La Cour fédérale de justice de Karlsruhe a rejeté lundi des recours visant BMW et Mercedes-Benz. Les juges ont estimé qu’il n’appartenait pas aux tribunaux d’imposer l’arrêt des ventes de voitures neuves à moteur thermique d’ici à 2030. La décision renvoie la question au législateur allemand et, plus largement, au cadre européen.

La BGH déboute les requérants

La Cour fédérale de justice de Karlsruhe a estimé qu’elle ne pouvait pas imposer à BMW et Mercedes-Benz l’arrêt des ventes de véhicules thermiques neufs d’ici à 2030.

Le législateur au centre de la décision

Les juges ont rappelé que la définition des règles climatiques et l’arbitrage entre intérêts en présence relevaient du Parlement et non des tribunaux.

La DUH envisage d’autres voies

L’organisation écologiste étudie la possibilité d’un recours constitutionnel, tandis que le débat sur l’interdiction européenne de 2035 reste ouvert.

La Cour fédérale de justice allemande, installée à Karlsruhe, a rejeté lundi les recours climatiques engagés contre BMW et Mercedes-Benz. Elle a jugé que les tribunaux ne pouvaient pas contraindre les constructeurs automobiles à cesser de vendre de nouveaux véhicules à moteur thermique d’ici à 2030. Le président de l’audience, Stephan Seiters, a annoncé la décision en rappelant que « la responsabilité de la législation climatique incombe au législateur ». Les actions avaient été intentées à titre privé par trois directeurs généraux de l’organisation environnementale Deutsche Umwelthilfe. Ils demandaient qu’il soit interdit à BMW et à Mercedes-Benz de vendre de nouvelles voitures à moteur à combustion interne à compter du 31 octobre 2030. Le sixième sénat civil de la cour a estimé que des particuliers n’étaient pas fondés à exiger des budgets d’émissions spécifiques pour des entreprises prises individuellement. La décision confirme ainsi les rejets déjà prononcés par les juridictions inférieures de Munich et de Stuttgart.

La stratégie juridique s’appuyait sur la décision constitutionnelle de 2021 Les recours de la DUH s’appuyaient sur une décision marquante rendue en mars 2021 par la Cour constitutionnelle fédérale d’Allemagne, qui avait jugé insuffisante la loi fédérale sur la protection du climat dans sa version alors en vigueur. Cette juridiction avait considéré que les règles applicables reportaient de manière irréversible une part trop importante des efforts de réduction des émissions sur la période postérieure à 2030, ce qui portait atteinte aux droits à la liberté des jeunes requérants. La Cour constitutionnelle avait ordonné au législateur de renforcer les mesures de protection du climat afin de préserver les libertés des générations futures. Les directeurs de la DUH soutenaient que BMW et Mercedes-Benz consommaient une part disproportionnée du budget mondial et national de dioxyde de carbone, réduisant la marge de manœuvre politique et menaçant, à terme, les libertés individuelles. Les requérants de la DUH fondaient leur argumentation sur le droit général de la personnalité garanti par la Loi fondamentale allemande. Selon eux, la poursuite des ventes de moteurs thermiques par les constructeurs conduirait les pouvoirs publics à imposer aux jeunes générations des restrictions d’émissions de plus en plus sévères. L’avocat de la DUH, Remo Klinger, faisait valoir que les entreprises devaient respecter des obligations de prudence allant au-delà de la réglementation étatique lorsque les droits de tiers étaient atteints. Il présentait la question juridique centrale ainsi : le droit civil autorise-t-il tout ce qui n’est pas explicitement interdit ? Les demandeurs avaient également déposé des conclusions subsidiaires fixant d’autres échéances, notamment des interdictions à l’horizon 2045 voire 2050, en plus de l’objectif principal d’octobre 2030. Remo Klinger a souligné que BMW et Mercedes n’avaient jusqu’à présent accepté aucune date de sortie tant qu’une telle échéance n’était pas prévue par la loi. La BGH a rejeté ce raisonnement. Elle a jugé qu’il n’existait pas de budget d’émissions attribuable à des entreprises individuelles et que l’arbitrage entre la protection du climat et d’autres intérêts de la société relevait des législateurs élus et non des tribunaux.

La DUH envisage un recours constitutionnel, les constructeurs saluent la décision La directrice générale de la DUH, Barbara Metz, a indiqué que l’organisation examinerait avec attention les décisions de la cour avant de déterminer la suite à donner. „Nous envisagerons bien sûr aussi la possibilité de déposer un recours constitutionnel” — Barbara Metz via Deutsche Welle Remo Klinger a présenté l’arrêt moins comme un revers pour la protection du climat que comme une injonction adressée aux responsables politiques, estimant qu’il constituait « une instruction claire au législateur ». Il a ajouté que tout affaiblissement de la réglementation européenne existante sur les émissions « irait à l’encontre de la protection du climat et n’est pas acceptable ». BMW s’est félicité de la décision de la BGH, affirmant que « le débat sur les moyens d’atteindre les objectifs climatiques doit être conduit dans le processus politique par des parlements démocratiquement légitimés ». Le constructeur a ajouté qu’il apportait « depuis longtemps une contribution effective à la protection du climat ». Un porte-parole de BMW a également déclaré que l’arrêt apportait « une sécurité juridique pour les entreprises opérant en Allemagne ». De son côté, Mercedes-Benz avait soutenu tout au long de la procédure que la définition des objectifs climatiques relevait du législateur et non du pouvoir judiciaire.

L’interdiction européenne de 2035 fait elle aussi l’objet de débats politiques La décision de la BGH intervient dans un contexte européen plus mouvant sur l’avenir des véhicules à moteur thermique. La Commission européenne maintient actuellement une interdiction de fait de la vente de voitures neuves à moteur thermique à partir de 2035, mais elle a proposé en décembre 2025 d’assouplir cette exigence. Les négociations sur ce sujet devraient se poursuivre pendant plusieurs mois. Les constructeurs allemands ont investi des milliards dans la transition vers le véhicule électrique afin de respecter les objectifs climatiques de l’Union européenne. Dans le même temps, l’industrie automobile européenne fait valoir que les ventes de véhicules électriques sont restées en deçà des attentes, ce qui rend difficiles à atteindre les objectifs de réduction du dioxyde de carbone fixés auparavant. Le député du Bundestag Fabian Fahl, membre du parti de gauche Die Linke, a qualifié les décisions de justice d’« exemple saisissant de la différence entre ce qui est “légal” et ce qui est “légitime” ». Selon lui, l’industrie automobile « contribue de manière significative à la destruction du climat ». L’arrêt de la BGH ne ferme pas la voie à une future initiative législative. Il place au contraire la responsabilité sur le Parlement allemand et sur les institutions européennes pour définir le rythme et l’ampleur d’une éventuelle sortie du moteur thermique. Pour la DUH, la suite se jouera désormais sur le terrain politique ou, éventuellement, devant la Cour constitutionnelle fédérale.

Principales étapes du contentieux allemand sur le moteur thermique: — ; — ; —

Mentioned People

  • Stephan Seiters — Niemiecki prawnik i przewodniczący składu orzekającego w Federalnym Trybunale Sprawiedliwości (BGH) od 2019 roku.
  • Barbara Metz — Dyrektor wykonawcza Deutsche Umwelthilfe (DUH).
  • Remo Klinger — Niemiecki prawnik specjalizujący się w prawie ochrony środowiska, reprezentujący DUH w sporach klimatycznych.

Sources: 19 articles