Le Premier ministre a présenté un programme ambitieux visant à réduire la dépendance française aux combustibles fossiles à 29 % d'ici 2035. Ce plan intervient dans un contexte de crise énergétique mondiale exacerbée par les tensions militaires au Moyen-Orient.
Objectif 2030 et 2035
Réduction de la part des énergies fossiles de 60 % aujourd'hui à 29 % en 2035.
Niveau de financement
Doublement du soutien de l'État à 10 milliards d'euros par an d'ici 2030, par redéploiement budgétaire.
Chauffage résidentiel
Interdiction des chaudières à gaz dans le neuf fin 2026 et leasing de pompes à chaleur pour les foyers modestes.
Inquiétudes du bâtiment
La CAPEB déplore l'absence de mesures sur l'isolation et s'inquiète pour l'emploi dans un secteur en crise.
Le Premier ministre français, Sébastien Lecornu, a dévoilé vendredi 10 avril 2026 un vaste plan d'électrification visant à ramener la part des énergies fossiles dans la consommation totale de 60 % aujourd'hui à 40 % en 2030, puis à 29 % d'ici 2035. Présenté depuis le perron de l'hôtel de Matignon, ce plan a été explicitement défini comme une réponse à la crise énergétique déclenchée par la guerre au Moyen-Orient, débutée le 28 février 2026 lors du lancement d'opérations militaires par les États-Unis et Israël contre l'Iran. La fermeture du détroit d'Ormuz a provoqué une envolée du prix des hydrocarbures, exposant ce que M. Lecornu a décrit comme la vulnérabilité structurelle de la France vis-à-vis des importations de combustibles fossiles. Le Premier ministre a soutenu que la France dispose d'un atout stratégique avec son électricité produite localement, majoritairement issue du nucléaire et des énergies renouvelables, et que l'accélération de l'électrification dans les transports, le bâtiment et l'industrie constitue un impératif de sécurité économique et nationale. „Cette guerre au Moyen-Orient n’est pas la nôtre et, pourtant, elle nous touche de façon très directe. Heureusement, la France a un atout, l'électricité produite sur son sol.” — Sébastien Lecornu via France 24 Le soutien public doublé sans nouvel endettementLa pièce maîtresse du volet financier est le doublement du soutien annuel de l'État à l'électrification, qui passera de 5,5 milliards à 10 milliards d'euros par an d'ici 2030. M. Lecornu a toutefois précisé que cette augmentation ne proviendrait pas de nouvelles dépenses publiques, l'objectif du gouvernement étant de maintenir le déficit public à 5 % du PIB. Le financement sera assuré par le redéploiement d'aides existantes, la réduction des dépenses énergétiques de l'État et les contributions des fournisseurs d'énergie via le dispositif des certificats d'économies d'énergie. Le Réseau Action Climat et le think tank négaWatt ont salué l'orientation du plan tout en réclamant des financements complémentaires et en regrettant l'absence de mesures de sobriété. L'Union française de l'électricité ainsi que la Fédération des industries électriques, électroniques et de communication ont également appelé à une vision budgétaire plus ambitieuse. objectif de soutien public annuel à l'électrification d'ici 2030[{"aspect": "Soutien annuel de l'État à l'électrification", "before": "5,5 milliards d'euros", "after": "10 milliards d'euros d'ici 2030"}, {"aspect": "Part des fossiles dans la consommation d'énergie", "before": "60 % aujourd'hui", "after": "40 % en 2030, 29 % en 2035"}, {"aspect": "Pompes à chaleur en service", "before": "4 millions", "after": "Objectif de 8,8 millions d'ici 2030"}] Interdiction des chaudières à gaz et leasing de pompes à chaleurDès la fin de l'année 2026, l'installation de chaudières à gaz dans les constructions neuves — y compris le logement collectif — sera interdite. M. Lecornu a affirmé sa volonté de faire du chauffage électrique « la norme » dans l'habitat. Le gouvernement a fixé l'objectif de sortir du gaz deux millions de logements sociaux d'ici 2050, alors que 55 % d'entre eux utilisaient cette énergie en 2023. Pour accélérer cette transition, le plan introduit un système de leasing pour les pompes à chaleur, visant les ménages les plus modestes dont le reste à charge après aides — évalué à 3 000 euros en moyenne par le ministère des Finances — demeure dissuasif. Maud Bregeon, ministre déléguée chargée de l'Énergie et porte-parole du gouvernement, a précisé que ce complément d'aide pourrait atteindre 2 000 euros par foyer afin de garantir un amortissement de l'équipement en trois ans, pour un coût additionnel estimé à 200 millions d'euros d'ici 2030. La France compte actuellement 4 millions de pompes à chaleur en service, un chiffre que l'exécutif souhaite porter à 8,8 millions d'ici 2030. „L'augmentation de l'aide pourrait aller jusqu'à 2 000 euros pour garantir l'amortissement de la pompe à chaleur en trois ans, pour un coût estimé à 200 millions d'euros supplémentaires d'ici 2030.” — Maud Bregeon via Le Parisien Le secteur du bâtiment alerte sur l'isolation et la crise de l'emploiLe secteur du bâtiment a accueilli ces annonces avec une critique nuancée, saluant la trajectoire de décarbonation tout en s'inquiétant du calendrier et du périmètre des mesures. Jean-Christophe Repon, président de la CAPEB, a jugé l'interdiction des chaudières à gaz « inopportune au regard de la crise que traverse la construction », citant la hausse des prix des matériaux et la situation quotidienne difficile des artisans. M. Repon a souligné que les mesures d'isolation — notamment les aides pour les murs extérieurs et intérieurs — avaient été réduites l'année précédente et que le nouveau plan ne comblait pas ce manque. S'il reconnaît que ces mesures donnent un « cap » à la filière, il estime qu'elles ne répondent ni à l'inquiétude des artisans, ni au plan de sauvegarde de l'emploi demandé par la profession. Un conseiller ministériel a par ailleurs critiqué la stratégie de communication, qualifiant de « catastrophique » le choix d'un vendredi soir pour de telles annonces. Le contexte politique global ajoute une part d'incertitude : M. Lecornu a lui-même reconnu que l'horizon de financement de 2030 restait tributaire des décisions des futures majorités parlementaires.La politique énergétique de la France est durablement marquée par l'héritage du choc pétrolier de 1973, à la suite duquel le gouvernement avait lancé un vaste programme nucléaire avec EDF pour réduire sa dépendance aux hydrocarbures. L'actuelle impulsion en faveur de l'électrification s'appuie sur la Programmation pluriannuelle de l'énergie, dévoilée le 13 février 2026, soit deux semaines avant le début du conflit opposant les États-Unis et Israël à l'Iran. Les aides existantes à la rénovation, comme MaPrimeRénov', ont mobilisé d'importants fonds publics ces dernières années, bien que leur rythme soit jugé insuffisant par certains critiques. L'impact de la guerre sur le détroit d'Ormuz, par lequel transitent environ 20 % des flux mondiaux d'hydrocarbures, a renforcé l'urgence de réduire l'exposition française aux marchés mondiaux.
Mentioned People
- Sébastien Lecornu — Premier Francji od 9 września 2025 roku
- Maud Bregeon — Delegowana minister ds. energii i rzeczniczka rządu
- Jean-Christophe Repon — Prezes CAPEB (Konfederacji Rzemiosła i Małych Przedsiębiorstw Budowlanych)
- Christian Buchel — Prezes Francuskiego Związku Elektroenergetyki
Sources: 14 articles
- Fin des chaudières à gaz, "leasing social" pour les pompes à chaleur : quel impact auront les annonces du gouvernement sur les ménages ? (Le Figaro.fr)
- Énergie : qui va bénéficier du plan d'électrification du gouvernement (Franceinfo)
- Plan d'électrification en France: un premier pas encourageant au financement incertain (RFI)
- Pompe à chaleur : le gouvernement "travaille" à un dispositif de "mensualisation" pour amortir le coût d'installation et promet une facture "inférieure" au prix du gaz (Franceinfo)
- Lecornu : un plan d'électrification et beaucoup de questions en suspens (Mediapart)
- Pompes à chaleur et location de véhicules : dans l'attente du grand plan d'électrification, les premières pistes de Sébastien Lecornu (Le Monde.fr)
- Électrification de la France : véhicules, pompes à chaleur... Quels sont les objectifs et les principales mesures ? (SudOuest.fr)
- Annonces du gouvernement : comment fonctionnera le " leasing " pour les pompes à chaleur (Le Parisien)
- Maud Bregeon, ministre déléguée à l'Énergie : " Je propose l'équivalent d'un leasing sur les pompes à chaleur " (Le Parisien)
- Fin des chaudières à gaz dans les logements neufs : une annonce "pas à propos" face à "la crise" dans le bâtiment, selon la Capeb (Franceinfo)