice fiscal 2024, sous l'impulsion du sénateur démocrate Tim Kaine et de celui qui était alors sénateur républicain, Marco Rubio. Ce dernier, qui occupe désormais les fonctions de secrétaire d'État et de conseiller à la sécurité nationale par intérim, a déclaré mardi que Washington devrait réexaminer sa relation avec l'OTAN après la guerre contre l'Iran. Un rapport du Service de recherche du Congrès de février 2026 note toutefois que l'exécutif pourrait arguer devant les tribunaux que cet amendement est inconstitutionnel, s'appuyant sur un avis juridique du département de la Justice datant du premier mandat de M. Trump, selon lequel le président — et non le Congrès — détient la prérogative exclusive de se retirer des traités. La Constitution américaine reste muette sur la dénonciation des traités, précisant seulement que le président peut les conclure avec l'avis et le consentement des deux tiers du Sénat.
Réactions européennes : entre fermeté et appels au calme Les gouvernements européens ont accueilli les propos de M. Trump avec un mélange de fermeté et d'appels à la retenue. Alice Rufo, secrétaire d'État française auprès du ministre des Armées, a rappelé que l'OTAN est « une alliance militaire qui concerne la sécurité des territoires de la zone euro-atlantique » et qu'elle « n'a pas vocation à mener une opération dans le détroit d'Ormuz, ce qui ne serait pas conforme au droit international ». Le ministre polonais de la Défense, Władysław Kosiniak-Kamysz, a appelé au calme, avertissant qu'« il n'y a pas d'OTAN sans les États-Unis, et il est dans notre intérêt que le calme revienne », tout en ajoutant qu'« il n'y a pas non plus de puissance américaine sans l'OTAN ». À Berlin, un porte-parole du gouvernement a réaffirmé l'engagement de l'Allemagne envers l'alliance et, évoquant le caractère récurrent de telles déclarations de M. Trump, a déclaré en conférence de presse : « s'agissant d'un phénomène répétitif, vous pouvez probablement en juger les conséquences par vous-mêmes ». Le Premier ministre britannique Keir Starmer a affirmé qu'il agirait selon l'intérêt de son pays malgré le « bruit » ambiant, estimant que l'instabilité causée par la guerre en Iran devait pousser le Royaume-Uni vers des liens économiques et de défense plus étroits avec l'Europe. Anna Kelly, porte-parole adjointe de la Maison-Blanche, a déclaré que M. Trump avait exprimé clairement « sa déception vis-à-vis de l'OTAN et des autres alliés », ajoutant que « les États-Unis s'en souviendront ».
„« Il n'y a pas d'OTAN sans les États-Unis, et il est dans notre intérêt que ce calme revienne. Mais il n'y a pas non plus de puissance américaine sans l'OTAN. »” — Władysław Kosiniak-Kamysz via Reuters
[{"dateISO":"2026-02-28","date":"28 février 2026","title":"Frappes américano-israéliennes en Iran","description":"Les forces américaines et israéliennes lancent des attaques contre l'Iran, provoquant la fermeture du détroit d'Ormuz et la mort du Guide suprême Ali Khamenei."},{"dateISO":"2026-03-19","date":"19 mars 2026","title":"Déclaration commune des alliés","description":"La France, l'Allemagne et le Royaume-Uni se disent prêts à contribuer à la sécurité du passage dans le détroit d'Ormuz, après que Rutte a averti que Trump menaçait de couper l'aide à l'Ukraine."},{"dateISO":"2026-04-01","date":"1er avril 2026","title":"Menace de retrait de l'OTAN","description":"Trump déclare à Reuters et au Daily Telegraph qu'il envisage 'absolument' de retirer les États-Unis de l'OTAN ; Hegseth refuse de confirmer l'engagement relatif à l'Article 5."} ]
Mentioned People
- Donald Trump — 47. prezydent Stanów Zjednoczonych
- Mark Rutte — 14. sekretarz generalny NATO
- Pete Hegseth — 29. sekretarz obrony Stanów Zjednoczonych
- Marco Rubio — 72. sekretarz stanu USA i pełniący obowiązki doradcy ds. bezpieczeństwa narodowego
- Tim Kaine — Senator USA z Wirginii
Sources: 10 articles
- Trump NATO Exit Threat Faces Hurdle From His Top Diplomat's Past (Bloomberg Business)
- NATO 'doesn't really exist anymore other than on paper', experts say (France 24)
- Can Trump Really Pull the US Out of NATO? (Bloomberg Business)
- Can Trump pull the US out of Nato - and why is he considering it? (The Guardian)
- Explainer: Can Trump pull the US out of NATO? (Reuters)
- Trump threatened to stop weapons for Ukraine unless Europe joined Hormuz coalition (Financial Times News)
- What do Trump's latest comments on leaving Nato mean for the alliance? (BBC)
- Trump renews NATO attacks as Europe rejects role in Iran war (Deutsche Welle)
- Trump threatens NATO exit, scaling up tensions with allies (Reuters)
- Without the US, can Nato deter Putin and keep Gulf oil flowing? We may soon find out... (The Independent)